Humain que fais-tu ?

Humain que fais-tu ?

Humain y es tu ? Entends tu ? Que fais tu ?  

Si l’Humain y était, il nous embellirait ?… Sans doute… Nous sauverait ?… Peut-être

« Mais dites moi, mes frères, si à l’humanité il manque encore la fin, n’est ce pas aussi que manque encore l’humanité elle même ? »  ( F. Nietzsche ) 

jeanmarie Quairel

Contexte :  La pandémie du «COVID 19 » est incontestablement une épreuve majeure, même si les ravages du cancer, de la grande pauvreté, des guerres, du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, sont autant de catastrophes que nous avons fini par banaliser.  Dans la situation présente on peut se demander quelles ressources nous seront le plus nécessaires ? La division du milieu médical et politique, celle de notre société, plongée dans la  défiance , démontrent que le savoir scientifique, l’inflation des  ego et le cloisonnement des esprits, ont relégué l’Humain au second plan.
Manque d’immunité ou manque d’humanité ? Le déficit d’humanité observé depuis des dizaines d’années dans trop de domaines de nos vies, pourra-t-il se transformer rapidement en empathie généralisée, la défiance en confiance, l’exclusion en inclusion et l’égotisme en solidarité ? C’est un moment de vérité incontournable et il en sortira le pire …ou le meilleur. Comment faire pour qu’advienne le meilleur ?  

Paradigme initial : « Tout en moi est phénoménal…j’appartiens bien à la phénoménalité du monde, il y a bien continuité entre mon existence et celle du monde, « s’amorçant »et « se résorbant » également l’une et l’autre, nous sommes bien « de la même étoffe »( François Julien – Vivre en existant )

Serons nous en capacité de changer nos pensées ? Elles qui sont génératrices de notre relation aux Monde et aux autres et de la plupart des phénomènes qui nous affectent et affectent le Monde .Le choc que nous vivons agira t ‘il comme un électro-choc ? Rien n’est moins certain dans un contexte de « Solastalgie » définie par Glenn Albretch comme : « La douleur ou la détresse causée par une absence continue de consolation et le sentiment de désolation provoqué par l’état actuel de son environnement proche et de son territoire » : Un état dépressif qui touche un humain dont  le cadre de vie est abîmé ou détruit par d’autres humains ..Comment éviter que le trauma du Covid 19 ne vienne accentuer encore cet état ?  Ne vienne renforcer la pensée d’un  effondrement  global  inévitable ? Suite à un traumatisme, ce qui peut s’observer chez un individu est identique à ce qu’il advient pour un petit groupe , une communauté ou une société : Sidération, abattement, peur, colère,  s’enchaînent dans un premier temps et provoquent des réponses variables : Dépression, régression, blocage, destruction, solidarité fébrile, ou….. création . C’est évidemment cette dernière réponse qui porte en elle un pouvoir de transformation et d’amélioration de l’existant, mais c’est la plus exigeante (La résilience de B. Cyrulnik) . La plupart du temps, nous tenons à nos névroses car ce sont nos constructions défensives face aux aléas de la vie et le « plus jamais ça » peut rapidement devenir un « encore plus de la même chose ». C’est ce que j’ai pu observer dans ma longue pratique du Conseil en choix d’Orientation auprès des jeunes, des parents et des acteurs de la communauté éducative ….Chez une personne, si un réaménagement psychique et sensible, touchant aux structures mentales qui ont conduit à une situation donnée, ne se produit pas, il est illusoire d’attendre un changement …C’est exactement le même processus pour une collectivité qui a généré une organisation et un fonctionnement systémique clivant et névrotique résultant des structures mentales dominantes . Un travail mental et expérientiel, réunissant le sensible et le rationnel, est nécessaire, pour une remise en question de nos pratiques qui ne soit pas une apparence .Je vais donc essayer de concentrer mon attention et mes réflexions sur quelques domaines qui me semblent indispensables à questionner, dans une perspective de transformations  durables, pour un « à-venir » transcendant, essentiellement ré-humanisé .    

1/ Un lourd passif ….

