Blob et Conscience – Partie 2

Blob et Conscience – Partie 2

Illustration du changement de paradigme https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradigme

Etudier la conscience

« Tout ce que je sais, c’est que je sais rien » nous disait Socrate.
«  Cogito ergo sum » « Je pense donc je suis » nous disait René Descartes. 

Etudier et comprendre la conscience est un sujet qui a toujours été, de tout temps, d’actualité et demeure encore, un sujet non résolu. En effet, nous ne pouvons rien affirmer avec assurance. Socrate l’avait déjà dit voilà plus de deux mille ans. C’est aussi la base de la réflexion de Descartes : appliquer le doute méthodique. Nous pouvons douter absolument de tout, mais une chose est certaine, indubitable : on ne peut pas douter de l’existence de notre pensée, donc de soi, de sa conscience, du « Je pense donc je suis ». C’est une expérience fondamentale de notre esprit au delà de la perception sensorielle de la matière du monde et de notre corps, qu’aujourd’hui nous nommons un quale. On dit alors que Descartes est dualiste de substance.

L’expérience de soi

Etudier la conscience est un sujet extrêmement difficile. Nous pouvons de manière individuelle étudier notre propre conscience, mais nous ne pouvons pas spéculer sur la conscience d’une autre personne, faute d’en avoir la perception. Même le plus grand des experts au monde, ne pourra qu’étudier sa propre conscience, mais pas la mienne, petite Sophie que je suis, ou la tienne, qui lit cet article. C’est une certitude, une réalité individuelle, subjective. Et même en étudiant soi-même sa propre conscience, TOUS, en étudiant nous-même notre propre conscience, il nous est difficile d’apporter des réponses quant à la nature de cette conscience.

Tout est neuronal !

Pourtant. Nous n’arrêtons pas le progrès. Nous avons avons vécu une (r)évolution technologique et scientifique. Il existe même des sciences qui étudient les neurones, les neurosciences. Les neuroscientifiques (avec d’autres scientifiques, et même des philosophes) sont, eux, au contraire de Descartes, plutôt monistes. Pour eux, la conscience, l’âme, ou l’esprit n’existent pas en tant que tels (nous ne les avons jamais vu écrire une équation avec les paramètres « âme », « esprit » ou « conscience »). Ils sont physicalistes, c’est-à-dire qu’ils affirment que tout n’est que physique (donc matière) et qu’il n’y a pas d’esprit, de conscience indépendante. Ils défendent alors que les pensées conscientes sont produites par les neurones. Ils peuvent être aussi fonctionnalistes, c’est-à-dire qu’ils assimilent le cerveau et ses neurones à une machine, et que cette machine analyse des données entrantes (par les sens) pour produire un comportement. Ils défendent que les pensées conscientes, sont une fonction biologique issue des neurones. Dans les deux cas, ils ne distinguent pas la fonction révélatrice de ces pensées que nous pouvons nommer « conscience », du contenu conscient de ces pensées.

C’est exactement maintenant où j’en reviens au blob… car il ne possède… aucun neurone

Le blob

Pour rappel, le blob est une simple cellule, mais une cellule géante, observable à l’œil nu. Le blob vit dans les forêts un peu partout sur Terre. Cela fait seulement dix ans qu’il est étudié. Voir : Blob et Conscience – Partie 1

Pourtant son comportement ressemble fortement à celui d’un animal

C’est une cellule qui sait se déplacer. Et son déplacement ne se fait pas au hasard. Elle sait explorer un territoire. Elle sait marquer son territoire. Cette cellule possède des récepteurs et elle est capable de sentir la nourriture et de s’y diriger. Elle sait chasser une autre espèce. Elle n’a pas de bouche, ni d’estomac, ni d’intestin, mais elle sait manger, digérer et rejeter des déchets. En laboratoire, elle sait résoudre des labyrinthes. Elle sait apprendre. Elle sait transmettre des informations apprises à d’autres individus. Elle sait même avoir des comportements différents selon les individus. Elle sait créer des réseaux. Elle a un sexe et elle sait se reproduire. 

Une cellule possède donc des récepteurs pour analyser le monde extérieur. Elle possède aussi des organites, on pourrait dire des petits organes. Mais elle ne possède pas de neurone. Il faut bien pourtant que quelque chose coordonne l’ensemble. 

