Action volontaire ou harmonique ?

Action volontaire ou harmonique ?

De l’animal qui nous précède

L’animal est gouverné par l’inné, ce que nous appelons ses instincts. Ses désirs naissent de l’émotionnel et son libre arbitre est limité. De ce fait, ses pensées ne sont pas agitées de tendances contradictoires, il n’est pas amené à spéculer sempiternellement avant de prendre des décisions, il agit d’une façon spontanée qui peut nous paraître fluide et harmonique. Des raisons pour lesquelles certaines traditions spirituelles est-asiatiques, en particulier le taoïsme, le montre en exemple d’un idéal à atteindre, prônent un “agir, sans agir” imitant la passivité féconde de la nature animale.

De l’homme néoténique

Chez l’homme la fonction volontaire est devenue dominante en phase de veille, l’évolution biologique a cédé la place à une évolution mentale, d’autres relations et interactions règnent dans la synergie de ses fonctions mentales. L’homme reste un animal. Deux choses principales le distinguent des autres espèces : d’abord il est conscient de son ignorance que son imaginaire ne peut pas parvenir à combler d’une façon satisfaisante, ensuite l’immaturité de cette jeune souveraineté ne permet pas à sa fonction volontaire, qu’il confond avec un moi, d’être efficace. L’homme se trouve au premier stade d’une nouvelle grande aventure du vivant, et à ce stade il est néoténique, c’est à dire inachevé mentalement, et à construire sans disposer de la moindre base, ni de la moindre règle. Ses actions sont donc inefficaces, plus encore mentalement que physiquement, et sa fonction volontaire n’a pu que commettre qu’une suite d’erreurs fondamentales : le mode de pensée conceptuelle plutôt que perceptuelle, l’imaginaire plutôt que la réalité, l’avoir plutôt que l’être, la croyance religieuse plutôt que l’esprit critique, le matérialisme plutôt que le mentalisme, la domination de l’autre et de la nature plutôt que le respect de chacun, le conformisme productiviste plutôt que la créativité hors du connu. Il a emprunté logiquement les voies les plus faciles sans soupçonner qu’elles le mèneraient à sa perte.
L’homme est un être au mental potentiellement évolutionnaire, qui n’en a pas conscience, pas plus qu’il a conscience de sa réalité spirituelle. Il vit dans la confusion de ses dissonances normatives (ses cadres conceptuels non avérés) et de ses dissonances cognitives (ses croyances et ses présupposés incohérents et contradictoires). Ses rêves, quand son cerveau est au repos et que sa fonction analytique est devenue dominante, témoignent par leurs messages à sa fonction volontaire, de ses difficultés et des souffrances qui résultent de son incomplétude, qui se manifeste par son immaturité ontologique et psychologique.

La civilisation industrielle occidentale

La civilisation industrielle est né du mariage du charbon, de l’acier et de la machine à vapeur. C’est une civilisation machiniste, qui a besoin de réunir de gros moyens financiers et d’en tirer le maximum de profits, auxquels elle sacrifie naturellement toute autre considération éthique ou didactique, et toute valeur qui ne servirait pas ses objectifs, y compris les valeurs humaines les plus élémentaires. Elle est donc capitaliste (d’état ou privé, mais c’est ce dernier qui fonctionne le mieux) afin de réunir ces grandes masses de moyens, et libérale pour manipuler les hommes, prolétaires comme consommateurs, à mettre au service de ses profits. Elle est darwinienne et eugéniste par souci d’efficacité et de productivité : Que le meilleur, le plus puissant et le plus riche gagne, que les faibles soient exploités sans retenue, et que les inutiles et les inadaptés à son système soient éliminés. Elle n’est compatissante dans ses œuvres caritatives que pour mieux se faire accepter socialement, alors qu’elle est fondamentalement cruelle, violente, et barbare. Enfin, elle divise nécessairement l’humanité en deux castes : ceux qui possèdent les machines et ceux que les machinent exploitent, avec des conséquences relationnelles et un impact différent de ces machines pour chacune de ces deux classes d’hommes.
Tant que l’homme a construit des outils inertes manœuvrés par sa propre énergie, voire une énergie mécanique telle qu’hydraulique ou éolienne, il reste maître de ses outils qui restent adaptés à ce qu’il est. Par contre, dès qu’il exploite des énergies thermique, électrique ou nucléaire, il peut construire des grandes machines à mouvements complexes, des automates très productifs dont il devient le serveur, l’esclave dont le comportement se doit d’être adapté à la machine pour être efficace et non l’inverse. L’informatique et la robotique, n’ont fait qu’augmenter encore un peu plus, et jusqu’à l’extrême limite, l’impact des machines sur l’ensemble des comportements humains.
Nous pouvons nous demander si cette révolution industrielle fut vraiment utile à l’humanité, ou si elle ne fut qu’une imposture au bénéfice de quelques profiteurs. Tous ces produits en grand nombre d’une qualité médiocre ont réduit des millions d’artisans habiles de leurs mains à la misère. Avions-nous besoin de toutes ces fournitures, de toutes ces manufactures d’objets à obsolescence programmée, de toutes ces nourritures industrielles nuisibles à notre santé, d’aller plus loin toujours plus vite, par les airs, mers et terre ? En tous cas, nous en payons aujourd’hui le prix fort, après avoir détruit une grande partie de la biodiversité et exploité les ressources de notre planète au delà du raisonnable, c’est à présent notre espèce qui est en danger. Mais le pire de tout cela, c’est que l’aliénation des esprits et le formatage des actions volontaires, qui a rendu cette entreprise délirante et gigantesque possible, a aveuglé notre espèce au point d’avoir constitué un blocage de son évolution mentale lui interdisant le chemin de la découverte de l’action harmonique.

