Critique de “Comment co-construire notre avenir, tous ensemble ?”
Assemblée Nationale

Critique de “Comment co-construire notre avenir, tous ensemble ?”

Annexe de https://developpement-mental-semantique.com/que-penser-dune-expression-contributive-dun-projet/
Références :
La nuée : http://coop-group.org/lanuee/wakka.php?wiki=PagePrincipale
La nuée, débats en IC : https://pad.colibris-outilslibres.org/p/lanuee-ic
Co-construire notre avenir :
https://docs.google.com/document/d/1OLseMyA2rC8UQkCj2b_W6yXQzDa0x4tdESw8d9n2gXc/edit#

Le lien co-construire notre avenir fait 127 pages. Ne vous inquiétez pas, la 9 éme synthèse ne mesure que 38 pages de 2 à 39. Elle est très intéressante à lire, comme expérience d’intelligence collective et comme étude sociologique. Il reste qu’elle peut faire l’objet de nombreuses critiques, que je résumerai ci-après, compte tenu de son élaboration par un groupe d’une même orientation philosophique, culturelle et politique, que je qualifierai de : matérialiste, humaniste, socioculturel, écologique, altruiste, qui est loin d’être partagée par tous les hommes. Donc, qu’elle est fondée sur un certain nombre de credo et de pétitions de principe non avérés qui ne me semblent pas nécessaires au buts poursuivis, qui sont : la sauvegarde de la biodiversité, de l’espèce humaine, et la préservation des environnements aérien, maritime et terrestre, et des ressources de la planète.

1. LES COMMUNS

Ce concept fut inventé en réaction à des abus, par usage de la force technologique, d’appropriation par des personnes morales ou privées d’espaces physiques comprenant tous territoires terrestres et extraterrestres, y compris la corporalité et les génotypes de toutes les espèces vivantes, végétales et animales, étant donné que malgré de vaines tentatives, hors des brevets de manufacture d’objets matériels, la propriété intellectuelle est un leurre, chacun pouvant créer les mêmes concepts et les mêmes techniques mentales dans son for intérieur sans pouvoir prétendre en être le seul propriétaire et les commercialiser tout en interdisant leur libre usage par d’autres personnes.
Ce concept de COMMUNS suppose que toute dimension physique est appropriable par l’homme en divisant la propriété de toutes choses en personnelle ou collective (les communs) sans remettre en cause la capacité de propriété et d’exploitation humaine de ces choses. Or, on peut concevoir le rapport de l’homme à la nature et aux autres espèces sous un autre angle, limitant la liberté d’appropriation par la force humaine de ces choses, donc la propriété, qui est un droit exclusif de jouissance sans respect du vivant, ni de la nature matérielle inerte.

2. PROPRIÉTÉ OU RESPONSABILITÉ COLLECTIVE ?

Il n’est pas nécessaire d’être collectivement propriétaires de la nature pour en être collectivement responsables. Il est même probable que cette propriété collective gérée par des politiques puisse induire une tentation d’exploiter ces communs au bénéfice légitime de tous, comme on l’a toujours fait du ciel, du sous sol et des mers internationales, et de leurs locataires succulents et dévorables à merci, ou riche graisse de pingouin et baleine pour faire de l’huile de lampes, jusqu’à ce que la technique, et non l’éthique de sauvegarde des espèces en voie de disparition, rende ces pratiques caduques. Du mammouth laineux au dodo de Maurice, en passant par de nombreux marsupiaux de la Terra Australis, la goinfrerie de l’homme fut le principal responsable de l’extinction des espèces animales ! Et que fera-t-on des dernières gouttes de pétrole trouvées en Antarctique où au fond des mers glacées de l’Arctique, bien que protégées par des pactes internationaux, il ne fait nul doute que l’humanité ne saura pas s’empêcher de se les siroter, de force majeure oblige !
Il faudrait sans doute mieux s’interdire purement et simplement la propriété de certaines choses et de certains êtres vivants pour les protéger des ambitions d’exploitations humaines peu soucieuses de leur devenir, plutôt que d’en faire des communs. Ni les singes ni les rats de laboratoire ne nous appartiennent, et que dire des futures espèces Xénomorphes que nous trouverons peut-être un jour dans l’espace ? Saura-t-on se retenir de les découper en tranches pour le bien de notre science ?

