Conséquences de la glaciation des cœurs et de la froideur des esprits

Conséquences de la glaciation des cœurs et de la froideur des esprits

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE, DESTRUCTION DE LA BIO-DIVERSITÉ ET DES HUMAINS : CONSÉQUENCES DE LA GLACIATION DES CŒURS ET DE LA FROIDEUR DES ESPRITS .

Observations  :  Cœurs glacés et froideur d’esprit, caractérisent depuis aussi loin que je m’en souvienne et  que j’en ai fait l’expérience (1947) , les pensées, actions et attitudes d’un grand nombre d’hommes et de femmes  de pouvoir.

     Je laisse le lecteur exercer sa conscience réflexive pour valider ce constat . Pour ce qui me concerne, il s’est établi peu à peu, à l’épreuve de la vie, dans le champ, familial, éducatif, politique, syndical et dans le monde du travail.

      Je ne veux pas égrener les souvenirs qui me conduisent à faire mienne  la perception d’une interdépendance étroite entre les modes de relations inter personnels dominants et ceux qui touchent à la nature et au vivant . Ces souvenirs sont souvent de l’ordre de l’intime et impliquent des personnes que je ne veux pas accuser, car victimes « inconscientes » d’un système diviseur des individus.

   Par contre, plusieurs événements historiques, reflets systémiques impitoyables, m’ont convaincus du caractère destructeur inéluctable et global (hommes et nature : De fait, Écologique) de nombreuses décisions d’ hommes et de femmes de pouvoir :

    Dans la continuité de plusieurs siècles de guerres, de persécutions et de massacres et à travers le témoignage de mon grand-père, la « grande guerre » de 14-18 a marqué ma mémoire, par cette volonté destructrice globale, des hommes , des animaux et de la nature … J’ai le sentiment que c’est là que la fermeture des cœurs glacés et  la froideur des esprits logiques des dirigeants, se sont manifestés le plus directement, à travers les commandements hallucinés de généraux déshumanisés….  

     Après, l’utilisation de l’arme nucléaire à Hiroshima, pendant la seconde guerre mondiale aura été, selon moi, le point d’orgue et le commencement du déni de l’interdépendance de l’homme avec la nature, la porte ouverte à la déstruction-instinction de notre planète et de ses habitants . La barbarie Nazie, la guerre d’Indochine et du Vietnam, celle d’Algérie, seront autant d’occasions de la manifestation de notre indifférence de cœur et de notre logique sans conscience .                                 

    Questions : Pourquoi la sensibilité du cœur et la chaleur de l’esprit s’exercent elles presque uniquement dans la sphère privée, ou dans le cadre associatif et culturel et s’effacent trop souvent de l’intelligence des humains dés qu’ils exercent un pouvoir ?  

Comment comprendre la multiplication des comportements pédophiles par des hommes d’Églises, l’explosion des féminicides, les inégalités persistantes entre les hommes et les femmes, les révélations des multiples agressions sexuelles dans tous les milieux, autrement que par la puissance de pulsions, réprimées par l’éducation et surgissant en autant de « passages à l’actes» ? Un retour du refoulé massif et un échec du processus de sublimation, censé canaliser la pulsions sexuelle et une certaine agressivité qui lui est consubstantielle.  De fait, ce processus échoue quand il s’inscrit dans un contexte de compétition et de sélection des plus forts, associé à un mépris des plus fragiles, caractéristique de notre système éducatif et du monde du travail . 

Comment croire que nous pouvons sauver la planète et le climat, sans abandonner nos paradigmes guerriers et violents ? C’est impossible : Tant que les hommes se feront la guerre, ils ne pourront rien sauver dans le domaine « écologique », car c’est la même logique destructrice qui est à l’œuvre dans les deux domaines.   

  Tentative de réponses et pistes de changements :   

         La pulsion de vie est un courant d’énergie qui devrait nous réunir, mais que l’éducation transforme, bloque et entrave, pour, finalement, nous diviser, individuellement et collectivement .  Au delà de ses dérives commerciales et de ses errances pathologiques, la sexualité est devenue l’exutoire, ou peuvent s’exprimer énergie vitale, désirs, sentiments et un peu de chaleur humaine . Il est significatif de constater combien les orientations sexuelles différentes ( LGBT ) sont combattues par celles et ceux qui ne veulent surtout pas sortir du schéma traditionnel hétéro, cantonné à la famille et à l’adultère . Les orientations LGBT montrent bien que le désir sexuel est un facteur commun à chacune  et chacun . Trop longtemps réprimé, par les églises notamment, il est, peut être, la source d’un avenir humain différent, ou amour et solidarité seraient les nouveaux paradigmes .

