Cognition

Cognition

Définition

La cognition est l’ensemble des processus mentaux qui se rapportent à la fonction de connaissance et mettent en jeu la mémoire, le langage, le raisonnement, l’apprentissage, l’intelligence, la résolution de problème, la prise de décision, la perception ou l’attention. Ces processus cognitifs ont été mis au jour par un petit groupe de psychologues de Harvard dans les années 1955-1960, notamment autour de Jerome Bruner et de George Miller dans ce qui a été désigné comme la « révolution cognitive ». Critiques vis-à-vis des échecs du béhaviorisme d’alors qui interdisait toute hypothèse sur le fonctionnement mental, ils vont, au contraire, modéliser le fonctionnement de la pensée en termes de régulation permanente entre perceptions et actions et l’unifier, en un ensemble d’apprentissages informatifs et adaptatifs, à l’ensemble des processus mentaux, y compris les émotions et la fonction affective, traditionnellement séparée des processus de (re)connaissance et supposée réservée (à tort) aux uniques thèses psychanalytiques.

les fonctions cognitives désignées plus haut sont censées construire et aider à la connaissance exclusive de la réalité physique de l’univers dans un cadre conceptuel physicaliste bien que rien ne le laissait supposer dans les intentions de ses créateurs. Des développements monistes ont ensuite désigné le cerveau comme unique source de la pensée, de la conscience et des émotions. Puis ont fait au delà d’une simple métaphore, un véritable parallélisme entre le fonctionnement d’un ordinateur visant l’intelligence artificielle et la représentation de ce modèle imaginaire des capacités du cerveau, en présupposant également l’équivalence de la pensée humaine et du traitement de l’information. La définition exacte de la cognition et des relations entre activités mentales et cérébrales (le « Problème corps-esprit ») reste l’objet de nombreux débats dans les sciences contemporaines (psychologie, intelligence artificielle, philosophie, etc.), et de vives critiques qui feront l’objet du prochain chapitre. À la suite de la « révolution cognitiviste », la perspective dominante depuis le milieu du xxe siècle regroupe sous le terme de cognition les fonctions dont est doté l’esprit humain et par lesquelles nous construisons une représentation opératoire de la réalité à partir de nos perceptions, susceptible en particulier de nourrir nos raisonnements et guider nos actions. D’autres courants de recherche critiquent cette perspective représentationnaliste.

Discussion

Les fonctions dites cognitives sont elles vraiment des fonctions mentales ?

Les sciences cognitives reposent sur l’étude et la modélisation de phénomènes aussi divers que la perception, l’intelligence, le langage, la mémoire, l’attention, le raisonnement, la résolution de problèmes, la prise de décision, les émotions, l’esprit ou même la conscience. Nous pouvons parler à ce sujet de fonctions cognitives, mais sans trancher pour l’instant sur le rôle que joue le cerveau dans ces processus cognitifs, car le problème est de découvrir les fonctions essentielles par lesquelles notre esprit opère, et non pas de valider une quelconque théorie neurocentriste, ni les élucubrations des computationnalistes qui désirent se upload dans le disque dur d’un ordinateur pour devenir immortels. Est-ce bien donc des fonctions mentales, ou simplement une classification conceptuelle hétéroclite de moyens dont dispose la pensée humaine en fonction de ses objets à traiter, et non pas des qualités de ses sources de traitement ? Cette démarche conceptuelle des sciences cognitives rejoint celle d’Antoine de la Garanderie et de sa gestion mentale, visant à améliorer l’apprentissage des enfants à l’aide de cinq gestes mentaux qui sont : l’attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l’imagination.

Ces précurseurs étaient des psychologues qui se fondaient à la fois sur des analyses comportementales et sur leur propres expériences en introspection. Le but étant de créer une science générale du fonctionnement de l’esprit, sans se préoccuper du cerveau et de l’informatique, qui ne peuvent que faire dévier cette recherche dans des contraintes biologiques et techniques. La liste non exhaustive des fonctions cognitives ainsi déterminées ressemble à un couteau suisse, chacune désignant une activité mentale telle que le langage ou la prise de décision ou une qualité telle que la conscience ou l’intelligence. Ces différentes activités se chevauchant, on ne peux alors parler que de phénomènes mentaux satisfaisant des objectifs, et non de fonctions mentales opératives complémentaires distinctes qui s’associent en synergie pour contribuer à produire tous nos phénomènes et nos états mentaux ordinaire et modifiés.