Mais ce n’est pas tout. Cette simple cellule, dénuée de tout neurone, possède aussi des fonctions d’analyses, de prises de décisions, de choix, de mémoire, et met en place des actions, fait des prévisions et y ajuste ses comportements.

En d’autres mots : elle pense

Le blob

J’irai même plus loin en disant qu’en ayant des récepteurs, et en analysant l’information, elle a peut-être une forme de conscience du monde extérieur. En chassant, elle a une forme de conscience de l’autre, différent d’elle. Elle sait faire la distinction de l’autre, qu’elle chasse (une autre espèce), de l’autre avec qui, elle partage, communique et se comporte autrement (avec un individu de la même espèce). Elle possède donc ce que nous nommons la théorie de l’esprit : la capacité d’attribuer des états et des phénomènes mentaux à soi-même et à l’autre, que l’enfant humain complètera vers cinq ans. Au delà de la capacité de la théorie de l’esprit, le blob semble conscient de la fausse croyance de ses congénères, les détrompe, et leur apprend à trouver le bon chemin. Il est donc capable d’altruisme et d’entraide, du sens du devoir, donc d’une morale et de valeurs sociales. C’est ce que nous montre le blob lorsqu’il transmet des informations à d’autres individus de son espèce. Là, nous ne pouvons plus nier ses capacités mentales supérieures, bien que sans cerveau.

Là où cela nous semblait assez normal pour un animal, qui lui possède bien un cerveau et des neurones, cela devient contradictoire avec le paradigme physicaliste neurobiocentriste pour une simple cellule dénuée de tout cerveau et de tout neurone. Et pourtant… les faits sont bien là, observables, réels.

Je pense alors à la thèse de Markus Gabriel : “Je ne suis pas mon cerveau”. Le blob démontre qu’il est autre qu’un cerveau qu’il ne possède pas.

Et là, c’est plus que la relativité d’Einstein qui invalide la physique classique de Newton, c’est tout le paradigme physicaliste qui s’effondre. Il faut alors redéfinir la notion de conscience, qui s’applique par extension à l’ensemble du règne vivant, à l’ensemble du règne des cellules eucaryotes, dont l’être humain et le blob en font partie.

Il y aurait donc bien dualisme de substance, c’est-à-dire deux entités de natures différentes : cerveau et…autre chose. Cet autre chose définirait le domaine du « vivant » par opposition à la matière (ou physique). Mais quel serait donc cet autre chose que nous pourrions appeler sémantique, du sens, de la nature de notre esprit, de nos pensées et de notre conscience ? Et que serait donc ce centre analytique de la cellule ? Quel serait cet interface entre matière et vivant ? 

La glande pinéale : faux !

Descartes, lui, avait émis l’idée que l’interface, c’était la glande pinéale, car cette glande est au centre du cerveau et, qu’à l’époque, on ne connaissait pas sa fonction. Donc par défaut, c’était forcément ça ! Et puis, non, on a appris après qu’elle avait bien une fonction, rien à voir avec une interface entre matière et vivant. Alors l’idée du dualisme a été complètement rejetée. Pas d’interface, pas de dualisme. Mais l’étude du blob nous révèle qu’il y a forcément une interface quelque part… dans la cellule.

Mais alors quelle interface ?

Dans les hypothèses, je cite Jean-Louis Tripon. Il émet l’idée que l’interface se situe au niveau du diplosome (un organite cellulaire). Quand je vois que le diplosome est un organite dans la cellule qui se duplique, qui permet de dupliquer le noyau, les chromosomes constitués d’ADN, et donc qui va de pair avec l’ADN, je me mets alors à rêver. Bien sûr, seul un biologiste pourrait le confirmer. Et pourquoi pas aller dans l’infiniment petit de la cellule, faire de la physique quantique et ouvrir le champ des possibles ? Je rêve encore.

A votre avis, ça fait quoi ?