Le mépris de  l’humain , voire son  déni , semble, paradoxalement, être consubstantiel à la nature humaine depuis plusieurs siècles . Il s’est traduit pendant longtemps par des guerres incessantes avec, en point d’orgue, celles de 14-18 puis de 39-45 : Véritables holocaustes, elles traduisirent une intention de destruction des « humains différents du même », le « même » se caractérisant par l’appartenance à un groupe ou une caste de  dominant  par, la naissance, l’argent, le pouvoir, la culture et …le sexe .  

 La négation de « l’Être », incluant le « pouvoir faire », au bénéfice de « l’Avoir », s’est progressivement renforcé par l’organisation de l’économie mondiale autour du modèle Capitaliste, puis d’un neo-libéralisme débridé et essentiellement financier . Elle s’est traduite par le pillage des ressources naturelles de la planète, l’élimination des « peuples premiers »et le creusement des inégalités. L’amélioration du niveau de vie général n’est vu que sous l’angle du bien être matériel, ou du minimum pour survivre : la dimension spirituelle, non religieuse, de l’Être humain est un paradigme oublié depuis trop longtemps.

2 / Des réponses politiques et institutionnelles insatisfaisantes….

L’alternative  Communiste  a montré ses limites et ses dérives criminelles ont confirmé la négation et le mépris de  l’humain  organisé en système.

 Mêmes si les choix individuels doivent être respectés, il apparaît que les religions ne sont plus un recours  commun  et peuvent même être instrumentalisées pour asservir et terroriser .

 Les indéniables progrès scientifiques et technologiques semblent, trop souvent, déconnectés d’une éthique humaine et trop éloignés d’une reconnaissance et d’un enrichissement de « l’Être » chez les humains. 

 La réponse éducative, clef essentielle d’une évolution positive de notre monde et de nos relations, dans la mesure où elle contribue largement à la construction de nos pensées, n’est pas au rendez vous : Elle génère encore trop d’exclusions de la connaissance, trop de frustrations, trop de méfiances, trop de haines refoulées. 

Elle forme surtout des  élites  politiques, économiques, culturelles, coupées de la base citoyenne et se comportant trop souvent de manières irresponsables ou carrément illégales : Le déficit humain est ici abyssal et terriblement destructeur d’un possible  vécu commun, partagé et solidaire. Si nous voulons vraiment que rien ne soit plus comme avant cette pandémie, il faudra revisiter profondément la formation des maîtres et l’ensemble des programmes éducatifs, notamment dans les CPGE, Écoles d’Ingénieurs , Écoles de Commerce, Fac de Médecine et de Pharmacie (aujourd’hui trop soignantes et pas assez préventives) etc…..Autrement nous serons dans une illusion de changement. L’accident sanitaire actuel, montre à l’évidence quatre manques toxiques chez trop de décideurs et de responsables publics ou privés :
– Manque d’honnêteté intellectuelle.                                
– Manque d’éthique de la décision
– Manque de désintéressement individuel
– Manque de sens de l’intérêt commun et général.  Toutes ces dimensions humaines , ne peuvent s’acquérir que par l’éducation…..J’y reviendrai plus loin dans ce texte . 

Les actions de solidarité de nombreuses associations humanitaires et autres ONG, sont des béquilles qui traitent les conséquences d’une approche largement déshumanisée de l’économie et de nos interactions dans leur globalité . Si elles  sont indispensables, elles agissent rarement sur les causes et maintiennent le fonctionnement d’un système profondément inéquitable, en mode survie, mais jusqu’à quand ? Elles courent même le risque d’une perte de  sens  et d’une dérive consumériste, d’une intériorisation des valeurs de « l’avoir » en lieux et place de celles de « l’Être » . Il faudrait que la Solidarité devienne systémique et inspire toutes les politiques publiques et privées. Il faudra notamment qu’elle s’exerce, si la transition vers un monde différent se met en œuvre, à l’égard des personnes qui travaillent aujourd’hui dans des secteurs que nous voudrons arrêter. 

