La novlangue

La novlangue

Un terme créé par George Orwell, en anglais “newenglish” dans son roman d’anticipation : 1984, publié en 1949. On pourrait croire que c’est un procédé linguistique, ou plutôt un abus de langage, que George Orwell a inventé pour souligner les méthodes de manipulation mentale susceptibles d’être mises au point par des organisations despotiques pour se maintenir au pouvoir grâce à une transfiguration des représentations de la réalité justifiant leur cause, leurs actions et leur dictature totalitaire. En fait, et même si Orwell a poussé le bouchon un peu loin avec des expressions telles que : “La guerre c’est la paix”, “La liberté est un esclavage”, “L’ignorance est une force”, les trois slogans inscrits au fronton du ministère de la vérité d’Oceania, l’un des trois empires dominant la planète, Orwell n’a fait que constater des pratiques existantes depuis l’apparition du langage et la naissance des premières organisations politiques et sociales humaines.
Les hommes vivent dans des cadres conceptuels imaginaires plastiques et modelables, les organisations de pouvoir sont donc tentées de manipuler le sens des choses et de maquiller la réalité, dans une forme aliénante qui convienne à leur autorité, et ne s’en sont jamais privées.
Il y a plusieurs degrés de novlangue, le premier consiste dans la dénomination abusive de choses sans existence sinon dans l’imaginaire d’un prophète. De nommer comme si cela allait de soi des objets mythiques comme les dieux et leurs anges, le paradis et l’enfer, et qu’il ne s’agissait plus de débattre la pertinence de telles idées mais seulement d’en préciser la forme.
Une manipulation plus subtile, et d’autant plus efficace de la pensée des hommes, consiste à s’appuyer sur des notions et des caractères parfaitement acceptables et concevables, et de les attribuer par multiples biais de langage, des détournements, et des déviation de sens, à des choses éloignées ou même leur inverse et leur contraire, ce qui est très fréquent en politique et en économie. Ainsi on nomme la République Populaire de Chine, qui n’a rien de populaire et encore moins de république, la Deutsche Demokratische Republik (DDR) qui n’avait rien d’une démocratie, et plus près de nous, d’une démocratie qui n’en est qu’un leurre, une oligarchie ploutocratique, ou une dictature élective d’un seul, qui n’a même plus pour gouverner la modération d’un Conseil du Roi.
Il en va de même en économie, où simplement mentir serait trop visible et détectable, on va donc commencer par nommer des choses par des expressions qui suggèrent autre chose que ce qu’elles sont en réalité, et qu’elles ont pour mission de travestir. Puis on va justifier ces dénominations par des explications biaiseuses ou tronquées qui cachent la réalité et donnent à penser autres choses que ce qu”elles sont. Au-delà de la langue de bois qui pratique le mensonge par omission, voici quelques exemples : On parle de libéralisme alors qu’on devrait parler d’exploitalisme des hommes et des ressources de la planète, de libre échange alors que c’est un échange dominé par l’offre créant une demande, d’économie verte alors que c’est une imposture écologique destinée à vendre plus pour soutenir la croissance sans aucun souci d’une amélioration écologique, de transition énergétique qui n’est pas destinée à produire de l’énergie mais à rentabiliser un montage financier tel que le propose par exemple l’industrie éolienne. Ces procédés de novlangue sont non seulement souvent difficiles à détecter, mais s’accompagnent d’une argumentation fallacieuse, qu’il sera plus difficile d’invalider et de dénoncer, que d’élaborer par ces créateurs manipulateurs de l’opinion des masses, selon la loi de Brandolini ou principe d’asymétrie des idioties, plus connu sous sa dénomination originale de bullshit asymmetry principle.
Le comble de la novlangue est sans doute ce livre d’Orwell lui-même, qui nous dit : “Dormez sur vos deux oreilles, petits citoyens, ce roman n’est qu’un conte, une dystopie, d’ailleurs l’année 1984 s’est écoulée depuis longtemps déjà, et il ne s’est rien produit de la sorte, vous pouvez faire une totale confiance aux politiques que vous avez élus pour vous servir et non pour vous tromper”.

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Jean-Louis Tripon

Ingénieur géomètre INSA Strasbourg, Chercheur théoricien en sciences mentales, Créateur de la méthode DMS, Président fondateur de l'AFDMS. Directeur du social networking service Sic Itur

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