Le “Figuratif mental” d’Alexandre Beridze et les métaphores de la conscience
Conscience et liberté de la volonté. Neuroscience et philosophie

Le “Figuratif mental” d’Alexandre Beridze et les métaphores de la conscience

Article de Maria Falikman du 17 mars 2019

En ce qui concerne le travail d’Alexandre Beridze, la question de discussion traditionnelle : «Que voulait dire l’auteur, avec son travail ? », n’a guère de sens. Chacune de ses œuvres continue à parler. Ces travaux, bien que terminés, ne sont pas statiques, mais représentent un flux commençant et continuant à l’extérieur d’une feuille de papier ou d’une toile, comme l’esprit humain, l’expérience intérieure qui nous a été donnée à tous en même temps, mais qui a une histoire qui change chaque instant, et se dirige vers le futur. À cet égard, il est intéressant de regarder les tableaux d’Alexandre Beridze à travers le prisme des métaphores avec lesquelles la psychologie pendant un siècle et demi a essayé de répondre, à la question : qu’est-ce que la conscience ?

Quand la psychologie a commencé à devenir une science, son premier sujet d’étude fut naturellement précisément la conscience – tout ce qui s’ouvre à nous lorsque nous nous adressons à notre monde intérieur : images, pensées, expériences. Mais la psychologie en quête de devenir une science stricte a décidé de suivre la voie de la chimie. Et le premier pas que les psychologues ont pris, est une tentative d’analyser comment la conscience, la totalité des éléments les plus simples : sensations et “sentiments” (expériences émotionnelles élémentaires) naissent, pour ensuite recueillir la conscience de retour de ces éléments séparés, clairs et distincts, focus, vague et flou, sur la périphérie. La première métaphore de la conscience était sa comparaison avec le champ de vision, proposé par le père Wilhelm Wundt, fondateur de la psychologie en tant que science. Exactement la présence d’une structure clairement définie, la distinction entre focus et périphérie. Wundt considérait la caractéristique essentielle de la conscience humaine, était d’être ouverte en auto-observation. Et son élève Edward Titchener, développant les idées de son professeur, a proposé de considérer la conscience comme une section ou coupe à travers le flux de la vie spirituelle, où les sensations individuelles, qui sont l’attention et l’expérience, sont plus clairement sur la crête de la “vague de lucidité” – Alexander Beridze nous montre-t-il cette coupe ?

Probablement pas : une section est par définition statique, privée de développement, alors que le travail d’Alexander Beridze est fondamentalement dynamique, déployé non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps. Par conséquent, plus proche de la réalité de sa créativité, si nous la comparons à l’image qu’une coupe peut nous donner de la conscience, et donc ici plus proche du flux lui-même, imprégnant la fiction et la philosophie du vingtième siècle. William James, le classique de la psychologie américaine, et l’auteur de cette métaphore, alors complètement nouvelle, bien qu’elle nous soit maintenant très familière, du “Flux de conscience”, qui souligne la continuité et l’unicité de notre expérience interne. En même temps, comme le note James, il y a les états de conscience plus stables et d’autres plus dynamiques, plus fluides : «La conscience est comme la vie d’un oiseau qui se pose et vole. […] Les points d’arrêt dans l’esprit sont généralement occupés d’impressions sensuelles, avec pour caractéristique qu’ils peuvent, sans changer, être contemplés par l’esprit indéfiniment, les lacunes transitoires étant occupées par des réflexions sur la statique et la dynamique, que nous avons surtout insérés entre les objets perçus, dans un état de repos relatif». Séparément,  James souligne le caractère insaisissable de nos états de transition de conscience : “Le cristal de neige, saisi par une main chaude, en un tournemain se transforme en une goutte d’eau. De même, vouloir attraper un état transitoire de conscience, nous mène plutôt à trouver quelque chose à d’assez stable et pauvre… Dans de tels cas, une tentative d’auto-observation est stérile – C’est pareillement vain, que de saisir le haut d’un sommet pour attraper son mouvement, ou d’emballer rapidement la machine, pour voir comment les choses se passent dans le noir”. Je suppose que le lecteur a découvert Titchenerovsky “section à travers le flux mental” – selon James, il ne pouvait rien dire aux psychologues sur l’essence de la conscience. Cependant, Alexander Beridze dans sa peinture fait l’impossible – attrape la dynamique de cette conscience, les transitions, et la polyphonie (ou, selon l’expression : “les connotations mentales”, de James), de chacun de ses états.