          Pour cela, il faudrait faire de la circulation de l’énergie vitale, intra et inter personnelle, l’Alpha et l’Oméga de toute Éducation, dés le plus jeune age.  Toutes les pédagogies actives se nourrissent à cette réalité , mais sont restées trop confidentielles . A l’age où le désir sexuel, qui est finalement désir de transmission, se manifeste , il serait tout à fait possible de le prendre en compte et d’en faire un moteur de l’acquisition des connaissances et des savoirs être, plutôt que de le dénier et de l’étouffer. Il serait ainsi reconnu comme constitutif de la nature humaine et structurant de la vie en société et des rapports inter individuels .   

     Pour une reconnaissance de la puissance de « L’énergie désirante » dans toutes ses composantes :     Sexuelle, intellectuelle, artistique, créatrice, relationnelle, corporelle, onirique, exploratoire etc…..

De fait, cette puissance originaire alimente l’ensemble des comportements humains, en tant que force de découverte, d’observation, d’imagination, de création .

 C’est une exaltation de l’Être, qui, si elle peut s’écouler sans entraves moralisantes et castratrices, est la source constituante d’une personnalité épanouie, autonome et solidaire de ses pairs . 

  C’est elle qui permet une unité de l’être humain, « Corps, esprit, âme » et lui donne ainsi le pouvoir de conduire sa vie, en pleine clairvoyance et conscience de ses actes, dans une recherche « d’individuation » tout a fait compatible avec l’adhésion à un projet collectif            

  Dés la petite enfance, elle nécessite évidemment d’ être observée et accompagnée de façon bienveillante et attentive . Pas question d’un « laisser faire » et d’un laxisme irresponsable, mais, toujours, d’une proposition de « dire son expérience », d’exprimer, individuellement et/ou collectivement, son questionnement, de manifester ses doutes, ses peurs, ses espoirs, ses envies, ses rêves….  

   Si ces conditions sont remplies tout au long de l’éducation, en évitant l’esprit de compétition, de division et d’exclusion, il n’y a pas de raisons ( hormis traumatiques ou biologiques) pour qu’une majorité de jeunes ne deviennent pas, conscients et responsables, vis à vis de leurs pairs et de la bio-diversité : Leurs pensées et leurs actes d’adultes, quelle que soit leur place et leur fonction dans la société, seront, à la fois, rationnelles et sensibles, logiques et intuitives, réalistes et utopiques, imprégnées d’empathie et de chaleur humaine….  

     L’adage « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît pas » doit être revisité car il est source de division de l’être et de dysfonctionnements majeurs, touchant tous les humains, y compris dans des fonctions dirigeantes, depuis les temps les plus anciens . De fait, ce ne sont pas les raisons du cœur qui entravent la raison (la logique rationnelle) , mais bien au contraire, le déni de ces raisons, leur non reconnaissance, leur négation, leur mise à distance, qui poussent l’être humain à des passages à l’acte irresponsables, incohérents, violents et destructeurs. 

    Les religions portent évidemment de grosses responsabilités dans cette déviation de « l’énergie vitale désirante », dans sa stigmatisation, sa diabolisation . Elles ont clairement, depuis toujours, « parti lié » avec les puissances d’argent les plus réactionnaires, pour empêcher et assigner à résidences, la base citoyenne majoritaire de nos sociétés .

    Les dérives hallucinées et violentes de tous les extrémismes religieux et politiques, aujourd’hui comme hier, sont les conséquences inéluctables de cette négation de la globalité de l’être humain et de son interdépendance avec la bio-diversité. Leur seul but est de maintenir leur pouvoir égoïste, leur avidité et leur fascination pour l’argent, par tous les moyens, en étouffant, ou en écrasant, celles et ceux qui, par leurs existences mêmes, démentent leurs idéologies mortifères.   

S’en remettre aux « Sciences » et à « l’intelligence artificielle » ?