3/ Examinons quelques présupposés :

Et si l’origine de notre déficit d’humanité, générateur d’un état dépressif massif, ou d’une excitabilité  insensée, était lié, en partie, à une difficulté (ou à une intention plus ou moins consciente ?) pour considérer les différences individuelles autrement que comme des inégalités naturellement génératrices d’injustices, d’exploitations et de ségrégations ?  Cette question peut se poser particulièrement dans deux domaines :
– Le fonctionnement du système éducatif.

– Le rapport à la Sexualité. 

– Nous verrons ensuite, en quoi ces deux dimensions peuvent affecter notre lien à la Nature. 

Le fonctionnement du système éducatif ( En France ) :

Notre incapacité à prendre en compte les différences entre individus, notamment en matière d’éducation, puis dans le champ professionnel, de manière équitable  et non pas  égalitaire  ( Les individus naissent et demeurent libres et égaux en droit ) est un  impensé  toxique et destructeur .

Cette incapacité (ou cette non-intention ? ) se manifeste particulièrement, en France, dans notre  ignorance  de l’existence des personnes handicapées et de celles en grande précarité, souvent en échec dés l’École …. Hugues Lagrange ( Sociologue/Directeur de recherche au CNRS ) écrit : « On favorise des pathologies mentales en donnant aux individus l’idée qu’étant foncièrement égaux, ils sont coupables de leur relatif insuccès. Ce sont ces frustrations qui, dans la dernière période, se sont somatisées sous forme de désordres mentaux et d’addictions variées, de ressentiment, d’incivilité et de violences interpersonnelles » .

Toutes les pédagogies actives et coopératives, tiennent compte des différences individuelles, mais elles sont restées marginales … Ce qui est certain et observable, ce sont les conséquences d’un système éducatif  prétendant à la méritocratie et à l’Élitisme Républicain :  Une société divisée, comme les individus qui la composent … Quarante ans d’expérience à l’écoute du désir « d’à-venir » des jeunes, m’amènent à valider l’idée que les conséquences découlent directement des causes…Causes et conséquences procèdent de la même logique : Ignorer l’Être et l’Humain chez les personnes qui sont hors des normes  de la productivité intellectuelle, puis économique et financière . Cette logique de mise à l’écart des improductifs se confirme dramatiquement dans notre rapport aux anciens. Les milliers de morts dans les EHPAD, à l’occasion de la pandémie actuelle, sans accompagnement des proches et sans rituels, sont une véritable catastrophe humanitaire, qui aura des conséquences négatives, psychologiques et somatiques, majeures sur les familles et sur nous tous. 

Comment une société construite sur ces bases peut elle affronter des phénomènes extrêmes,   écologiques, migratoires et sanitaires, conséquences de l’ordre mondial établi, mais provoquant une rupture d’existence et de sens ? 

La difficulté à faire  entendre raison  à certaines populations, notamment en France, pour respecter les mesures sanitaires contre un virus inconnu, le démontre clairement : L’empreinte du vécu scolaire est restée vivace chez beaucoup d’adultes, aussi bien chez les anciens exclus  du système, que chez les anciens  bons élèves , irrémédiablement divisés . Les pays du Nord de l’Europe qui ont des modèles scolaires très différents, basés sur la confiance, présentent une unité beaucoup plus forte face à la Pandémie .

Pour atteindre l’idéal d’une éducation véritablement émancipatrice pour toutes et tous, il conviendrait de changer radicalement deux paramètres :  – Les rythmes de transmission et de consolidation des connaissances –  Les modes d’évaluation .

Sans entrer dans un débat technique sur ces questions, il paraît nécessaire de mieux prendre en compte les rythmes personnels des apprenants : En donnant plus de temps à l’observation et au questionnement individuel et collectif et en ménageant des temps plus important d’exercice d’une pensée réflexive, puis d’un dialogue consolidant avec l’enseignant . Le développement des NTIC devraient largement y contribuer . De fait, la temporalité éducative ne devrait plus être séquencée en trimestres et en années, mais s’étendre de 3 ans à 30 ans, dans une continuité, sans redoublement, rythmée par des moments d’évaluation formative (abandon de la notation de 0 à 20 ) et de certification ( système d’UV généralisé), modulables selon les besoins et projets de chacune et chacun. Il faut absolument que nous reprenions la maîtrise du temps, que nous acceptions de RALENTIR . La vitesse est un facteur d’exclusion et de division. En matière éducative, elle peut être une caractéristique individuelle reconnue, mais ne peut pas servir d’élément  de comparaison et de hiérarchisation inter individuelle : Elle devient alors un cancer social . 