Et puis, continue de dire James, comme le flux ne peut pas couler immédiatement dans toutes les parties, la conscience est fondamentalement sélective, a toujours une certaine focalisation, toujours “plus intéressée par un côté de l’objet de la pensée que d’un autre”.  C’est cette propriété de la conscience de l’homme, exprimée particulièrement clairement par une école de psychologie de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, dans la Ville allemande de Würzburg. La pensée humaine est différente, aussi pour le comprendre, concentrez-vous sur la résolution d’un problème, même si ce n’est pas le plus difficile. Quelque chose, même une tâche habituelle pour nous – par exemple, comprendre une métaphore ou expliquer un proverbe. Penser n’est pas juste un flot d’associations, mais un flot, dirigé par une tâche, une intention, ou une “tendance déterminante”, qui organise les éléments individuels constituant l’expérience – quelque chose comme une dissection, que les lignes perçues dans les toiles d’Alexandre Beridze définissent et en incarnent des états et des directions.

Le philosophe intuitif français Henri Bergson, dans les écrits que vous pouvez trouver, se distingue beaucoup du tout venant des vues de ses contemporains, et voit les choses autrement. Bergson saisit étonnamment et avec précision, la continuité et l’aspiration de la conscience humaine dans son traité “L’évolution créatrice”. Nous y lisons : “Une chose ou plusieurs, dans ma personnalité, en cette moment ? Si je l’appelle unique, des voix intérieures vont protester, des sensations, des sentiments, des représentations, entre lesquelles celles qui manifestent mon individualité. Mais si je fais une pluralité séparée de tout-ceci, mon esprit se rebelle contre cela avec la même force. Il prétend que mes sentiments, mes pensées – sont seulement des abstractions produites par moi sur moi-même, et que chacun de mes états inclut tous les autres”. En d’autres termes, la conscience dans son ensemble englobe toute l’expérience humaine, tous les nombreux sentiments et les sensations élémentaires, chacun et chacune pouvant être représenté sur la toile dans un trait ou une forme séparée. Une telle union est-elle en train de se produire ?

Prenez la série des peintures nommée Réflexions. Je note séparément, que déjà dans le titre de la série, l’artiste utilise pleinement l’ambiguïté du mot lui-même : il y a des réflexions, des réflexions, et en fait : réflexion – selon la définition du philosophe britannique John Locke du 17ème siècle : c’est une “observation dans laquelle l’esprit expose son activité”. Fait intéressant, les neurosciences modernes reviennent encore et encore à la dualité de conscience de Locke, sensations immédiates, et pensées au sujet de ces sensations. Dans la  langue de la science d’aujourd’hui, nous parlons de «conscience phénoménale» (ce qui est disponible pour l’homme directement, ici et maintenant) et de la “conscience” comme d’un accès” (ce qu’une personne peut signaler si nécessaire, ou ce que vous-même dites à une autre personne en utilisant les opportunités de la langue), puis en tant que «conscience de premier ordre» et de «conscience de second ordre». “Conscience phénoménale” – le produit des processus ascendants dans le système nerveux  humain, le mouvement des sens au plus haut des structures cérébrales. Inversement, “la conscience en tant qu’accès”, la capacité de rendre compte du produit perçu, y compris lui-même et les processus descendants, les boucles de rétroaction dirigées depuis les structures cérébrales sus-jacentes, plus récentes et plus complexes, ceux qui sous-tendent, qui traitent et conservent l’information obtenue par le chemin ascendant. Comme dans la même toile, peuvent se trouver combinés, des couleurs volumineuses clignotantes et des lignes strictes, à peine perceptibles, définissant un aperçu général du travail de notre esprit ? Et c’est peut-être ici, l’incarnation de la dualité de notre conscience, bouillonnant continuellement des sensations extérieures et structurant leur réflexion ?

