L’ennui – Giacomo Leopardi
Katia Derwinska

L’ennui – Giacomo Leopardi

L’ennui est à certains égards le plus sublime des sentiments humains. Certes, je ne crois pas que l’examen de ce sentiment puisse mener aux conclusions que de nombreux philosophes ont pensé en tirer. Cependant ne se trouver satisfait par aucune chose terrestre ni, pour ainsi dire, par la terre entière ; considérer l’immensité de l’espace, l’édifice merveilleux de l’univers, et voir combien tout cela est petit pour la capacité de l’esprit humain ; imaginer le nombre infini des mondes, l’univers infini et sentir notre esprit et nos désirs plus vastes encore qu’un tel univers ; toujours accuser les choses d’insuffisance et de nullité, et souffrir du manque et du vide et donc de l’ennui, cela m’apparaît comme la première marque de grandeur et de noblesse que puisse porter l’humanité. C’est pourquoi l’ennui est à peu près inconnu des gens insignifiants et ne se rencontre peut-être jamais chez les animaux.”

Zibaldone – Giacomo Leopardi

“On présente faussement l’ennui comme un mal commun. Il est commun d’être inactif, ou plutôt désœuvré ; il ne l’est pas de s’ennuyer. L’ennui est l’apanage des gens d’esprit. Plus l’intelligence est vive, plus l’ennui est fréquent, douloureux, terrible. La plupart des hommes trouvent toujours à s’occuper et à se divertir, et si d’aventure ils doivent rester totalement inactifs, ils n’en ressentent que peu de gêne. De là vient que les hommes d’imagination demeurent incompris sur ce chapitre et provoquent parfois l’étonnement et les railleries du vulgaire lorsqu’ils se plaignent de l’ennui en des termes évoquant ordinairement les plus grandes misères de la vie, celles auxquelles nul ne peut se soustraire.”

Les pensées et maximes – Giacomo Leopardi

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