     Ces réalités ne sont pas à combattre, puisqu’elles sont le fruit de la recherche et de l’intelligence humaine ; Mais elles doivent être supervisées et régulées par un cadre éthique et déontologique rigoureux. 

Ne nous y trompons pas, le recours frénétique à la rigueur scientifique et la fuite en avant informatique, sont autant de béquilles :  Elles nous seront utiles et nécessaires, mais insuffisantes, si elles s’appliquent sans conscience, en ignorant les aspirations existentielles d’une majorité des humains.   

   L’être humain a besoin de se sentir reconnu dans sa diversité, mais surtout dans sa globalité (Corps/esprit/âme) et dans son aspiration à conduire sa vie.  Il doit pouvoir, régulièrement, dire sa vie et ses désirs, au risque, sans cela, de se perdre dans son mental, de s’anesthésier, de s’auto détruire, ou de détruire les autres et la bio-diversité qui l’entoure.

 Perspectives :

Les algorithmes mathématiques ne nous sauveront pas si nous oublions d’y adjoindre les rimes de la poésie de notre existence, aux sources de notre désir d’être et d’aimer la vie . 

Voici quelques extraits de livres, qui sont autant de regards différents   susceptibles de nous éclairer le chemin :

  Philosophie du Vivre – François Jullien – ( NRF )

« La figure d’un Moi-sujet …….se constitue à partir de la distension et séparation des trois parties du temps…..ainsi doit-on chercher l’existence seulement à l’intérieur de nous, dans l’esprit, elle est une distentio animi .Les trois temps correspondent en fait à trois activités : Le futur est ce que j’ « attends », le passé ce dont je me « souviens », le présent ce à quoi je suis « attentif » ; Il se définit donc stricto sensu par l’ « attention ».

« ….Que nous ayons toujours à nouveau faim, que nos désirs ne soient jamais rassasiés, au lieu de rendre la vie dérisoire, est ce qui maintient la vie en cours….dans sa vitalité …en tension dans l’entre : entre le désir et la satiété . C’est dans cet « entre » qu’effectivement on vit » . 

Mais …… : « Verser sans jamais remplir, puiser sans jamais épuiser » (Formule Chinoise)

« Serait ce trop s’avancer que de considérer que le renversement valorisant cet « entre » discret, au détriment de la dramatique tapageuse des extrémités, se signale sourdement à nous comme une des grandes mutations idéologiques contemporaines ? On aurait compris ….que ce n’est plus le passage à la limite qui éclaire, que ce n’est plus dans l’extrémité qu ‘est celée la vérité….. »  «  Nous en sommes venus, en effet, au temps de l’entre-tien : C’est à dire littéralement où l’on tient à l’entre, où l’on tient de l’entre, où l’on sait que c’est dans l’entre des démarcations que se discerne de la capacité ; que se développe de l’effectif. » 

« ….La poésie n’est elle pas tout entière, quand elle n’est pas discours en vers et répond à sa vocation, une parole de connivence, nous rebranchant sur l’immanence du vital, que favorise tout un jeu d’entente et d’adhérences internes ( images, rimes, assonances) ? ….La poésie renverse la relation et fait revenir l’humain sur ses pas : au lieu que ce soit la connaissance qui rompe avec la connivence, la parole poétique se détache du discours de la connaissance et fait retour au « primitif » : elle intègre et rattache, réintroduit au stade de la vibration commune ou de l’essor. » 

 « Les « éveillé(e)s » sont celles et ceux qui déploient les contrastes, font travailler les écarts, en même temps qu’ils les font communiquer de l’intérieur, jusqu’en leur fonds d’ambiguïté » 

 Le temps du Désir – Denis Vasse – ( Le Seuil )

« L’homme ( la femme ) dans son corps, n’est ni pur besoin, ni pur désir. Son corps est l’histoire du constant passage de l’un à l’autre. Ce passage ne s’opère que dans la relation d’un corps à un autre corps. La référence au corps fait seule de l’homme un prochain pour un autre homme » 

« Pour rendre un homme vrai, il faut l’aimer : tant qu’une jeune âme n’aura pas tout l’amour dont elle a besoin, elle ne sera pas vraie de sa propre vérité » ( Sentence Hindoue ) »

