Des conséquences des convictions

Des conséquences des convictions

118. Suite à une publication de Youri Badel concernant le coaching de développement personnel (du 26-8-2018) :
Même si le “On fait de notre mieux ce que nous propose un coach, et on verra bien le résultat” est une attitude raisonnable, il ne faudrait pas aboutir à déresponsabiliser le sujet. Car c’est en définitive l’expérienceur qui fait, et pas uniquement les lois et les forces qui s’exercent sur son faire, qui font à sa place. Il y a de bons et mauvais exercices, comme il y a de bons et de mauvais coachs. Participer à des séances de training de développement personnel est une expérience hasardeuse, et nous savons qu’il y en a plus de médiocres que de bonnes, de même que de nombreuses méthodes de développement personnel n’opèrent que par effet placebo : Vous allez aller mieux, car vous allez nous croire, ce qui ne nous apportera pas grand chose. Ce secteur pullule de charlatans qui exploitent l’imaginaire et la crédulité des gens.
Ceci dit, même si un exercice est valable, sa réussite dépend de nombreuses circonstances, le cadre plus ou moins favorable dans lequel il est proposé, l’état mental du participant qui ne sera pas toujours au mieux de sa forme à ce moment là. Il faut voir ces exercices comme des leçons à l’école : vous allez apprendre des techniques qu’il faudra réviser chez vous. Et chez vous, vous choisirez le lieu, le cadre et le moment le plus pertinent, celui dont vous avez la pratique et l’habitude, et qui est en définitive le meilleur car c’est le vôtre. Il faut savoir aussi qu’il faut parfois répéter 10 fois la même chose avant d’aboutir car les structures comportementales nouvelles se mettent en place dans la durée, par accumulation successive, sans que vous en ayez bien conscience.
Il est évident que si vous êtes déjà très avancé dans votre démarche spirituelle et d’un bon niveau d’évolution mentale, vous savez tout cela, vous avez accumulé beaucoup de réussites dans le passé, vous avez une grande expérience de ces pratiques, vous avez acquis une grande confiance en vous, et vous savez discerner si ce qu’on vous propose est bon ou mauvais, d’ailleurs vous n’avez pas besoin de coaching car vous savez vous débrouiller tout seul. Cette publication de Youri Badel s’adresse donc à des novices qui tentent ici où là d’appendre des savoir-faire, qui passent d’une école de développent personnel à une autre, qui sont attirés par des coachs de grande réputation pas toujours méritée, qui en quelque sorte se font une expérience du genre, et qui ne doivent pas trop se prendre la tête si cela ne fonctionne pas bien, et donc : “on verra bien” me semble une attitude tout à fait appropriée pour eux.

133. CONSEQUENCES DES CONVICTIONS METAPHYSIQUES
Une conviction métaphysique a-t-elle un impact sur nos états mentaux ? D’abord il faut distinguer ces convictions péremptoires qui sont du domaine de la confiance, des croyances qui sont du domaine du jugement arbitraire, et de l’éthique qui appartient davantage à la régulation de nos intentions, donc à la direction volontaire de notre vie mentale, auquel il faut encore ajouter notre souci de cohérence, qui lui, appartient aux contraintes formelles de notre fonction analytique. Je constate que peu de personnes possèdent une cohérence formelle forte qui s’impose à tous les domaines. Ainsi un mystique, ou tout autre, peut très bien avoir une conviction métaphysique physicaliste, des croyances dualistes ou spiritualistes quelconques, des pratiques et un comportement moral dictés par sa religion ou son athéisme. Croire que la terre soit plate ou ronde (qui n’est d’ailleurs en général qu’un jeu de sophistes) ne change rien à la perception de notre environnement immédiat, donc n’a pas d’impact sur nos comportements ordinaires, le problème se situera ailleurs, au niveau de notre représentation globale de l’univers.
Force est de constater qu’il y a disjonction entre les convictions profondes qui peuvent être inconscientes, et nos croyances qui sont des constructions conceptuelles admises. Ainsi le dualisme intellectuel peut très bien s’accorder avec un matérialisme profond. Et vice-versa, le dualisme profond ne pas être affecté par une recherche scientifique strictement matérialiste. L’analyse de nos convictions profondes est particulièrement difficile car elle demande une exploration consciente de structures mentales enfouies dans les strates de nos validations inconscientes. Or dans la hiérarchie de nos structures, nos convictions profondes, conscientes ou non, sont dominantes et l’emportent sur toutes autres structures. De ce fait, les convictions métaphysiques profondes ont un impact direct sur nos possibles états mentaux, alors que les croyances religieuses n’en ont guère, un évangéliste pouvant être aussi bien matérialiste que dualiste, seule son éthique et donc ses comportements sociaux seront impactés.
Dès lors, nous pouvons nous demander si nos convictions métaphysiques, impactant nos états mentaux, ont une incidence sur notre équilibre psychologique, nos désordres mentaux et nos troubles émotionnels. Sans même considérer l’état ataraxique qui s’inscrit dans une toute autre structuration mentale, il y a fort à parier que oui. Car vivre mentalement, donc consciemment, son dualisme, même si on conserve le système de contrôle responsable des émotions, change radicalement la relation de notre esprit (ou mental) à notre corps, ainsi que la relation de notre esprit au sentiment de notre soi. Ces deux relations sont au cœur de notre équilibre psychologique, de notre représentation des autres et donc aussi de nos interaction sociales. Au-delà de cette évidence que ressent en lui un dualiste de substance, n’importe quel psychologue confirmé vous le confirmera.

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Jean-Louis Tripon

Ingénieur géomètre INSA Strasbourg, Chercheur théoricien en sciences mentales, Créateur de la méthode DMS, Président fondateur de l'AFDMS. Directeur du social networking service Sic Itur

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