Facebook et la confrontation avec la dissonance cognitive de la multitude

Facebook et la confrontation avec la dissonance cognitive de la multitude

Dans le quartier de mon petit village, je suis confrontée avec peu de personnes, quelques voisins de toujours, tout au plus, avec qui j’ai eu le temps de m’accoutumer, ils me rendent des services , les enfants que j’ai vu naître grandissent et sont devenus des adultes. Mais on se parle très peu, ils ignorent ce que je fais et c’est réciproque, ma famille est très loin et nous évitons tout contact, ce qui en dit long. Et mes rares amis proches, je les ai choisis, et j’ai dû faire beaucoup d’efforts pour supporter leur dissonance cognitive, mais comme ils sont rares, et parce que je les ai choisis, moins dissonants que d’autres, ça va encore, j’assume.

Quelques définitions
La dissonance cognitive est une tension intime propre à un système personnel de pensée et de croyances, du fait de leur incohérence globale, et des contradictions internes présentes entre tous les éléments du système.
Ce terme de dissonance cognitive s’applique aussi pour la tension que ressent une personne lorsque le comportement de l’autre entre en contradiction avec son système de croyance.
Quand cette contradiction ressentie par une personne est du niveau du cadre conceptuel général de représentation de toutes choses, on parle alors de dissonance normative. C’est le cas entre un dualiste de substance et un moniste physicaliste. C’est aussi le cas de nombreuses personnes avec le système économique dominant, et/ou le système politique en place. Ce qui explique le dialogue de sourds et le mépris réciproque que l’on constate.

Facebook et l’enfer des autres 
Avec Facebook tout change, car je suis confrontée à la multitude, une multitude dissonante cognitive, pour dire autrement des milliards de cons, et c’est à peine supportable. Le problème ici, c’est que je les ai pas choisi, ceux-là, ils sont très nombreux, et ils tombent, ils tombent, ils ne cessent de tomber de partout, pauvre de moi, je suis dans un univers humain dissonant jusqu’à l’extrême, et il faut que je m’adapte à cet environnement hostile. De plus, comme je suis mentaliste et dualiste de substance, sans même parler de mon HPCHA, je suis confrontée à votre dissonance normative si vos êtes physicaliste, et que vous croyez que votre cerveau pense et fait tout. Et là, c’est foutu, vous ne pouvez pas me comprendre, et je vous méprise comme des interlocuteurs non valables, parce que sous-conscients, à peine sortis du singe et des oiseaux de Charles Darwin. Et honni soit qui mal y pense.
Si j’était la seule dans ce cas, ce ne serait pas trop grave, je me ferais une raison et je retournerai sans espoir vers ma planète natale, où d’ailleurs la situation est exactement la même qu’ici, ce qui ne résout rien. Mais ce n’est pas le cas, tout le monde est confronté à ce problème de dissonance cognitive, même dans les communautés les plus sectaires, au sein des pires des pires zélotes des croyances les plus bizarres, règne souveraine, la dissonance cognitive.
Alors que Faire ? sans doute peu de chose, sinon en prendre conscience, première étape vers la lucidité salvatrice, car il y a ici des milliards de personnes, ce qui rend le problème incommensurable et sans doute insurmontable.
Tensions, fakes et zizanies
De ce fait, la dissonance, perçue de tous par des milliers d’autres, crée une situation nouvelle inédite, qui ne va pas dans le sens de calmer les esprits, mais bien au contraire de les échauffer, de plus qu’un des sports de la toile consiste à multiplier les fakes et à semer la zizanie. C’est une situation psychologique nouvelle de l’espèce humaine, qui n’a jamais été confrontée aussi crûment, non à une simple diversité, non à une altérité paisible, mais à un flot continu de dissonances, c’est à dire de contradictions avec ce que nous sommes plus encore qu’avec nos croyances.
Dans les réseaux sociaux, et particulièrement dans les plus actifs et interactifs, comme Facebook, il en résulte une montée de tensions d’oppositions conflictuelles, perceptible dans la teneur des échanges. D’autant plus que les écrans interposés créent une virtualité surréelle propice à se laisser aller sans retenue, qui fait peu cas de la courtoisie ordinaire que nous observons en situation dans la vie réelle.
Chacun éprouve dans cette proximité sociale, imposée par les progrès de la technique informatique, la nécessite de se protéger et de se défendre de cette dissonance cognitive ambiante agressive, qu’il peut percevoir comme intrusive. Mais il le fait souvent avec les moyens les plus primitifs, les plus brutaux et les plus infantile dont il dispose. Les égotismes forcenés s’y révèlent, sans parvenir à attendre leur but, car ils tournent à vide, incapables de vraiment s’imposer derrière des écrans d’ordinateur. Les pires instincts barbares, les perversions psychotiques, la paranoïa et la schizophrénie, émergent. De ce fait, loin d’être un lieu de rapprochement, un moyen de partage et d’intelligence collective, ces réseaux, tout au contraire de ce qu’ils prétendent, divisent davantage les hommes et exacerbent leurs rivalités, leurs mépris réciproques, et parfois même leurs haines.