« Je pense donc je suis » c’est notre seule certitude. C’est ce que chacun peut expérimenter et vérifier. Impossible d’expérimenter « ce que ça fait » d’être une autre personne. Où même « ce que ça fait » d’être un animal. Certains diront même « ce que ça fait » d’être une chauve-souris. Je terminerai cet essai par « Et ça fait quoi d’être une cellule ? » 

Sophie Krzyzak

Pour aller plus loin :

En plus des liens cités dans la partie 1, je citerai ici :
René Descartes, Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/René_Descartes
Le monisme, Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Monisme
Théorie de l’esprit, Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_de_l%27esprit
Thomas Nagel, philosophe qui a écrit « Quel effet cela fait-il d’être une chauve-souris? »
Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Quel_effet_cela_fait-il_d%27être_une_chauve-souris_%3F
Jean-Louis Tripon, Les sciences mentales https://developpement-mental-semantique.com/4-les-sciences-mentales/
Jean-Louis Tripon, Le centriole https://developpement-mental-semantique.com/le-centriole/
Le diplosome, Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Diplosome 
composé de deux centrioles Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Centriole

A (RE)LIRE : Blob et Conscience – Partie 1

Blob et Conscience – Partie 1
Ce blob n’a pas fini de nous surprendre Connaissez-vous le blob ? Ce drôle d’animal vit essentiellement dans nos forêts. Animal vous ai-je dit ? Pas vraiment. Pas du tout en fait. C’est un être unicellulaire. C’est une seule et unique cellule. UNE cellule. Et que fait cette cellule toute seule dans la forêt ? … Lire la suite de

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Sophie Krzyzak

Citoyenne du Monde. Je crois en un monde meilleur. "La vie est pièce de théâtre : ce qui compte, ce n'est pas qu'elle dure longtemps, mais qu'elle soit bien jouée.”

Cet article a 2 commentaires

  1. Jean-Louis Tripon

    je vais corriger légèrement, il faut parler de la théorie de l’esprit (la capacité d’attribuer des états et phénomènes mentaux à soi même et à l’autre, que l’enfant humain complète vers 5 ans) du blob. C’est un très mauvais terme mais scientifique pour un truc archi étudié. Peut-être peut on dire qu’un blob possède une théorie de l’esprit d’un môme de 5 ans ?
    Archi important = l’attribution de fausses croyances. C’est la fameuse expérience de Max, sa maman et le frigo (la maman ayant déplacé le chocolat du frigo à l’armoire sans que max le sache). On demande au sujet à tester = Où max doit-il chercher le chocolat ? après lui avoir conté toute l’histoire (c’est aussi un test pour les autistes et les malades mentaux). Jusqu’à un certain âge l’enfant n’a pas le discernement nécessaire pour attribuer à Max une fausse croyance
    — il répond alors = dans l’armoire car lui sait où maman l’a rangé,
    — s’il répond = dans le frigo, il est conscient de la fausse croyance de l’autre (de Max).
    je crois qu’on a pu le démonter avec des singes adultes ! et Audrey avec le Bob ??? Si le blob, au delà de la capacité de la théorie de l’esprit est conscient de la fausse croyance de ses congénères, les détrompe, et leur apprend à trouver le bon chemin, là, on ne peut plus nier ses capacités mentales supérieures bien que sans cerveau. Ce qu’il faut en sciences, c’est marteler un truc encore et encore, que les autres ne veulent surtout pas voir ni prendre en considération car cela détruirait leurs propres théories. Et là, c’est plus que la relativité d’Einstein qui invalide la physique classique de Newton, c’est tout le paradigme physicaliste qui s’effondre au delà du neurocentrisme d’un Stanislas Dehaene, et qui valide la thése de Markus Gabriel : Je ne suis pas mon cerveau puisque le Blob est aussi conscient que moi d’être, aussi conscient que moi de la fausse croyance d’autrui, et autre qu’un cerveau qu’il ne possède pas.
    Il faut se peaufiner ton article aux petits oignons avant de l’envoyer à l’ORBS.

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  2. Jean-Louis Tripon

    Pour moi, cet article est tout bon à présent ! Qu’attends-tu pour le publier ? Comme dit, j’aime pas les brouillons, car ça se perd dans la colonne de contrôle administrative, souvent il y en a plusieurs et je suis obligé de nettoyer derrière les reliefs abandonnés par les auteurs. Là ça va puisqu’il n’y en a qu’un et bon. Personnellement je publie des articles inachevés, le principe voulant qu’un article n’est jamais achevé, qu’il doit susciter des commentaires dont l’auteur doit tenir compte pour le parfaire, sans compter ceux qui sont conçus pour être écrits à plusieurs mains. C’est le miracle des sites interactifs du net = un article reste en devenir et n’est jamais formellement achevé, comme ceux de Wikimedia.

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