Vers la conception de fonctions mentales

je vais donc reprendre la liste des phénomènes étudiés par les sciences cognitives afin de tenter de dégager des concepts de fonctions complémentaires contribuantes pour mieux comprendre les mécanismes des processus qui conduisent à produire ces phénomènes.

Conscience

La conscience est une fonction mentale essentielle des êtres vivants, que ne préfigure pas les lois et les phénomènes de la physique. Sans elle, il y a absence de manifestation de phénomènes, des existences sans révélation de leur présence. Il faut cependant préciser le rôle de cette fonction conscience qu’on a tendance à imputer à tout et n’importe quoi, de la créativité intuitive à l’éthique. La conscience est un pouvoir révélateur d’un contenu conscient qu’elle n’a pas créé, et rien d’autre. Ne confondons pas informations conscientes et fonction révélatrice des mêmes.

Mémoire, mémorisation, remémoration

La mémoire n’est pas une fonction opérative mais un ensemble de données inertes. Par contre la remémoration est un phénomène qui relève d’une opération mentale, quelle soit volontaire ou involontaire. La question se pose pour la mémorisation ? est-elle une fonction spécifique ou simplement un processus d’écoulement naturel de notre conscience à notre mémoire, renforcé par des répétitions, une volonté soutenue et une attention délibéré pour se souvenir de données cognitives.

Intention, jugement subjectif, prise de décision

Ici nous trouvons la manifestation de l’indépendance de l’intention, du libre-arbitre qui caractérise une fonction volontaire propre au vivant et formellement absent de la matière physique inerte des machines, d’un organe de commande de notre vie mentale que nous pouvons facilement confondre avec un ego ou un soi psychologique objectif qui entreprend toutes sortes d’activités subjectives, qui peut vivre sainement ou se perdre dans des mécanismes de défense maladifs, à ne pas confondre avec un conscient dont la qualité essentielle appartient à une autre fonction mentale : la conscience.

Attention, concentration

L’attention ne concerne pas que que l’absorption dans des tâches physiques, elle peut être la concentration nécessaire aux plus hautes formes de méditations statiques et dynamiques, et du contrôle du souffle des maîtres du Râja Yoga. Elle s’accompagne toujours du guide volontaire le la fonction précédente.

Raisonnement, compréhension, réflexion, intelligence, imagination, résolution de problèmes

Il n’y a rien que l’on puisse appeler intelligence mais une intelligence des choses, ainsi avoir un QI de 200 signifie avoir l’intelligence des exercices proposés dans les tests de QI. Ici se manifestent les processus qui se rapprochent le plus du fonctionnement logique d’un ordinateur, que nous pouvons qualifier d’analytique, et dont les modalités s’étendent de la structuration et le traitement automatique de données à la gestion de notre mémoire, à l’imaginaire de nos rêves, et jusqu’aux propositions résolutoires de problèmes dans notre contexte de veille, et celles rencontrées dans l’hypnose ou dans la méditation profonde.

Émotionnel

Les émotions sont des phénomènes mentaux spécifiques involontaires qui s’imposent à notre libre arbitre, des réactions à des événements extérieurs ou à des conditions psychiques intimes, des jugements pénalisants de plaisir et de déplaisir qui vont nous prévenir de nos succès et de nos échecs, des difficultés ou au contraire des opportunités que nous rencontrons dans nos aventures, et enfin des submergements obsédants d’amour et de haine.

Langage, écriture, perception sensorielle, motricité corporelle

Dans toutes ces activités disparates on trouve une relation et une présence au monde extérieur. Une présence qui nous quitte au cours du sommeil, de la méditation, de l’hypnose et du rêve, lucide ou ordinaire. Pour chacune d’elles des structures comportementales et des apprentissages du bon geste de l’artisan, une accumulation d’expériences qui montre un partenariat avec d’autres fonctions mentales.

