Le projet de la science

Le projet de la science

LE PROJET DE LA SCIENCE N’EST QUE QUANTIFICATION

Par Herbert Marcuse
Publié le 9 avril 2019 par Solidarités Émergentes 
Par Olivier Frérot

Olivier Frérot

Quel projet pré-scientifique originel, quel contenu pré-scientifique originel, la structure conceptuelle de la science a-t-elle préservés ? Dans la pratique la mensuration a permis de découvrir le moyen d’utiliser certaines formes, certaines dimensions, certaines relations fondamentales qui ont été universellement «accessibles, en tant qu’identiques parce qu’elles déterminaient et évaluaient exactement des objets et des relations empiriques» (Edmond Husserl). Dans toute abstraction, dans toute généralisation, la méthode scientifique conserve et masque sa structure technique pré–scientifique ; le développement de la méthode scientifique représente (et masque) le développement de sa structure technique pré-scientifique. Ainsi la géométrie classique est partie de la pratique qui consistait à faire un relevé du sol et à le mesurer, elle a « idéalisé » la pratique du métreur.

Évidemment l’algèbre et la géométrie construisent une réalité idéale rationnelle absolue, libérée des incertitudes et des particularités incalculables du monde de la vie et des sujets qui y vivent. Cependant cette construction « idéationnelle », c’est la théorie et la technique d’« idéalisation » du nouveau monde de la vie :

« Dans la pratique mathématique nous atteignons à ce que la pratique empirique nous refuse, c’est-à-dire à l’exactitude. Car il est possible de déterminer les formes idéales en terme d’identité absolue … en tant que telles, elles deviennent universellement accessibles et disponibles (Edmond Husserl). »

Husserl souligne que l’exactitude et l’interchangeabilité mathématiques ont des connotations techniques pré–scientifique. Ces notions qui sont au centre de la science moderne ne sont pas des simples sous-produits de la science pure, ils appartiennent à sa structure conceptuelle inhérente. L’abstraction scientifique à l’égard du concret, la quantification des qualités, ces démarches qui donnent l’exactitude et en même temps une validité universelle, supposent une expérience concrète, spécifique du monde de la vie – une manière spécifique de « voir » le monde. Et cette manière de « voir », en dépit de son caractère « pur », désintéressé, coopère à l’intérieur d’un contexte pratique, orienté. Elle fonctionne en anticipant et en projetant.

La science galiléenne est la science qui anticipe et qui projette méthodiquement et systématiquement. Mais – et c’est décisif – anticipation et projection sont ici spécifiques – ce sont celles qui expérimentent, appréhendent et façonnent le monde en termes de relations que l’on peut calculer, prévoir, parmi des unités exactement identifiables. Dans cette projection scientifique, la nécessité d’opérer une quantification universelle est une condition préalable parce que le but est de dominer la nature. Les qualités individuelles qui ne sont pas quantifiables sont un obstacle si l’on veut organiser les hommes et les choses en fonction de l’énergie quantitative que l’on doit extraire de. Mais ce projet spécifique, socio-historique, et la conscience qui a formé ce projet, sont le sujet caché de la science galiléenne ; cette science est la technique de l’anticipation, l’art de l’anticipation étendus à l’infini.

Extrait de l’ouvrage « L’homme unidimensionnel », les éditions de minuit 1968 (1964), pp 186–187

Jean-Louis Tripon

Chercheur théoricien mentaliste, ingénieur géomètre INSA, expert en sémantique holistique, expert en science de la vie mentale, Harmonique de Pleine Conscience Holistique Ataraxique (HPCHA), dualiste de substance, métaphysicien athée, créateur de la méthode DMS, président fondateur de l'AFDMS.

Cet article a 1 commentaire

  1. Jean-Louis Tripon

    Ce que souligne cet article c’est que la science n’accède qu’au quantifiable, à ce qu’elle peut mesurer, et qu’elle à tendance à nier l’existence des faits et qualités, non mesurables. Je dis bien : la science et ses outils, et non les scientifiques dont la conscience peut percevoir des qualités et des processus non quantifiables. Le scientifique matérialiste, niant ses expériences intimes, rejetées par les pétitions de principe de sa science, opère alors sur lui, une véritable castration mentale, l’aveuglant de ce qu’il ne saurait admettre, éprouver et constater. Ce que je nomme : la cohérence de l’inconscience. La science Galiléenne ne peut donc anticiper que dans le champ physique étroit de ses possibles mesurables, non dans l’infini, mais dans un biais distordu de la réalité universelle, et de son échec inévitablement reproduit, inscrit dans ses prémisses.
    En ce qui concerne l’art du géomètre, dont je peux parler car je suis ingénieur topographe donc ingénieur par excellence de la mesure, il est faux de dire que les mathématiques, et en particulier la géométrie, construisent une réalité idéale rationnelle absolue libérée des incertitudes. Nous ne percevons la géométrie que comme une méthode et nos appareils que comme des moyens techniques de mesure, et notre idéal réside dans notre perception topologique du réel, sacré, parfait, non mesurable de la Géode. Nous sommes en quelque sorte des prêtres de la terre, et notre culte nous voue depuis l’aube des temps, à sa mesure. Il y a une dimension spirituelle dans notre métier, que n’a pas perçu un philosophe comme Edmond Usserl, d’ailleurs nous nommons notre instrument : Le Théodolite, théo-dolite, le “fouilleur de Dieu”.
    La pratique mathématique appliquée ne nous permet pas d’atteindre une exactitude qui a pour limite dix puissance moins neuf dans la mesure des angles. Il y a là, il me semble, une confusion entre la réalité absolue et une science humaine abstraite, faillible, ainsi que nous l’a montré Gödel, les mathématiques.

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