La Joie !

La Joie !

« Comme d’habitude », Jérémie s’en expliquait parfois.

Il avait toujours vu les hommes dans la peur et dans la plus invincible de toutes : celle qui n’a pas d’objet.

Il les avait vus désirer secrètement et par-dessus tout une chose : se faire du mal à eux-mêmes.

C’était toujours, c’était ici le même spectacle.

Simplement, les conditions étaient enfin toutes remplies.

La guerre, le nazisme, les folies politiques et nationales avaient fait un chef-d’œuvre, une maladie et misère parfaites : un camp de concentration.

Pour nous, bien sûr, c’était la première fois.

Jérémie n’en voulait pas de notre surprise.

Il disait qu’elle n’était pas honnête et qu’elle nous faisait du mal.

Il disait que dans la vie ordinaire, avec de bons yeux, nous aurions vu les mêmes horreurs.

Il nous arrivait autrefois d’être heureux.

Eh bien ! Les nazis nous avaient donné un terrible microscope : le camp. Ce n’était pas une raison pour cesser de vivre.

Jérémie donnait l’exemple : il trouvait de la joie en plein bloc 57.

Il en trouvait dans ces moments de la journée où nous ne trouvions que de la peur. Et il en trouvait en si grande abondance que nous la sentions, lui présent, monter en nous.

Sensation inexplicable, incroyable même, où nous étions : la joie allait nous emplir.

Imaginez ce cadeau que Jérémie faisait ! On ne comprenait pas, mais on disait merci, et encore merci.

Quelle joie ? Voici des explications, mais elles sont pauvres : la joie d’être en vie, d’être encore en vie à cet instant, l’instant d’après, chaque fois que nous y pensions. La joie d’éprouver la vie des autres, de quelques autres du moins, contre nous, dans l’ombre la nuit. Que sais-je ? La joie. Cela ne vous suffit pas ?

Cela faisait bien mieux que nous suffire : c’était le pardon, là, tout soudain, à quelques pas de l’enfer.

C’était de nouveau la possibilité de tout, la grande fortune. J’ai connu cet état par l’intermédiaire de Jérémie. D’autres l’ont connu comme moi, je le sais. La joie de découvrir que la joie existe, qu’elle est en nous, exactement comme la vie, sans conditions et, donc, qu’aucune condition, même la pire, ne saurait la tuer.

Jacques Lusseyran

Tensions…

Comme une impression de vouloir sortir physiquement de ma tête.. comme si ma tête s’élargissait.. comme une impression d’enfermement, de limite..

Le matin au réveil un afflux constant de pensées sans grand intérêt.. des petites pensées du genre rabâchées de choses sans importance.. esprit lourd comme encombrant.. machine qui tourne à vide.. comme un lion dans sa cage..

La fuite dans l’action, l’activité est une manière de s’oublier, d’anesthésier cet esprit en ébullition..

Je comprends mieux ces mécanismes.. reculer pour mieux sauter.. laisser l’esprit commander sans recul..

Et les tensions s’accumulent dans le corps car elles doivent bien aller quelque part.. refoulement de cette vérité de ce qui me traverse.. tourner la tête ailleurs.. utilisation de cette forme d’énergie mentale pour faire.. un faire sous tension non apaisé.. cumul de fatigue mentale, physique et aggravation de cette fatigue dans un effort pour s’oublier, un masque qui fait se surinvestir..

Fascinante expérience que cette prise de recul.. refoulement de soi amenant à de l’agressivité, .. cette agressivité qui n’est certainement qu’un signal maladroit pour dire “arrêtes, tu fais fausse route, tu te fais du mal à toi-même”..

Détaché de tout affect…

Dissocier l’action de l’émotion, du ressenti, de la pensée..

C’est comme une étincelle dans ma tête, une des vérités qui m’apparaît d’un coup..

Faire simplement, de manière fonctionnelle, détachée de tout affect..

Et comme je me sens léger, sans conflits intérieurs..

La situation est ce qu’elle est, mes valeurs, idées, croyances sont ce qu’elles sont..

Je vois les 2 mais pourquoi m’identifier à l’un ou à l’autre ?

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Jesse James

Vivons dans nos illusions, acceptons nos limites.

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