Le rapport à la sexualité : Un paradigme central,universel, facteur majeur d’iniquité et de division, mais angle mort de la pensée ?

          « La violence éclate lorsque, dans la rencontre, il n’y a pas de répondant, pas de lien, ne serait ce que le lien où serait dit : On peut parler »(Daniel Sibony). La légitimité du combat féministe n’est pas contestable au regard des conditions d’exploitation et de violence subies depuis des siècles par les femmes. Le « Déni » et/ou l’exploitation de la femme, en tant qu’être sexuée, différente de l’homme et qui devrait être son complément à égalité de valeur, ne peuvent ils pas se comprendre comme un refus du pouvoir immense qui est le sien ? Celui de donner ou de ne pas donner la vie et de le faire avec l’homme qu’elle choisit .

En tant qu’homme, il faut beaucoup d’éducation, de culture et de travail sur soi, pour admettre cette réalité… Il faut accepter et aimer sa propre part de féminité et reconnaître aussi la part masculine de la femme….Et pour elle, c’est la même exigence : Reconnaître sa part de masculinité et aimer la part féminine de son homme.  

C’est très difficile car toute notre éducation et toute l’organisation économique et sociale véhiculent un modèle de division de notre nature humaine commune. 

C’est pourtant cette nature humaine commune qui devrait faire sens et nous permettre d’affronter ensemble les épreuves de la vie et celles, immenses, qui se  profilent dans un futur de plus en plus proche….   

Depuis quelques temps, suite à la visibilité plus exposée des violences  mortelles au sein des couples, à la multiplication des rencontres où une sexualité imposée et violente fait office de relation, à l’infantilisme et à l’immaturité de  rapports de séduction plus ou moins conscients, car virtuels et sans paroles incarnées, il semble que les Femmes et les Hommes soient en guerre ouverte …. Ne nous y trompons pas : C’est un impasse mortifère…Notre avenir sera sombre, si les rapports de domination et, d’abord,  ceux entre les Femmes et les Hommes, ne se transforment pas en relation d’interdépendance solidaire, car cette domination sexuée est la mère de toutes les autres et qu’il ne sert à rien de vouloir l’inverser. 

C’est sa propre féminité que l’homme, violeur ou violent, ne supporte pas et veut nier, quand il agresse une femme… Tout comme le pédophile n’a pas intériorisé et dépassé l’enfant en lui, quand il agresse un enfant….

4/ Éducation à la Sexualité et/ou à la Solidarité et à la Fraternité Humaine ?

Les formes prises, longtemps et encore aujourd’hui, par l’éducation à la Sexualité sont inappropriées, car elles transmettent une représentation mécanique et déshumanisée des fonctions sexuelles. Elles véhiculent aussi une vision implicite de division sexuée de la société, où le masculin domine le féminin. La question du  désir , masculin ou féminin, n’est jamais traitée, tout comme celle du rapport symbolique, par la parole,  que l’homme et la femme doivent  mettre en œuvre pour l’intégrer et le diriger. 

Ces impasses rendent très compliquée l’inscription de la sexualité dans le champ d’une relation humaine d’interdépendance et de complémentarité, susceptible d’aider chacune et chacun à intérioriser un modèle de Solidarité Humaine, bien au delà des rôles sexués.  

S’il est vrai que « Chaque rencontre de l’autre fait excéder, déborder, de façon qui n’est pas maîtrisable, la conscience assurance d’un sujet…Il n’y a pas de rencontre véritable sans un tel chavirement, qu’il soit flagrant ou discret »(Daniel Sibony), il est tout aussi vrai que ce « chavirement », peut se parler, se dire et que le « dire », ou le « taire », relève de notre responsabilité et/ou des codes culturels qui nous contraignent . 