Des chercheurs français ont identifié le style d’Alexandre Beridze en tant que «figuratif mental» – visualisation du processus de la pensée humaine. Je trouve cela particulièrement intéressant. La question est de savoir qui pense : l’artiste ou son spectateur, surtout si,  rappelez-vous les mots d’Henri Bergson, que l’art est alors seulement, et devient art quand il est perçu par quelqu’un, en d’autres termes, quand il devient la propriété de l’esprit de celui qui perçoit. L’un des problèmes les plus urgents des sciences cognitives modernes sont devenus un problème de cognition distribuée – des fonctions cognitives, réparties entre  plusieurs personnes, (et ces dernières années – entre l’homme et l’ordinateur, l’humain et internet, un usage omniprésent de l’informatique qui génère un tout nouveau phénomène psychologique,  et qui vient seulement de devenir l’objet de l’attention des psychologues). La conscience, (co-connaissance), bien qu’elle soit inhérente à une seule personne à cet égard, en privé, ne se forme et ne s’ouvre que dans les interactions entre les gens. Et je pense que les peintures d’Alexandre Beridze peuvent être considérées comme l’interface directe entre la conscience de l’artiste et l’esprit du spectateur. En l’absence de personnages, et dans le besoin interprétation, et des images qui ne peuvent pas être comparées avec leurs sources dans le monde extérieur, l’artiste et le spectateur sont sur la même longueur d’onde, permettant de faire l’expérience directe des paradoxes humains de la conscience, sa multiplicité et son unité, la présence de structures et d’une dynamique constante, la sélectivité et la polyphonie. Et depuis, aucun des états de conscience ne pouvant se  répéter exactement, nous pouvons retourner lcs toiles encore et encore, sans risquer de nous ennuyer.

Docteur Maria Falikman, Ph D, Dr, (Lomonossov Moscow state University),  Expert en Neuroscience cognitive et Psychologie cognitive expérimentale, Chef du département de psychologie of National Research University Higher School of Economics, Moscow (HSE)

Traduction de Jean-Louis Tripon à la demande d’Alexandre Beridze, à partir de la traduction épouvantable de l’original russe par le traducteur de  Google, ce qui démontre une fois de plus que les machines ne peuvent traduire le langage, et encore moins la pensée humaine.

Jean-Louis Tripon

Chercheur théoricien mentaliste, ingénieur géomètre INSA, expert en sémantique holistique, expert en sciences mentales, Harmonique de Pleine Conscience Holistique Ataraxique (HPCHA), dualiste de substance, métaphysicien athée, créateur de la méthode DMS, président fondateur de l'AFDMS.

Cet article a 1 commentaire

  1. Jean-Louis Tripon

    Traduire ce texte ne fut pas une affaire facile, compte tenu des différences des syntaxes des deux langues, tout en essayant de respecter au maximum l’original. Bien évidement je ne partage pas les convictions scientifiques du Docteur Maria Falikman, un des experts russes les plus respectés en psychologie cognitive, donc une physicaliste qui croit que son cerveau fait tout, ou qui cache bien son dualisme de substance. Ce qui n’a aucune importance, car ce qui compte ici, c’est le soutien et l’éloge d’une grande scientifique russe au travail d’Alexandre Beridze.
    En fait, après en avoir discuté un peu par téléphone avec elle, nous sommes du même coté du miroir. C’est une cognitiviste conscientiste, non neurologue, une position spécifique russe qui reconnait la nature spirituelle et sensible du mental de l’homme.

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