3. L’ESPÈCE HUMAINE EST ELLE SOCIALE ?

C’est une notion préliminaire sur laquelle se fonde et se justifie ce débat, mais on peut largement douter de son opportunité, au vu des antécédents de la race humaine, ayant toujours consciencieusement détruit ses rivaux les plus proches, certains diront “mangés”, les derniers étant les Hommes de Néandertal, au point d’être la seule espèce hominienne restante sur terre. Et plus proche de nous, comment une espèce dite sociale pourrait-elle justifier les centaines de millions de morts des génocides les plus barbares, des guerres les plus sanglantes, et des massacres les plus systématiques des idéologies les plus vertueuses, de la Sainte Barthélémy, à la Shoah, à Staline et à Pol Pot…
On peut se demander s’il existe la moindre espèce sociale chez les animaux comme chez les plantes, à moins que le social ne se réfère qu’à la constitution de tribus guerrières. Les fourmilières d’une même espèce se font la guerre, et mon petit jardin est un champ de bataille ou j’observe l’armée aérienne redoutable des pervenches bleues piquer à mort au cœur de leurs ennemies, les autres plantes, pour régner en maîtresses du jardin. Il n’y a guère que l’ensemble des cellules biologiques d’un métazoaire eucaryote, ce qu’est notre corps humain, pour satisfaire vraiment au qualificatif d’espèce ou de groupe social, où chaque individu se sacrifie au bien-être de leur ensemble, encore que le cancer nous montre une rupture de cette belle mécanique, où chacun et chacune reprend sa liberté causant la mort de toutes. Nous pouvons constater ainsi, que le social n’est que la conséquence d’une aliénation qui maintient la cohésion du groupe, que celle-ci est fragile, qu’elle assure à la fois la satisfaction des besoins physiques et les pouvoirs de domination hiérarchiques dans une structure pyramidale, qui veille plus à sa pérennité, qu’au bien être partagé. Et que nombreux sont ceux qui dans l’espèce humaine, plus que dans toutes les autres espèces, vivent en libertaires ou en parasites, s’étant libérés du principal de leur aliénation sociale.

4. L’HOMME : UN ANIMAL DES PLUS ALTRUISTES ?

L’altruisme est un comportement en apparence des plus désintéressés en faveur de l’autre. Les grecs soupçonnaient déjà dans la république de Platon que ce n’état pas un sentiment naturel et que nous serions plutôt enclin à l’injustice.
Nous pouvons voir dans l’altruisme la soumission à une idée morale, donc une forme d’esclavage qui récompense les ressorts les plus obscurs de l’amour de soi et de la rémission de fautes dont la personne se sent coupable dans la complexité de ses croyances en la grâce divine dans un au delà imaginaire. A priori, l’altruisme apparaît donc comme une pathologie complexe. Les systèmes économiques et politiques favorisent l’altruisme, les aides aux plus démunis, mais aussi l’esclavage de la pensée, que se refuse un égoïste.
De nombreuses associations pratiquent l’altruisme, récoltent des dons pour le soutien aux plus pauvres, aux handicapés, aux malades et aux émigrés, mais nous voyons bien que ces actions ont des limites, et qu’elle suscitent aussi des mouvements inverses de rejets quand les atypiques deviennent trop nombreux dans le paysage et que les indigènes se sentent menacés dans leur identité locale. Ainsi, le SDF, l’émigré et le métèque deviennent vite des intrus dans nos rues. L’altruisme de façade nous paraît donc comme une hypocrisie de Tartufe du politiquement correct et sa réalité comme une pathologie mentale, ces deux ne pouvant résister à de véritables traumatismes sociaux tels que l’émigration massive et le terrorisme culturel sur une grande échelle. C’est ce que montre la montée de l’intolérance des extrêmes droites, car en cas de problèmes dramatiques dans un monde fini avec une population en croissance exponentielle, la réalité de la nature humaine refait vite surface dans sa crudité : Vivre et laisser mourir l’autre, car telle est la loi du vivant.
Ces deux derniers paragraphes (3. et 4.) témoignent plus de l’idéologie humaniste des participants que du souci de résoudre les problèmes climatiques et écologiques qui menacent l’espèce humaine, qui reste le premier objectif de ce débat, l’intelligence collective étant présenté comme une solution et non comme confort esthétique. Qu’importe donc la sociabilité et l’altruisme d’un vivre ensemble humaniste dans une société dont les contradictions économiques et politiques, ainsi que les pathologies sociales condamnent inévitablement à mourir à moyen terme ? Ces préoccupations morales bien pensantes sont hors sujet ! Quelle soit sociale ou non, altruiste ou non, notre civilisation en fin de cycle a le devoir de résoudre ses problèmes fondamentaux et de telles considérations idéalistes ne doivent pas interférer avec l’obligation première drastique de survie de notre espèce.