Inscrire la Sexualité dans un « récit humain », individuel et collectif, pourrait être le chemin :  Dés le plus jeune age, les garçons et les filles devraient être invités à partager leur questionnement, leurs doutes, leurs envies et leur désir, vis à vis de l’aventure de la vie…Partager tout ce qu’ils peuvent mentaliser, conscientiser, mais aussi créer et représenter à travers une initiation à toutes les formes d’arts ; Ressentir ainsi la diversité des dimensions qui les constituent en tant qu’Humain, appartenant à une histoire qui les dépasse et les englobe, mais dont ils sont des acteurs incontournables.  Les notions d’interdépendance, d’impermanence et de finitude y seraient centrales, tout comme celles de  conscience réflexive , de créativité, d’attention, de bienveillance, d’empathie, de rigueur et de solidarité. 

Il nous faut retrouver un récit commun, qui nous donne à voir la beauté d’un Monde à préserver, la fragilité du vivant et sa diversité comme richesse à respecter, la place que chacune et chacun peut tenir dans l’histoire humaine. 

…..Et aussi, faire ressentir, puis comprendre, en quoi la Sexualité, fait partie de cette aventure commune, de ce récit commun et comment, suivant la manière dont elle est vécue, elle peut être une émancipation commune, ou une prison violente, un piège mortel. 

Quand la pulsion sexuelle incontrôlée se manifeste en passage à l’acte violent, c’est que le désir vital qui en est le moteur (Éros) n’a pas pu s’inscrire dans le désir plus large de « réalisation de soi », à travers les voies symboliques de l’éducation, du travail et de la culture, laissant alors le champ libre au désir de Mort, à Thanatos (cf Jung). La transcendance religieuse est, selon moi, une béquille illusoire, comme le prouve la multitude de cas de pédophilie au sein des Églises et l’incapacité des religions à proposer un modèle d’organisation universel, qui améliore la vie des humains. Ma vision est, évidemment, celle  d’un athée, laïque, qui respecte toutes les croyances et qui partage, avec beaucoup de croyant, la conviction de la nature spirituelle des humains, de l’hypothèse de l’Âme et de la nécessité de s’opposer à tout ce qui, aujourd’hui, prive les hommes et les femmes d’un contact avec ces dimensions essentielles de leur nature.

Vous aurez remarqué que je n’ai pas parlé « d’amour » dans ma réflexion autour du rapport à la sexualité . Et pourtant je fais mienne cette citation de Hegel :
« Dans l’amour, l’homme s’est trouvé lui-même dans un autre. Parce que l’amour est une unification de la vie, il présuppose la séparation, un développement, une multi-latéralité formée de la vie. Plus il y a de figures dans lesquelles la vie est vivante, plus il y a de lieux dans lequel elle peut s’éprouver, plus profond est l’amour ». Toutefois, il me semble, qu’il est vain d’en référer à « l’amour », si la dimension sexuelle n’est pas assumée et intégrée dans la conscience de soi, dans notre rapport aux autres et au monde ; Si elle est vécue comme dissociée de « l’Être ».

5/ ….De notre rapport à la Nature : 

De fait, il semble que notre rapport à la Nature soit le résultat, le reflet, de la dégradation de nos rapports humains, tels qu’ils se jouent, entre autres, dans le système éducatif et dans notre rapport à la sexualité : Globalement, nous vivons avec les éléments de la Nature, un  mode de relation d’objet, distancié,  purement utilitaire et, en cela, violent. Alors que des études récentes en biologie, montrent, au niveau cellulaire, comme chez la plupart des animaux et des végétaux, l’importance de l’interdépendance et de la coopération, nous continuons à négliger ces dimensions dans les rapports entre humains…A force d’application de protocoles de recherches et de processus de production, hyper rationalisés, méthodiques et analytiques, nous avons perdu de vue leurs conséquences sur la vie des gens et sur celle de la planète : Elles sont mortifères, car elles divisent au lieu d’unifier et s’opposent au caractère global, relié, homéostasique et symbiotique de la vie sur terre, aujourd’hui démontré.  

