La pensée holistique

La pensée holistique

73. LA PENSÉE HOLISTIQUE (1)
La pensée verbale, linéaire, consiste à assembler des signifiés puisés dans notre lexique personnel en respectant plus ou moins la syntaxe de notre langue, une technique de communication très mauvaise pour penser.
La pensée holistique ne fonctionne pas ainsi, elle se transforme dans la conscience globale d’un champ sémantique. Ce champ, ainsi que le suggère cette toile d’Alexandre Beridze, est d’une grande complexité. C’est un champ infra-linguistique structuré, constitué de millions de facettes de sens, de sèmes et de qualia, qui entretiennent entre elles une multitude de relations, et qui sont par ailleurs reliées dans les tableaux de sens des soubassements de notre mémoire, que range et gère notre fonction analytique 2. Ce champ est mouvant, il s’enrichit de toutes nos nouvelles expériences, nos analyses et nos pensées, au sens le plus large de tous les produits de nos fonctions mentales. Les signes (car le mot est un concept faux) sont comme des miroirs qui surplombent ça et là ce champ sans le recouvrir. Notre cerveau est bien sûr incapable de contenir tout ça, en sus de ses tâches de gestion biologique de notre corps, de codage des informations en provenance de nos fonctions sensorielles et de l’exécution des instructions qu’il reçoit de l’interface physique-mental. Il ne possède que 90 milliards de neurones, chiffre inchangé depuis le début de l’espèce humaine, pour le faire, il aurait dû multiplier sa taille par dix ou cent. Par contre notre mental n’étant pas spatial, n’est pas contraint par une limite de capacité.
La pensée holistique consciente n’assemble pas du sens, elle voyage rapidement de place en place dans ce champ où tout est interconnecté, en suivant les relations de sens, et participe à la résolution du flou, du complexe et du paradoxal qui peuvent s’y trouver, de concert avec des activités mentales inconscientes. Elle est le résultat des interactions de plusieurs fonctions mentales : l’analytique 2, la direction volontaire 7d, le jugement arbitraire 7j, la concentration 6 et la remémoration 1, révélées par la conscience 5.

74. LA PENSÉE HOLISTIQUE (2)
La pensée holistique est infra linguistique, vide de signes linguistiques, elle est chargée de sens, percepts et concepts, qui donnent du sens aux signes que nous employons pour nous exprimer, et d’autres sens aux signes que d’autres emploient hors de notre champ sémantique personnel. C’est le paradoxe sémantique : nous imaginons le sens des autres parce que nous ne pouvons pas le vivre, même si l’empathie cognitive nous aide à nous comprendre.
Comment passer de la pensée verbale à la pensée holistique ? Ben, c’est pas si simple, car il faut non seulement nous passer des signes pour penser, mais aussi des concepts creux qui chargent de leurs signifiés les idées fausses qui nous servent pour penser. Mais il y a une voie naturelle pour y parvenir, car comme Monsieur Jourdain, qui parle en prose sans le savoir, il reste un domaine où nous continuons à penser en holistique comme les animaux. Ce domaine, c’est celui où nous dirigeons notre corps et ses actes par notre image kinesthésique (voir les articles précédents).
En effet nous n’utilisons pas de langage pour éprouver, diriger notre corps et ressentir à chaque instant notre agissement pour diriger nos mouvements. Nous pouvons faire ceci en pleine conscience si nous lui accordons suffisamment d’attention, et constater que cette pensée est holistique, c’est à dire globale et non verbale. Il est faux de dire que nous ne pouvons pas penser à deux choses à la fois, ce qui est vrai en verbalisation conceptuelle mais pas ici, où nous pouvons exercer avec précision nos deux mains et tout notre corps à la fois, ainsi que le montrent les danseurs, les gymnastes et les acrobates professionnels. En prendre conscience et en renouveler l’expérience attentive au ralenti est un excellent exercice préparatoire au développement de la pensée holistique sémantique purement mentale.