De l’action volontaire

Ce terme d’action volontaire recouvre à la fois tous les comportements physiques, mentaux, et de communication entre les hommes, impliqués par une intention volontaire des personnes. La volonté d’agir devient nécessaire quand la motivation émotionnelle est absente ou contraire, quand l’homme dans la confusion de ses dissonances cognitives doit prendre des décisions pour assurer ses besoins, quand il lui manque l’intuition créatrice propre à résoudre les problèmes qui l’accablent. Ce passage à l’action est difficile tant qu’il reste dans la mouvance spéculative d’une pensée qui tente de trouver des solutions. Mais l’action volontaire est facilitée quand on lui propose des comportements formatés qu’il ne lui reste plus qu’à suivre. C’est le cas dans lequel se trouve le prolétaire, le producteur engagé par le système économique pour servir des machines, ou tout autre rouage industriel ou commercial, dans l’échange de sa servitude comportementale contre une rémunération qui lui servira à assurer la satisfaction de ses besoins élémentaires par la consommation des produits de ces mêmes machines. Son univers culturel, social et politique, le conditionne de telle manière, depuis l’enfance et l’école, les médias, les divertissements et le marché du travail qu’on lui offre, qu’il ne puisse pas en sortir et soit contraint d’accepter des contrats inégaux. Il est prisonnier d’une représentation exclusivement biologique de la nature humaine qui sert la civilisation industrielle libérale.

De l’action harmonique

L’action harmonique et la pensée harmonique ne procèdent d’aucune volonté, d’aucun objectif à atteindre, car elles découlent de l’harmonie de l’être à la situation présente à chaque instant, et déploient sans désir de faire leur spontanéité intuitive. L’ignorant, le sage, cher au taoïsme, qui sait tout faire car il tête le lait du sein de sa mère l’universelle, est la conséquence logique d’une absence de dissonance, tant cognitive que normative. Nul n’est besoin pour lui d’être mystique, il lui suffit d’une pensée fluide, libérée de la syntaxe du langage, qui exprime la cohérence d’une synergie harmonique de nos fonctions mentales non cérébrales, dépassant la néoténie originale de l’humain dans la perception omnisciente de ses structures fondamentales, pour vivre dans une félicité permanence absente de passion, de trouble, de stress et d’émotion. Ses rêves ne sont plus alors le témoignage de ses inaptitudes psychologiques, mais l’élaboration de projets et des processus résolutoires de problèmes dans des échanges en conscience lucide entre ses fonctions analytique et volontaire.

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Jean-Louis Tripon

Chercheur théoricien mentaliste, ingénieur géomètre INSA, expert en sémantique holistique, expert en sciences mentales, Harmonique de Pleine Conscience Holistique Ataraxique (HPCHA), dualiste de substance, métaphysicien athée, créateur de la méthode DMS, président fondateur de l'AFDMS.

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