5. QUE FAIRE DES RELIGIONS ?

Ce texte ne mentionne pas une seule fois les religions, qui sont l’une des principales causes des divisions des hommes, du racisme et de la xénophobie, des appels à la haine, à la guerre et à la violence ! Qu’en faire alors ? Que faire d’une mère palestinienne qui élève ses enfants pour qu’ils deviennent des meurtriers d’Israéliens, gagnent le paradis d’Allah et les quarante vierges promises au djihadistes ? Que faire de l’Islam, qui est plus une idéologie politique fasciste et xénophobe, archaïque, qu’une simple religion régnant dans la conscience intime des hommes. Que faire d’une liberté de croyance en des fantasmes et des mythes toxiques au service de la domination de l’homme par ses congénères ? Ne pas aborder le problème des clivages religieux qui divisent radicalement les hommes de cette planète, c’est implicitement admettre ne pas savoir résoudre le problème du vivre ensemble d’une cité ouverte sur le monde.

6. LA DIMENSION SPIRITUELLE OUBLIÉE

Ce texte définit dès sa première page les dimensions de l’humain comme : Personnel, professionnel, relationnel, physiologique (vivant, survie), pratique (autonome), privée (libre), publique (partage), politique. Et chacun(e) comme : Tous les âges, sexes, cultures  et catégories sociales, enfants, étudiants, personnes retraitées, entrepreneurs, artisans, chefs de PME/TPE/ETI, monde associatif, monde académique. Personne dans ce groupe n’a évoqué la dimension spirituelle de l’homme, ce qui en fait des matérialistes sous conscients de leur réalité mentale. Un trait commun aux politiques comme aux sociologues et aux économistes néolibéraux qui gouvernent ce monde. Il est vrai que le rôle de la politique est de s’occuper des besoins matériels des hommes de la cité, mais aussi de veiller à l’harmonie des hommes, à la qualité du vivre ensemble, qui est l’un des deux objectifs poursuivis par ce groupe, le premier étant de relever le défit écologique auquel est confronté notre espèce.
Or dès que la satisfaction immédiate des besoins naturels de survie est couverte, ce sont les préoccupations spirituelles qui l’emportent, d’abords l’avidité de l’avoir et de la domination d’autrui, puis le bien-être, et enfin les aspirations spirituelles qui agitent l’esprit humain et donnent un sens à sa trajectoire d’être singulier.
Ne pas prendre en compte cette dimension spirituelle (à distinguer de la religiosité qui n’est qu’une aliénation sociale et culturelle) de l’homme, c’est non seulement la méconnaître, mais aussi construire une civilisation dissonante ignorante de la réalité humaine, qui n’apporte guère de plus de celle matérialiste libérale neurocentriste qui domine actuellement le monde avec son modèle d’homme exclusivement physique de travailleur consommateur et éventuellement entrepreneur pour exploiter les faiblesses des autres. Un tel projet entrera donc en conflit avec les spiritualistes et les mystiques de tous bords, qui n’y verront qu’une négation d’eux-même, et quelque chose de totalement étranger et inaudible dans leur monde.

