Dossier éolien : le pouvoir des citoyens unis

Dossier éolien : le pouvoir des citoyens unis

Cet article fait suite à celui sur les ” prises illégales d’intérêt”
https://developpement-mental-semantique.com/prises-illegales-dinteret/

et aux commentaires sur un nouveau paradigme politique
https://developpement-mental-semantique.com/pour-un-nouveau-paradigme-politique/

Voici donc un témoignage pour dire que la “politique peut être simple”, effectivement si les citoyens sont assez nombreux et unis pour empêcher les maires de prendre certaines décisions contestées et pour imposer leurs visions communes.

Première partie : Le projet caché d’un maire

En 2017, la maire d’un petit village de l’ Aude a cru bon de succomber aux sirènes des marchands de vent, subjuguée par l’apparente facilité avec laquelle d’autres édiles des alentours avaient eux aussi mené à bien un projet de parc éolien industriel.

Le mode d’emploi était simple: faire venir un promoteur, présenter le projet aux autres membres du conseil municipal, maximiser les avantages en insistant sur les formidables retombées financières pour la commune, qui la pauvre recevait de moins en moins d’aides de l’État, minimiser les inconvénients , mais en pleine campagne publicitaire nationale pour ” l’énergie positive “, il ne pouvait y avoir d’inconvénients, mais au contraire de conséquents avantages, puisque l’éolien industriel était la solution miracle, propre et écologique pour assurer au mieux la transition énergétique ainsi qu’un avenir radieux et serein pour les générations futures …

Les conseillers et conseillères ainsi séduits, enthousiastes, et même pour certains sincères dans leur engagement vertueux, il ne restait plus qu’à convenir d’une date pour le prochain conseil municipal durant lequel serait proposé à l’ordre du jour la signature de la promesse de bail avec le promoteur, tout sourire, gentil, pédagogue et amoureux de la nature … Par contre, dernière petite recommandation faite par le gentil promoteur et madame le maire : ne pas ébruiter l’affaire aux oreilles de la population, car brouillonne, à l’esprit parfois obtus traversé de toquades contradictoires, elle ne pourrait pas saisir d’emblée toutes les implications positives et salutaires d’un tel projet , ce qui serait dommage et ferait perdre ainsi à la commune la formidable occasion de s’inscrire dans une démarche vertueuse et durable et être dans l’air du temps et sa modernité …

Mais chacun sait ce qu’il en est: on a beau dire on a beau faire, la maîtresse a beau mettre un doigt devant sa bouche en disant chut, il y en a toujours un ou deux qui chuchotent et bavardent …

Ainsi fut dit, ainsi fut fait. la bonne nouvelle tomba dans les oreilles de vieux gaulois réfractaires qui ne voyaient pas du tout l’avenir écologique de la contrée au bout d’une pâle d’éolienne tournant à 300km/h…
Ces vieux grognards plutôt adeptes de la sobriété heureuse, autochtones depuis des lustres ou échappés des grandes villes bruyantes pour couler des jours paisibles à la campagne, n’avaient pas du tout l’intention de laisser importer le modèle industriel urbain sur leur petit coin de paradis, ni d ‘en subir les nuisances pour le mesquin profit de quelques citadins insouciants qui veulent du courant, des commerces et des lieux festifs ouverts à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Ils se mirent donc à commencer leur travail de sape en informant subtilement les villageois qu’une opération pas très claire se fomentait, recevant des avis encourageants pour leur opposition au projet sournois et très opaque de madame le maire… Il faut dire que le site d’implantation choisi jouait en faveur des opposants : à peine un kilomètre du village et sous le vent dominant du nord ouest … Il ne fallait pas être grand clerc pour montrer que la nuisance sonore serait terrible, témoignages glanés sur le net à l’appui, et que la nature environnant le bourg serait totalement et irrémédiablement détruite alors qu’il jouissait de la réputation d’être niché dans un écrin de verdure incomparable. Madame le maire n’était semble t’il pas rentrée dans ces considérations de nuisances quotidiennes environnementales et sanitaires, mais ne venant au village que le week-end et pendant les vacances, ceci pouvait donc expliquer cela…

Seconde partie : La révolte des citoyens

Les anti éoliens mènent leur discret travail d’information auprès de la population du village où un projet d’implantation de 6 machines géantes est prévu.