75. LA PENSÉE HOLISTIQUE (3)
Nous allons poursuivre l’exercice de l’article 74 en fermant les yeux. Vous ne disposez plus d’images visuelles, et ainsi vous pouvez pleinement ressentir l’image kinesthésique de tout votre corps. Exercez les muscles de vos bras et de vos mains, et en les animant, ressentez cette image et votre pouvoir d’agir sur cette image jusqu’aux bouts de vos doigts. Vous pouvez aussi en méditation explorer tous les organes de votre corps.
Mais ce n’est pas tout, le plus important reste à venir. Toujours en méditation, passez de votre image kinesthésique à la perception des pouvoirs opératifs mentaux que vous utilisez pour saisir et manipuler cette image, votre conscience 5, votre concentration 6, et à tout instant votre choix volontaire de faire, ce que je nomme la direction volontaire 7d, et votre niveau d’énergie 8. Laissez votre esprit vaguer, vous allez peut-être voir émerger des souvenirs par votre remémoration 1, de l’imaginaire et des intuitions créatrices produites par l’analytique 2, que vous ne vous ne pourrez pas vous empêcher de juger par 7j, des émotions positives de source 3, et l’augmentation de votre confiance en vous 9.
Tous ces ressentis sont distincts, ils ne cessent de varier, ils émanent de fonctions mentales distinctes qui interagissent, ils ne sont pas verbaux, ce sont des percepts, des qualia, et ils construisent votre champ sémantique. Il vous faudra renouveler de nombreuses fois des exercices similaires, en en distinguant bien toutes les qualités pour enrichir ce champ, jusqu’à ce que votre fonction analytique 2 initie un méta programme qui le fasse automatiquement, structure et comble les lacunes, ce qu’elle sait bien faire, sans que vous n’ayez plus à vous en soucier.
Ce qui caractérise la pensée holistique, c’est que les concepts qui vont émerger, non seulement ne sont pas des signifiés attachés à des signes (mots), mais sont des abstractions de vos percepts ressentis qui respectent leur cohérence globale, et non plus des constructions imaginaires. Vous ne pouvez donc plus vous perdre dans des pensées détachées de votre réalité.

Réagir
1

Jean-Louis Tripon

Ingénieur géomètre INSA Strasbourg, Chercheur théoricien en sciences mentales, Créateur de la méthode DMS, Président fondateur de l'AFDMS. Directeur du social networking service Sic Itur

Cet article a 2 commentaires

  1. Jean-Louis Tripon

    La colombe a besoin d’air pour voler et nous avons en quelque sorte, besoin d’un corps biologique pour exister individuellement en symbiose avec lui.
    Mais le langage est physique et notre pensée ne l’est pas. Nous avons été formatés pour penser verbalement, avec les parents et l’école, avec toutes la toxicité, la syntaxe, la polysémie, les lacunes et les présupposés du langage, qui ne sont pas les mêmes en français qu’en anglais ou en allemand (puisque ce groupe étudie C G Jung), et ne parlons pas du russe, du chinois, de l’arabe ou du persique. Ces langages sont des moyens de communication impropres pour penser.
    Je n’ignore pas que les linguistes saussuriens et une grande partie des philosophes affirment que des formes signifiantes (des signifiants, donc a priori des mots) sont nécessaires pour que le sens soit perceptible Mais c’est faux, complètement faux ! (que font les animaux qui pensent et que nous ne pourrions pas faire). Nous pouvons penser en holistique perceptuel mental, hors du langage (mais il faut s’accrocher pour se sortir des carcans cités plus haut). De plus, les signifiés collectifs n’existent pas plus que les ectoplasmes qui devraient les valider, car notre sens est personnel, que c’est un quale ineffable et non comparable, donc que le (mot) dans la définition de F de Saussure est un concept faux, il n’existe rien de tel en réalité, car on ne peut pas marier un signifiant collectif (le signe) avec du sens personnel (le sème qualique). Les sciences de la sémantique infralinguistique et de la linguistique sont entièrement à reconstruire reposant sur des présupposés inexacts. Vous en trouverez de nombreux articles sur ce sujet en fouinant dans les catégories, car je suis un expert en sémantique holistique et cette question me tient à cœur.

    Réagir
    1

Laisser un commentaire

Article suivantRead more articles