 « La parole est un tissage, nous révèle un des contes du Roi-Singe (André Voisin), le temps et la parole ont les mêmes secrets. Il faut bien des mois pour tisser ni lâche, ni serré. Avec une parole fine comme une laine, tu fais une surface entière, tu fabriques un récit, avec ses desseins, ses couleurs, et dedans il y a ton souffle, ton cœur et ta tète »

« Quand l’homme ne parvient plus à se perdre dans le monde pour y trouver sa vie sur le mode de la différence, quand sa seule issue lui apparaît fermée et qu’il n’y a pas de destin pour lui que dans la noyade de la conformité au sein d’un monde qu’il réprouve inconsciemment parce qu’il ne rend plus compte de son inaliénable différence, alors la force créatrice éclate en révolution »  

« Si le désir est l’essence de l’homme et s’il est ordonné à la reconnaissance  de la différence en soi et en l’autre, la loi est, elle, l’expression de la garantie du désir. Elle est, au niveau formel de l’expression, comme à celui agissant de la structure, ce qui médiatise le rapport des hommes entre eux. »  

«  L’intériorisation structurante de la loi, dans son origine même, entretient un rapport étroit et nécessaire avec la différence sexuelle, modèle et référence de toutes les autres différences……Le processus qui pose l’homme en sujet est un délogement. Il lui faut quitter la place, toute la place qu’il veut prendre. Cerclé dans son corps, il est limité dans sa consommation du monde par le désir d’un autre. Il n’a qu’une issue possible : devenir à son tour être de désir dans l’épreuve de sa limite. La connaissance de soi ouvre à la reconnaissance d’autrui ……. Si la loi n’est pas ordonnée à l’aménagement d’un espace à deux dimensions, dans lequel toutes les différences s’articulent sans se réduire entièrement, l’homme est voué à vivre dans un univers imaginaire où il se croit tout puissant. C’est alors qu’il confisque à son unique profit, la loi. Dans ce cas, la loi n’est plus médiatrice entre lui et l’autre, elle devient, dans ses mains, l’arme la plus redoutable qui soit ….. Alors toute différence tend à s’estomper et à disparaître : Il n’y a plus que moi et la loi qui me justifie »  

« L’homme est, dans son corps, parole qui se réfléchit et qui réfléchit la parole de l’autre. Il est le signifiant d’une parole qui existe avant lui et perdure après lui et que son corps ancre dans le monde » .

«  En prenant la parole, l’homme ouvre une faille dans la cohérence du monde, aussi bien que dans celle de l’idée qu’il en a. Par elle, il a prise sur me monde, en même temps qu’il se déprend de l’image qu’il s’en faisait »  

« L’homme, sanglé dans son corps, ne peut envisager sa mort qu’en posant la question de son origine. Il ne peut tenter d’imaginer ce qu’il n’est pas ( un mort ) qu’en essayant d’imaginer qu’il aurait pu ne pas être, ne pas naître. Il cherche alors à comprendre l’histoire de la différence sexuée qu’il est, à la lumière de la différence sexuelle qui lui a donné naissance. Il est dans son corps, le fruit d’une différence qui s’accomplit dans l’union. La loi est le reflet et le support de ce paradoxe. Elle dégage l’ensemble des règles qui lient les hommes en une société, en même temps qu’elle les différencie en sujets. »   

 Questionnement critique et ouverture :  

Même si elle me parle et me touche, l’approche très Psychanalytique de Denis Vasse, semble opposée aux évolutions de nos sociétés ( Mariage pour tous ; PMA etc…) Mais lui même le concède : « La loi ne peut que se mettre à l’écoute : Elle n’est plus l’expression des sujets qu’elle régit. Et, sans eux, elle n’est rien…Tout comme la science ». 

       On peut donc se demander, si les évolutions actuelles ne traduisent pas

un certain échec de la théorie psychanalytique, basée sur la nécessaire « castration symbolique » pour advenir en tant que « Sujet ». 

    Elle a sans doute « oublié » que l’écoute de la parole du jeune enfant à propos de son vécu, notamment vis à vis de la sexualité,  est peut être ce qui doit structurer son éducation ( Approche de Françoise Dolto) : Une écoute bienveillante et rigoureuse qui n’empêche pas d’énoncer certains interdits (celui de l’insecte par exemple) . Mais les interdits ne peuvent être intégrés, que dans le cadre d’une relation, où la chaleur humaine et l’ouverture du cœur sont présentes. 