Divers ? conviction et confiance péremptoire, validation des apprentissages, énergie

J’ai fait un tas de ce dont on parle rarement dans lequel nous pouvons distinguer deux choses? d’une part la validation de nos structures comportementales que nous rencontrons dans les pathologies mentales, les phobies et les addictions, liés à des convictions plus profondes que les croyances des jugements et des opinions subjectives, et à la puissance de la confiance en soi. D’autre part un phénomène énergétique appréciable dans les phénomènes émotionnels et dans la pérennité de nos souvenirs structurants. Il nous faut donc ajouter ces deux fonctions aux sept précédentes.

Neurocentrisme

Le neurocentrisme est un physicalisme qui loge notre conscience, notre pensée, et toutes nos fonctions cognitives dans notre cerceau biologique, conçu comme unique source de notre esprit. Il se fonde sur des interprétations d’imageries du cerveau, principalement l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle.

Ce rôle présupposé du cerveau crée des contraintes au chercheur, qui va avoir naturellement tendance à rejeter tout ce qui ne rentre pas dans son modèle, comme les qualia qui ne sont pas neurocodable, ni ne semblent intervenir dans le traitement des informations extérieures, qui va également impliquer le déterminisme des lois de la biologie et de la physique, un autre présupposé dans un domaine, celui de notre esprit, qui a priori ne le réclame pas et qui se trouve en contradiction avec notre expérience ordinaire. On trouve aussi dans cette section des sciences une tendance malheureuse à vouloir démontrer ses prémisses et à marteler à chaque phrase des publications scientifiques : neuro, neuro, neuro, c’est le cerveau qui fait tout, comme si nous ne savions pas que c’était leur pétition de principe, ou bien que ces chercheurs cherchent toujours à en persuader leur conviction ou leur foi branlante.

Computationnalisme

Avec le computationnalisme de Hilary Putnam et Jerry Fodor, nous passons à une autre étape. Il ne s’agit plus de nier la non physicalité de nos phénomènes mentaux, mais de les assimiler à un traitement de l’information dans le seul but de développer l’intelligence artificielle qui suscite de grands espoirs chez les transhumanismes qui ambitionnent de vaincre la mort, et chez les chefs d’industries néolibérales qui ambitionnent de remplacer leurs fainéants d’employés par des robots bons à tout faire, et même les raisonnements complexes des cadres et des ingénieurs, des cyborgs proches des terminators de science-fiction, dont leurs promoteurs humains se seraient protégés par des interdit évoqués dans les romans d’Isaac Asimov de la série “I Robot”. Là on nage en plein délire paranoïaque, et on rentre dans les rêves magiques des savants fous, qui n’ont rien à envier au Docteur Frankenstein. Cependant, compte tenu des espoirs qu’elles suscitent, ces recherches insensées drainent des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars, qui font vivre toute une génération d’informaticiens, qui ne sont pas près de lâcher de sitôt cette aubaine.

Nous sortons là d’un domaine, celui de l’humain pour celui des machines, et des sciences cognitives pour celui de l’informatique. La métaphore de l’humain sert sans doute les recherches et l’imaginaire des ingénieurs chercheurs en intelligence artificielle, mais cette anthropomorphisme délibéré de la machine qui sert les ambitions et la collecte des fonds pour cette jeune science, est un aveuglement des différences des capacités des machines et des hommes, ne montre que la cohérence de l’inconscience des problèmes formels impossibles à résoudre, nommés problèmes difficiles à résoudre demain. Et en définitive, implique des amalgames dangereux entre les fonctionnements des machines et de l’homme, comme le traitement des informations mesurables et codables par des algorithmes et la pensée humaine sensible, qui sont de nature à nuire et à faire diverger les recherches sur les mécanismes de la pensée humaine par la force de la métaphore inverse, qui compare l’homme à un ordinateur, et qui angoisse l’opinion publique, qui se sent inférieure aux performances des machines, tout ceci renforcé par des œuvres de fiction bas de gamme, incohérentes et délétères.

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Jean-Louis Tripon

Ingénieur géomètre INSA Strasbourg, Chercheur théoricien en sciences mentales, Créateur de la méthode DMS, Président fondateur de l'AFDMS. Directeur du social networking service Sic Itur

Cet article a 2 commentaires

  1. sandra thoquer

    Très bel article, bien expliquer,mais, pas simple à comprendre les mots utilisés, j’ai du relire plusieurs fois certaines phrases pour comprendre et regarder sur google traduction, merci Jean-louis, pour cet article très interressant!

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