6/  Des pistes à explorer :  

Ces bases étant posées, c’est toute l’organisation de la société qui doit faire sens avec elles : Dans tous les domaines, chacune et chacun devrait être reconnu dans son désir de « réalisation de soi », tout en ressentant et en comprenant qu’il n’est pas possible sans l’autre , sans son regard et son écoute et sans la reconnaissance réciproque d’un égal désir d’Être Humain, d’aller et de devenir. Les récits, construits en commun, d’expériences humaines partagées, réelles ou imaginées, autour du rapport au vivant, au monde et aux autres, sont une des clefs du futur…Mais pas de manière seulement virtuelle : L’incarnation, dans les gestes et dans les paroles, est une nécessité vitale pour que l’Humain et son Esprit rendent l’avenir possible et vivable. A l’image du Yoga, dont le sens premier est de « relier » l’être, à lui même et au monde, mais qui, paradoxalement, exige un travail pour « délier » et « dénouer » le corps et le mental, ainsi peuvent agir nos récits communs :  

 Dés maintenant, transmettons nos expériences et ouvrons nos imaginaires de récits, mettons nous en  résonance  les un(es) avec les autres, car la résonance, du corps, de l’esprit et de l’Âme, génère l’empathie et fait ressentir notre condition humaine commune….Mais surtout, par la suite, organisons nous pour faire de cette approche, un paradigme central de notre futur. Apprenons à partager  l’expérience de vie  de chacune et chacun, à l’écouter et à la reconnaître comme constituante d’un « à-venir » commun : Un sentiment d’appartenance en découlera inéluctablement, essentiel pour « Vivre et faire ensemble » .

( Dispositifs nécessaires de mise en commun de l’expérience citoyenne )

Écoutons JUNG :  
« Dans la confrontation avec l’obscurité,il faut se cramponner au bien sous peine d’être dévoré…..Lorsqu’on se trouve face à face avec le mal, on a plus que jamais besoin de la moindre parcelle de bien. Il s’agit de faire en sorte que la lumière continue de luire dans les ténèbres, et votre bougie n’a de sens que dans l’obscurité »
Pour les humains, la « parcelle de bien » et la « lumière » qui leurs sont données, résident dans leurs  expériences , leurs paroles échangées  et leurs  imaginaires partagés . Il peut, évidemment, se dire des désaccords ou des oppositions, mais sous des formes recevables, audibles,  car les propos haineux provoquent, irrémédiablement, fermeture des cœurs et des esprits, ou soumissions serviles.  Les paroles assassines et tueuses, stérilisent les débats et, de fait, empêchent tout échange authentique, toute avancée significative : C’est le moyen utilisé systématiquement par toutes celles et ceux qui veulent surtout que « rien ne change », ou asseoir leur domination. Ce n’est pas par hasard si j’ai choisi de m’interroger sur notre rapport à l’éducation et à la sexualité . Ce sont des domaines où les « blessures narcissiques » sont les plus destructrices et toxiques pour les devenirs individuels et collectifs .

Ouvertures pour l’après…..: 

Paroles de Daniel SIBONY Professeur de Mathématiques et Psychanalyste : 

 – « Être responsable, c’est répondre de sa part d’Être et de ses rapports à l’Être en tant qu’ils touchent ceux d’autrui….Y répondre sur un mode qui aide l’autre à exprimer son répondant ».

-« L’émergence du lien parmi les hommes (et les femmes) tient au fait de produire du lien symbolique – avec l’être, avec l ‘autre, avec tel fragment du monde – du lien qui lui même symbolise le geste bon de ligaturer le chaos (le viol,les guerres, les épidémies, NDLR) de le reconnaître, d’en venir à bout » 

Et aussi ….. : 

-« Il y a en nous comme un principe d’agilité et d’universelle inquiétude, qui permet à notre esprit de ne jamais coïncider avec soi, de se réfléchir sur lui-même indéfiniment » ( V. Jankélévitch )

-« La Philosophie nous affranchit des rigidités que les conventions indiscutées imposent à notre manière d’être au monde…Elle ouvre la voie aux articulations transdisciplinaires, elle incite à chercher en leur source le principe d’une unité systématique…..Cette unité, ce prérequis des prérequis, cet amont effectif de chaque investigation et de chaque attribution de sens à l’action….Peut se résumer dans la locution « expérience consciente »…. » ( Michel Bitbol )