   En tout état de cause, si la théorie psychanalytique, largement utilisée par de nombreux hommes et femmes de pouvoir, avait eu une action positive sur leurs comportements et sur leurs décisions, le monde n’en serait pas là aujourd’hui.    

 Il faut garder de la Psychanalyse sa puissante capacité à mettre la personne en position d’écoute d’elle même et à la rendre actrice de sa vie, mais se départir des attendus théoriques datés qui la structure, comme autant de marqueurs d’une société profondément patriarcale et passablement misogyne, conçus pour alimenter et reproduire les inégalités sociales, économiques et culturelles, pas pour les réduire.

C’est en multipliant les temps de partages d’expériences, d’échanges d’idées, de construction de récit de vie, d’expression des imaginaires, dans des lieux dédiés (importance du contenant), dans chaque commune ou communauté de commune, que nous aurons une chance d’inverser le cour de l’évolution actuelle qui détruit la planète et nombre de ses habitants .

 Il y faudra évidemment beaucoup d’empathie et de rigueur, beaucoup de cordialité et de lucidité, beaucoup de chaleur humaine et de solidarité.

   En aurons nous l’intention et la volonté ?

    Novembre 2019                  Jeanmarie Quairel, Directeur de CIO Honoraire, Secrétaire Général du Comité du Pays d’Arles du Secours Populaire 

Nécessité d’un nouveau paradigme

JLT : Je pense personnellement que la faille essentielle de la néoténie mentale humaine qui conduit à ces barbaries et au caractère insoluble des problèmes socio économiques et militaro politiques actuels qui mènent à l’auto destruction de l’humanité, réside dans la dissonance normative de sa représentation de lui-même. En effet, la croyance qu’il n’est que chair biologique réduit ses possibles aspirations au dépassement de lui-même au seul progrès physique, dans la puissance financière et la domination politique des autres, le privant donc du champ immense et beaucoup plus gratifiant de son évolution mentale, qui s’ouvrirait à lui s’il se concevait dans la réalité de sa nature spirituelle dirigeant un corps physique. Ce dernier plan physique ne présenterait alors pour lui que bien peu d’intérêt.
Les religions chrétiennes elles-mêmes ne conçoivent l’homme que sur le plan physique, comme un être de chair. Il y a bien un plan divin d’où émerge le Christ qui se fait chair et sang, mais pas de plan mental. Dès lors, le capitalisme libéral reste la seul voie de réalisation, selon Max Weber, pour le protestantisme puritain anglo-saxon, qui se pare des vertus altruistes de ceux qui comblent les besoins matériels des hommes, mais qui cache la perversion de la concurrence acharnée pour le profit pécuniaire et le pouvoir économique, et qui aboutit aux records d’obèses et de diabétiques aux Etats-Unis. Ce monde biaisé, fermé sur son matérialisme, ne possède aucune voie de sortie vers une évolution spirituelle d’abord, et matérielle ensuite.
Cette représentation dualiste de substance de la nature humaine change radicalement les données de ses aspirations fondamentales. Il lui suffit de satisfaire le peu de ses besoins immédiats pour s’investir dans une évolution mentale sans limite, un acquit éternel affranchi de la mort, ce que ni l’argent, ni les pouvoirs ne peuvent faire. Il est alors envisageable de donner à chacun selon ses besoins en échange d’une participation modeste au travail collectif nécessaire à la satisfaction des besoins de tous, dans une société frugale où toutes les contraintes par la force, les contrôles, et les sanctions utiles à protéger les pouvoirs et les propriétés économiques n’ont plus lieu d’être. Les réglementations administratives, usines à gaz, de tout ce système libéral de production et de consommation dans ce cadre de concurrence biaisé par la puissance de l’argent et des médias deviennent alors inutiles, mais pour ce faire, il faut réformer les aspirations humaines, donc sa représentation physique toxique de lui-même, par l’image plus saine de sa réalité mentale.
Cette réforme passe nécessairement d’abord par la science et l’effondrement du monisme physicalisme, avant se se propager par l’éducation scolaire dans la société, la politique et enfin dans l’économie, par l’effondrement du libéralisme, source principale de la rivalité des avidités pour les richesses et les pouvoirs matériels. et donc des turpitudes, des luttes, des violences et de la barbarie, déployées pour les accaparer.
Lors de la discussion, je vous prie de prendre en compte le fait que ceux qui sont engagés dans les chemins de l’évolution mentale méprisent la néoténie humaine, qu’il n’y a pas une espèce mais des degrés qui partent de l’imbécillité primitive jusqu’à la plus grande sagesse, que le bon adorable sauvage cher à Rousseau, n’existe pas. Que l’amour est une réaction émotionnelle involontaire en rapport à la satisfaction de besoins, et non un choix volontaire. Qu’on ne peut pas contraindre des gens à aimer ceux dont ils méprisent les comportements sans les placer dans une situation de dissonance cognitive. Que la mystique de l’amour, et l’humanisme altruiste, prônés par certains, sont des utopies respectables, mais en contradiction avec les fondamentaux de la psychologie humaine. Eh oui, les problématiques sociales ne sont pas simples à résoudre.
En résumé, tant que l’on n’intégrera pas la dimension spirituelle, mentale, non physique (et non divine et magique) dans la représentation que l’homme se fait de lui même, en créant ce nouveau paradigme, il ne parviendra pas à réformer convenablement les dérives et les vices de notre civilisation occidentale actuelle.