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Ennéa Almeshin

Ennéa Almeshin est l'avatar féminin de Jean-Louis Tripon. Elle est Pei Jing, Première ministre de la RP de Chine dans le roman ATARAX. Elle prétend venir de la troisième planète invisible de l'étoile Aldébaran dans le Taurus, et que Jean-Louis Tripon est son avatar Frawen favori.

Cet article a 8 commentaires

  1. Jean-Marie Quairel

    Bonjour ,
    La dissonance cognitive est aussi le résultat de la domination du “cogito”, du “raisonnement”, de la “logique Cartésienne”, au détriment de l’expérience personnelle . Cette domination s’installe dés l’école primaire et beaucoup d’enfants sont dépossédés de leur vécu et de leur expérience . Les pédagogies actives ( Freinet notamment ) ont bien compris que les apprentissages et la capacité à raisonner, sont facilités si le maitre s’appuie sur l’expérience de l’élève , mais elles sont marginales. A partir du moment où une personne se construit en ressentant que son expérience , corporelle, affective et mentale , n’est pas reconnue , il en éprouve une souffrance refoulée , qui peut se traduire par du repli sur soi , de l’apathie ou de la violence, contre soi mème ( suicide , addictions diverses) ou contre les institutions et les élites : Nous en sommes là aujourd’hui . Créer des lieux et des moments de partage de l’expérience individuelle, est un des moyens pour réduire la dissonance cognitive, matrice des “injonctions paradoxales” qui rendent les gens fous .

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    1. Jean-Louis Tripon

      Les causes de la dissonance sont multiples, liés à des pathologies diverses nouées dès la prime enfance. Les comportements humains ne sont pas fondés sur de l’inné comme l’animal mais sur des acquis ! Le problème, c’est que malgré nos prétendues connaissances, nous ne savons pas encore ni comment, ni ce qu’il y a lieu de transmettre aux enfants pour qu’ils deviennent des hommes dans la plénitude de tout le potentiel de leur être. Notre espèce est très jeune et pas encore achevée comme peut l’être celle des fourmis, ou des chats ! L’école enseigne avec plus ou moins de succès à bien lire, bien écrire et bien compter, mais pas l’essentiel qui serait savoir bien vivre, et comme vous dites : “Dans une mauvaise voie, oblitérant la richesse de l’expérience de l’enfant”. Certains en souffrent, et d’autres par la rupture sociale et le repli sur soi, parviennent à échapper à ce conditionnement toxique, et a se construire seuls en exploitant leur potentiel préservé à des degrés divers.
      Le problème d’une éducation mentale pertinente des enfants est difficile à résoudre, parce qu’il faudrait leur transmettre des acquis mentaux, des processus intuitifs sensibles, ineffables, ce que la parole et le langage ne permettent pas. Il reste que la maïeutique permet de développer l’esprit critique, et quelques écoles expérimentales tentent d’avancer plus loin. C’est ce que mes étudiants commencent à faire dans des écoles privées au Bénin, Je viens de recevoir des photos, et j’attends un rapport qui sera publié dans notre site.