 En somme :

Si , être conscient c’est connaître sa propre expérience, saurons nous sortir de l’ère prédatrice de « l’Anthropocène », où l’homme a pillé, sans conscience, les ressources de la planète et détruit la biodiversité ?  Saurons nous mobiliser nos ressources humaines pour passer à l’ère de la « Symbiocène » . Glen Albrecht nous dit : « La biologie établit aujourd’hui de façon irréfutable, que les fondements de la vie sont : l’interconnexion, les interrelations, la diversité, la coopération, l’homéostasie et la symbiose .L’homéostasie entre les différents êtres vivants est cet équilibre dynamique, cette stabilité dont la vie a en général besoin pour perdurer. La symbiose est aujourd’hui reconnue comme un déterminant primaire des conditions de la vie » . 

Écoutons aussi Erich Fromm à propos de son concept de « Biophilie » : « La personnalité biophilique veut influencer par l’amour, la raison, la vertu de l’exemple ; jamais par l’autoritarisme et la force ….La biophilie est une orientation totale vers le vivant…. Pour les hommes, comme pour les femmes, la biophilie imprime sa marque sur les processus physiologiques,

du sujet, ses émotions, ses pensées, ses gestes, en bref, elle modèle l’ensemble de la personne ».

Un avenir meilleur qu’aujourd’hui nous est accessible si nous empruntons des chemins ré-humanisés, dans un rapport ré-unifié au monde et au vivant. A partir de mon expérience, et suivant une position « naïve »revendiquée et assumée, j’ai essayé de suggérer une remise en question de quelques paradigmes structurant, afin de nous faciliter une transition, qui reste à faire désirer par une majorité très large d’humains et qui reste à construire .

Avril-Mai 2020     Jeanmarie Quairel     Directeur de CIO, Honoraire

Jean-Louis Tripon

Merci, Jean-Marie,
Si les hommes sont bien responsables de leurs conduites funestes, je ne crois pas qu’ils soient beaucoup atteints d’une détresse insupportable pour tout le mal qu’ils contribuent de faire. Si c’était le cas, ils se lèveraient en masse, forts de la compréhension du mal qu’il font subir à leur environnement, pour changer leurs comportements, car comprendre est le premier pas pour bien faire ! Non, ce qui caractérise les hommes, c’est la logique de leur inconscience ! Une logique qui leur évite de percevoir le mal qu’il font et les conséquences de leurs actes, pour maintenir leurs esprits malades dans le nid douillet de leur petit confort. J’en témoigne des ouvriers de l’amiante qui bien que les premières victimes des nuisances de leur industrie, était aussi les premiers à la défendre et à nier farouchement ses conséquences pour le malheur des hommes.
Si je crois que comprendre ce qui se passe et avoir peur des conséquences qui affecteront gravement l’avenir de notre espèce, sont les premiers pas vers des conduites salvatrices, je ne pense pas qu’il faille tomber dans l’illusion d’une religion de l’amour, ni dans la reconversion dans une symbiophilie qui n’existe pas dans la nature humaine, car l’amour cache une autre forme d’indifférence à la cruauté des faits, ainsi que nous l’a montré l’Eglise catholique romaine aux heures les plus sombres de son histoire avec des massacres et des bûchers pour le bien des âmes perdues qu’on croyait alors sauver de leur détresse spirituelle.

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Jean-Marie Quairel

J’ai travaillé pendant 41 ans dans le Service d’Orientation de l’Éducation Nationale ( Conseiller en Orientation pendant 27 ans puis Directeur de CIO ) à l’écoute des désirs d’avenirs des jeunes , en essayant de limiter les dégâts d’un système éducatif inique.

Cet article a 1 commentaire

  1. Jean-Louis Tripon

    Bonjour Jeanmarie,
    Je viens de publier dans la nouvelle section Femme la lettre que tu viens de m’envoyer et ma réponse, à l’intention d’une grande amie qui nous aide beaucoup : Dominique Fleury Fleury
    Mis en avant dans la collection Être

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