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Jean-Marie Quairel

J’ai travaillé pendant 41 ans dans le Service d’Orientation de l’Éducation Nationale ( Conseiller en Orientation pendant 27 ans puis Directeur de CIO ) à l’écoute des désirs d’avenirs des jeunes , en essayant de limiter les dégâts d’un système éducatif inique.

Cet article a 5 commentaires

  1. Jean-Louis Tripon

    A noter que l’on retrouve chez le mystique chrétien Olivier frérot, comme chez les colibris co-évolutionnaires, la même absence de spiritualité, et le même souci pour un entrepreneuriat visité par la lumière de la grâce. On ne sort donc pas de l’ancien paradigme, mais on le pare de vertus magiques utopiques.

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  2. Jean-Marie Quairel

    Jean louis , à aucun moment dans mon article je ne parle de “besoin physique” ou “corporel”….En réduisant la sexualité à cette dimension, je pense que tu fais une erreur . J’explique justement comment il est essentiel, des le plus jeune âge, en disant ses expériences , donc par le langage et la pensée réflexive , d’humaniser la sexualité , de ne pas la réduire à une simple fonction biologique , mais d’en faire un acte ou le spirituel est présent …. Par ailleurs je ne vois pas où se situe le “divin ” et le “magique” dans ce texte ; par contre ta réponse me semble mettre en lumière un “impensé”, ou un “angle mort”, occultant une dimension essentielle de notre nature ….Mais nous aurons bientôt l’occasion de confronter nos points de vue !

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    1. Jean-Louis Tripon

      Je dois avouer mon incompétence en matière de sexualité (je n’en parle jamais dans mes cours, comme d’une chose strictement privée). Je suis partagé entre une satisfaction hormonale respectueuse de l’autre mais toujours un peu égoïste, et une asexualité. Ayant des tendances a-romantiques, je n’ai eu que relativement peu d’aventures sexuelles et de vies en couple, qui m’ont laissé de beaux souvenirs, sans problèmes ni regrets. Je suis toujours resté très prudent dans mes relations sexuelles, évitant les pathologies des autres, et j’ai opté pour une abstinence totale depuis plus de dix ans, en conséquence de la baisse de la puissance hormonale avec l’âge. J’ai toujours perçu la sexualité comme d’une chose de peu d’importance, étrangère à la nature de mon être, sans me définir comme asexuel, mais radicalement hétéro et d’un genre neutre.
      Privilégiant l’épicurisme à l’hédonisme, je distingue nettement la communion spirituelle ou mentale, de la communion physique ou sexuelle, et j’ai constaté des limites, chez l’autre et aussi un peu chez moi. Je suis aussi authentique et transparent que possible avec ceux que j’estime, mais je me protège de, et j’esquive les pathologies sociales. Cependant, authenticité n’est pas communion spirituelle. Hétéro, je suis sans doute plus attiré par une communion spirituelle avec des femmes qu’avec des hommes, peut-être à cause de l’ouverture et de la douceur sereine qui est plus naturelle à leur sexe. Je suis personnellement sans trouble et non manipulable, donc je ne ressens que peu de risque, mais comme dit, il y a des limites et je pense que bien peu en sont réellement capables, et que je risque au contraire de faire souffrir les autres.
      Dans ce qui précède, j’ai présenté mes positions dans ce domaine, relativement divergentes des normes communes. C’est une question importante, mais que doit-on enseigner aux enfants ? sans les formater dans un sens ou dans l’autre, tout en les prévenant de toute angoisse vis à vis de la sexualité ? A notre âge, il n’y avait pas d’éducation sexuelle, ni romantique, ni relationnelle, rien ! donc j’ignore ce qui se fait, et je ne peux guère en parler. Tu pourrais présenter tes positions dans un article, et ce que tu penses être le mieux pour un développement harmonique des enfants afin que nous puissions tous en débattre. J’ignore quel est l’idéal des relations entre les hommes, entre la solitude sereine respectueuse des autres possible, que je connais, et la convivialité apaisée d’une socio-culture partagée, qui peut devenir sectaire et aliénante.