7. UNE NOUVELLE COMMUNAUTÉ RELIGIEUSE CIVIQUE ?

Les intervenants citent le communautarisme comme une grave difficulté du bien vivre tous ensemble et avec chacun et chacune, mais nous sentons chez eux l’intention claire de fonder une nouvelle communauté civique, matérialiste, humaniste, avec ses propres règles morales, ses rites, ses marches en forêt, et ses messes en séminaires d’intelligence collective, dont les réunions prennent énormément du temps libre des gens et les épuisent émotionnellement, vu les tensions à résoudre. C’est donc une véritable religion nouvelle qu’ils nous proposent, avec une charte et un totem, et même s’ils semblent soucieux de respecter la diversité typologique des personnalités afin de n’exclure personne, ce n’est rien d’autre qu’une communauté de plus avec ses contradictions internes et ses conflits externes inévitables avec les autres communautés, sans négliger les risques dune société à tendances sectaires. Car ils nous proposent des règles monastiques précises comme d’écouter plutôt que d’argumenter, ou un égalitarisme strict qui refuse la supériorité pertinente des experts. Or, comme dans tout groupe, il émerge naturellement des leaders, des rapports dissymétriques entre les forts et les faibles, ainsi va la nature humaine qui finit toujours par triompher et resurgir quoi qu’on veuille lui imposer.
Il existe une contradiction formelle entre la socioculture, les dynamiques communautaristes, et la démarche singulière des êtres accomplissant leur évolution spirituelle. Toute identification à une communauté, une appartenance, une représentation collective, un groupe d’hommes, et même à l’humanité quel que soit le sens qu’on lui donne, est une aliénation sociale incompatible avec une trajectoire évolutionnaire se libérant de sa néoténie et de ses dissonances normatives et cognitives. Nous ne pouvons pas échapper aux problématiques des pathologies individuelles et sociales sans rompre totalement avec ces groupes culturels identitaires et leurs contraintes psychologiques, morales et mentales qui constituent un enfermement face à tous les possibles de notre nature spirituelle.

8. CO-EVOLUTION MATÉRIELLE OU EVOLUTION MENTALE ?

Ce qui me gène le plus, c’est cette perspective de co-évoluer dans un champ de possibles exclusivement matérialiste qui n’a aucune valeur pour les spiritualistes. Si nous pouvons partager et contribuer à des projets et des objectifs communs pour préserver la biodiversité, les ressources naturelles et la planète, nous ne pouvons en aucun cas partager des valeurs et une identité qui n’est pas la nôtre. Et ce n’est pas négociable, ni discutable.
Il vous faut comprendre que nous sommes des entités sémantiques, que nous sommes ni ce corps, ni ce cerveau que nous dirigeons, que nous estimons que vos représentations de vous-mêmes et du monde sont fausses et archaïques, que nous ne voulons pas de cette culture sociétale aliénante, que vous n’avons pas de temps à perdre dans des discussions abrutissantes et inutiles avec des objectifs de vie sociale qui ne sont pas les nôtres, que nous estimons que le respect de l’autre n’exige aucun sentiment d’appartenance à une socioculture humaine, que nous n’avons rien à faire de votre compassion, de votre altruisme, ni de vos affects émotionnels sirupeux qui nous écœurent, que l’évolution mentale de homme au delà d’une physicalité vide de sens, est Le Grand Jeu, seul face à l’universel, et qu’il ne saurait s’entraver de considération morales ou sociales.

Je n’ai pas à travestir ma pensée, même si elle déplaît.

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Jean-Louis Tripon

Chercheur théoricien mentaliste, ingénieur géomètre INSA, expert en sémantique holistique, expert en sciences mentales, Harmonique de Pleine Conscience Holistique Ataraxique (HPCHA), dualiste de substance, métaphysicien athée, créateur de la méthode DMS, président fondateur de l'AFDMS.

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