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  2. Jean-Marie Quairel

    En résumé : Un raisonnement qui ne prend pas en compte sa “résonance” sur les personnes auxquelles il s’adresse , a peu de chance d’aboutir , c’est à dire, d’être écouté et entendu . Nous devons toujours vérifier chez l’autre l’effet de nos propos . Et cela doit se faire en “live” et pas “virtuellement” ….Le danger des réseaux sociaux est bien là : La dimension humaine , l’incarnation du verbe, la chaleur humaine sont absentes ….C’est un système mortifère et pervers annulant la pratique de la “pensée réflexive”, qui ne peut se construire que dans un rapport incarné aux autres . Nous vivons ainsi dans une illusion relationnelle .

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    1. Emile Thyeff

      Bonjour M. Quairel , nous devons aussi et surtout cultiver notre propre résonance , comment résonnent nos “raisonnements” ( idées, convictions, plans sur la comète, calculs, agendas etc etc ) à l’intérieur de notre propre caisse.
      De mauvaises harmonies créent la dissonance cognitive.
      Le réseau social n’est qu’un outil de communication en fait. Il ne présente aucun danger.
      Seules les mauvaises résonances humaines sont en cause.

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  3. Emile Thyeff

    Bonjour

    Pour simplifier , un être vivant entre en dissonance cognitive quand il est obligé de “faire” quelque chose, alors que cette action à ” faire” rentre en contradiction totale avec ses idées ou ses croyances.
    Le plus souvent c’est pour ” survivre “. Le cas extrême c’est de tuer pour ne pas être tué.
    Les cas les plus banals et ordinaires se résument à accepter un travail, donc sa future rémunération, pour boucler sa fin de mois et donc ne pas sombrer financièrement, donc “survivre” ou bien se taire alors qu’il faudrait parler et dénoncer, mais au risque de se trouver menacé. Encore un rapport avec la survie.

    Ainsi la dissonance cognitive s’accompagne souvent d’un rapport d’autorité avec un autre ou une organisation. Cette soumission à l’autorité est rendue possible car entre le soumis et le soumettant il y a le rapport du ” faire”.
    Car pour survivre , il faut “faire”, il faut agir. C’est ce qui est rabâché aux enfants durant leur éducation.
    Avec son corollaire : “ne pas faire” et sa kyrielle d’interdits.

    Ce qui n’est pas enseigné par contre, c’est le “non faire” .
    c’est à dire , je ne fais pas ce qu’on me demande de faire non pas parce que c’est interdit ( le pas faire ) mais parce que je ne le veux pas et suis libre de ma décision.

    Il est évident qu’un tel enseignement va à l’encontre des ” valeurs” d’un système pyramidal marchand et monétisé qu’est celui de l’humanité actuelle.

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    1. Jean-Louis Tripon

      Il est sûr que travailler pour le salaire donné par un autre pour survivre, dans les conditions bonnes pour lui permettre de se faire du fric, c’est pas très bon pour la dissonance du prolétaire. C’est ce que j’expliquais récemment à un de ces esclaves modernes des société de téléphonies qui les paient des cacahuètes pour me démarcher au téléphone bien que je sois sur Bloctel (il en convenait après m’avoir traité de raciste (j’avais évoqué à ce métis la traite de ces ancêtres pour mieux lui expliquer son esclavage actuel, car des anglais avaient découvert qu’un salarié coûtait moins cher et posait moins de problème qu’un esclave) et j’ai dû décliner son offre de poursuivre cette conversation politique hors de ses heures de tribalium). Et le système est de nature à amplifier ces problèmes.
      Mais ce n’est pas tout, sinon le bien né, qui n’a nul besoin de travailler, ne souffrirait pas de dissonance. Or il en souffre et lui arrive même de se suicider comme le pauvre comme Job 😎

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  4. Emile Thyeff

    oui certes, mais peut être que le ” bien né” possède un ” coeur” et qu’il souffre d’un rapport d’autorité avec son père qui a fait fortune et qui le domine.
    Imagine que Serge Dassault qui hérita de Marcel n’ait pas eu l’envie de vendre des vilains navions qui déchiquetaient des mômes et des innocents…
    Mais il y a des parades à la DC : la fuite en avant en est une. Épouser sans retenue les valeurs de celui qui exerce une pression d’autorité et renier ses anciennes. Le prosélytisme des nouveaux convertis … !!

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