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  3. Jean-Marie Quairel

    Je m’interroge simplement sur la place tenue par la sexualité dans la vie des gens , qui leur fait souvent “perdre les pédales” ou “péter un câble” , y compris et surtout chez des personnes de “pouvoir” et je me demande s’il n’y aurait pas moyen d’en faire un éléments central , positif et inclusif , dans le développement mental et affectif de l’être humain et dans ses relations aux autres et à la bio diversité . Au lieu de cela, et à l’exception du domaine ” artistique” , il me semble, quand elle n’est pas interdite, qu’elle est surtout un support d’exploitation et de domination . Pourrait elle être un support éducatif ? Une source d’énergie qui favorise et facilite les apprentissages ? Un facteur commun d’émancipation ? Je vais chercher comment mieux formaliser cette approche …..

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    1. Jean-Louis Tripon

      La sexualité est une activité que nous avons hérité des animaux, qui se caractérise par une pulsion comportementale. Son but initial c’est la reproduction biologique animale, mais pour l’espèce humaine, et même pour d’autres espèces animales “supérieures”, cet objectif est largement dépassé, n’en déplaise à la morale chrétienne et son péché de fornication. Cependant, il reste la réalité d’un plaisir sexuel, une jouissance, un désir de l’assouvir qui peut devenir obsessionnel, une pulsion qui peut devenir addictive, pathologique, et qui peut mener au crime sexuel et au crime tout court. D’où la nécessité d’une éducation afin d’en éviter les pires conséquences pour soi et les autres. Quand nous voyons s’accoupler certaines espèces animales (je pense aux canards) nous pouvons penser que la norme initiale fut le viol de la femelle par le mâle. Nous connaissons tous aussi l’image simpliste de l’homme des cavernes, la massue d’une main, et de l’autre, tirant la femme par les cheveux afin d’assouvir son désir sans se soucier du sien. Mais aujourd’hui, ce n’est plus aussi simple, le viol est devenu un crime, il y a des manières plus élégantes, plus respectueuses de l’autre, des normes sociales, des approches subtiles et savantes des deux sexes pour parvenir au résultat recherché. La masturbation peut satisfaire la pulsion hormonale, d’ailleurs certaines femmes n’accèdent à la jouissance sexuelle que par ce moyen. Mais l’accouplement physique reste un mystère de sensations corporelles et psychiques à découvrir pour les jeunes gens, un rite de passage à l’état adulte, une initiation qui va déterminer des comportements, qui va valider ou troubler leur genre, qui va renforcer une orientation sexuelle homo ou hétéro, des répulsions et des pratiques qui ne sont pas toujours socialement admissibles par la culture du lieu, ou de la communauté dominante dont ces jeunes font partie.
      Il existe des pratiques spirituelles qui ne se limitent pas aux poses du Kama Soutra, mais la sexualité est un domaine très délicat avec des risques de manipulation sectaire, des abus pédophiles, qui implique et touche énormément de choses, du relationnel à la pornographie, du social au religieux, de l’apprentissage du couple à de multiples pathologies et déviances, avec des revendications de liberté et de souveraineté des deux sexes pour écarter des pratiques d’exploitation et de domination que rien ne justifie, mais qui peuvent s’être incrustés dans l’inconscience collective d’une culture dominante, qui se trouve être nettement patriarcale en Occident.
      Donc, un énorme chantier,… en jachère.

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