Mais rien ne bouge vraiment. C’est le début de l’été, il fait beau et chaud en ce mois de juillet 2017 avec sa routine ordinaire : début des vacances, soirées délicieusement interminables autour d’une bouteille de pastis et un cubi de rosé bien frais, les vieux cancanent sur le banc à pas d’heures, puis c’est bientôt le 14 juillet avec son traditionnel apéro de l’amitié offert par la municipalité avec madame la maire qui sera comme à l’accoutumée tout sourire… Tout semble pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles .

Brusquement, coup de tonnerre, chaque villageois reçoit dans sa boite aux lettres un mystérieux courrier émanant d’une association de défense du territoire qui dénonce clairement le projet de la mairie et qui demande à chaque administré de poser des questions précises au maire et aux conseillers.

Ce courrier met le feu aux poudres. Les conseillers s’agitent, madame la maire indisponible car ayant prévu de partir en vacances convoque en toute urgence le conseil, met à l’ordre du jour quelques points anodins et en 9 ème position celui concernant la fameuse promesse de bail. La publicité est obligatoirement affichée sur le panneau de la mairie, le vendredi 21 juillet, pour un conseil devant se tenir le mardi 25, à l’extrême limite du délai légal.

Mais les vieux grognards anti éoliens ont appris avec l’expérience qu’il faut toujours surveiller comme le lait sur le feu le panneau de la mairie, surtout quand il y a anguille sous roche.

Branle bas de combat dans Landerneau ! Une pétition est rapidement écrite et circule dans tout le village. Elle est envoyée par Internet. Les mails qui font acte de signature sont précieusement conservés.
Madame la maire a commis une grave erreur en précipitant les choses.
Car le village est plein. Après le 14 juillet, tous les citadins, tous les étrangers, anglais, belges, allemands qui y ont une résidence secondaire ou qui vont voir de la famille sont là. Alors que le village ne compte qu’une petite vingtaine de résidents permanents à l’année dont beaucoup de vieilles personnes, c’est plus de 50 personnes qui signent la pétition, sans compter l’internet, et qui se retrouvent dans la salle du conseil en ce mardi fatidique. la pétition est officiellement remise en main propre à madame la maire par le doyen du village, un officier supérieur militaire à la retraite, ancien juge dans les armées, à l’autorité incontestable.

Madame la maire blêmit en prenant fébrilement la liasse des signatures et annonce d’une voix terne que le conseil est ouvert.
Les points anodins sont rapidement traités puis vient celui sur la promesse de bail. Notre édile tente en désespoir de cause de balancer l’argumentaire préparé par le promoteur mais elle n’a pas étudié son dossier. Tout n’est que cafouillage, les photos montage sont ridicules d’inexactitude et d’invraisemblance, chaque phrase qu’elle prononce est contredite avec vigueur, sous des nuées de quolibets et de sifflements. Quelques conseillers essayent d’intervenir mais ils s’enfoncent encore plus. Mais la plupart préfèrent lâcher madame la maire et se mettre du côté des insurgés tant leurs arguments font mouche.
Finalement au bout d’une heure d’héroïques palabres et de contradiction acharnée, madame la maire annonce qu’elle renonce au projet éolien …

Conclusion

En conclusion, comme il fut dit au début de la première partie, quand des citoyens sont assez nombreux ( bien sûr c’est une question d’échelle par rapport à la taille de la commune), et surtout quand ils sont unis en sachant faire taire leurs différends quotidiens pour un combat qui les concerne tous, ils ont la possibilité de faire fléchir un maire, malgré ses ” pouvoirs officiels ” , sa libre administration de son mandat, et son sentiment de supériorité induit par sa fonction.

Par contre, la morale de cette petite histoire est que les citoyens d’une commune surtout rurale doivent de toute urgence se réapproprier leurs droits démocratiques, en assistant régulièrement aux conseils municipaux, en questionnant les conseillers et le maire, en exigeant des explications et un droit de regard sur les décisions à prendre surtout pour tout ce qui touche aux grands projets sur le long terme. Car encore trop souvent les conseils municipaux sont désertés par les administrés. Le maire et ses conseillers ont donc carte blanche pour décider de tout et de n’importe quoi et de se réfugier ensuite derrière la libre administration du mandat en cas de contestation.

Comme disait le général Mac Arthur : les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard. Quand c’est signé, c’est signé …

Merci de votre attention

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