L’inconscience d’être et du sens

L’inconscience d’être et du sens

66. L’INCONSCIENCE D’ÊTRE
Certaines personnes sont certes conscientes, c’est à dire qu’elles possèdent des images, la perception consciente de leur corps et de l’environnement du monde physique qui nous entoure, mais ne font pas l’expérience ontologique fondamentale de la conscience d’être conscient. C’est ce qui ressort de l’oeuvre littéraire de Martin Heidegger et de La Nausée, ainsi que L’Etre et le Néant de Jean-Paul Sartre. D’éminents philosophes et psychologues (dont je tairai les noms) se prétendant experts dans leur domaine m’ont clairement répondu qu’il était impossible d’être conscient d’être conscient. Ceci pourrait expliquer le développement du matérialisme éliminativiste et du physicalisme au 20éme siècle qui font de l’esprit une propriété de la matière, sans réalité propre, constituant une conception erronée de l’être humain et du vivant, une thèse culturellement dominante actuellement qui fonde les interprétations des neurosciences, et amène à concevoir l’homme comme un robot biologique.
L’inconscience d’être conscient ne semble donc pas être une exception mais plutôt la règle de la majorité des hommes. D’autant plus qu’on trouve dans la littérature des témoignages de vécu tardif de cette conscience, présenté comme une expérience structurante ayant changé leur vie.
Le fait que certains enfants naissent avec cette expérience de soi, et d’autres pas, pourrait être interprété comme un indice de preuve de l’existence de la réincarnation, cette faculté ayant été acquise lors de vies antérieures.
Photo : une oeuvre de Philippe Orsi.

82. NOTRE LIBRE ARBITRE DE DÉNOMINATION
Les neurosciences et en particulier la psychologie cognitive affirment, avec juste raison, que notre cerveau est une sorte d’ordinateur biologique traitant de l’information, c’est-à-dire tout ce qui est détectable dans l’univers physique, selon des lois biologiques.
L’espèce humaine a créé des milliers de langages, et chacun de nous peut librement créer des signes et leur donner du sens (ce dont je ne me prive pas). Or les lois biologiques d’une espèce sont les mêmes pour tous, le cerveau ne devrait que créer le langage qu’impliquent ses lois biologiques, car il ne fait que les appliquer. Donc il ne peut être à l’origine de nos langues, notre liberté de dénomination sans limite est une des capacités de notre entité mentale non physique, indépendante du cerveau. C’est une preuve de son existence et du dualisme.

84. INTERPRÉTATIONS DES IMAGES IRM ET DES EEG
La façon dont parle Stanislas Dehaene, professeur titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale au Collège de France, de la conscience phénoménale, des qualia est sans appel : « Dans quelques décennies, la notion même de qualia, ces quanta d’expérience pure, dépourvus de tout rôle dans le traitement de l’information sera considérée comme une idée étrange de l’ère préscientifique. »
L’imagerie IRM prouve qu’il y a une activité dans le cerveau, ce dont personne ne doute, mais laquelle ? Car ici, tout est question d’interprétation. Pour les dualistes le cerveau est un organe biologique qui ne pense pas, qui gère le bon fonctionnement organique, traite et transmet les informations en provenance de nos sens à notre entité mentale sémantique, et exécute en retour les instructions qu’il reçoit d’elle via l’interface mental/physique. Pour les “mon cerveau fait tout” monistes, ces images localisent nos activités non physiques dans le cerveau, après exclusion bien sûr de tout ce qu’il ne peut pas coder, d’où le rejet sans appel de nos qualia et de notre expérience intime. Ils n’étudient en fait que nos comportements physiques, mais c’est rejeter des activités qui bien que mentales n’en sont pas moins réelles.
Or, nous avons le souvenir de nos qualia et plus encore de nos expériences structurantes, et pour certains de nos grandes expériences mystiques, qui comptent parmi les plus puissants de nos souvenirs. Comme le cerveau est incapable de les coder, c’est que leur mémoire se trouve ailleurs, dans notre entité mentale indépendante de lui. Ce qui prouve que nous disposons d’une mémoire sémantique, hors du cerveau, gérée par notre fonction analytique, où nous retrouvons tous nos autres souvenirs, dont la nature ne diffère pas des premiers. Alors que le cerveau ne dispose que d’une mémoire biologique à la quelle nous n’avons pas accès.

85. UNE VÉRITABLE SCIENCE DE LA VIE MENTALE NE PEUT ETRE QUE DUALISTE
Les neurosciences ne peuvent pas prétendre étudier notre vie mentale alors qu’elles nient l’existence de nos qualia et de nos percepts d’expérience pure des activités créatrices des fonctions de notre nature non physique. La psychologie cognitive en particulier, n’étudie que la vie cérébrale à l’aide de l’imagerie médicale IRM et de l’EEG. Toutes ses interprétations sont douteuses car elles sont fondées sur une position de principe exclusivement moniste physicaliste et ne concernent que des comportements en relation directe ou indirecte avec le monde matériel extérieur.
Cette dénomination de vie mentale pour une activité cérébrale est non seulement abusive mais elle est perverse et nuisible pour la santé de l’espèce humaine. En effet, il ne peut pas y avoir de confusion entre les deux termes : cérébral désigne ce qui appartient au cerveau et mental à notre esprit. L’amalgame des deux termes par ces pseudo sciences est donc volontaire. Il s’apparente à un procédé de novlangue dénoncé par G. Orwell qui consiste à modifier le sens des mots et à en supprimer certains, ainsi l’ignorance devient une force et la liberté un esclavage. Les neurosciences s’approprient un domaine qui n’est pas le leur et parlent des facultés de notre esprit, tel la conscience, comme émergentes du cerveau alors que refusant l’introspection, elles n’y ont pas accès.
Seule une science dualiste, reconnaissant l’indépendance de notre psychisme, la réalité de nos qualia et la spécificité mentale de nos expériences pures, pourrait véritablement étudier notre vie mentale, grâce à l’introspection dont les techniques peuvent être développées bien au delà de ce que l’on connaissait à la fin du XIXème siècle, par des ancrages permettant d’accéder à tous ses aspects conscients et inconscients et à l’hypnose Erickson.

93. CODAGE INFORMATIQUE ET SÈMES DE NOTRE ETRE
En informatique tout est précis au pixel près, les images sont codées et les signes impliquent des actions, c’est un monde logique, sémantiquement vide, qui n’est pas le nôtre.
Que nous pensions en langage verbal, en infralingue ou en holistique, c’est tout le contraire, nous vivons un monde sémantique flou. Nos signes même sont flous, car chacun a son écriture, et ce A qui nous vient du Biblos né il y a 1300 ans, est-il latin ou carolin, gothique ou Time New Roman, minuscule ou majuscule ? Ben tout ça et plus encore mon capitaine ! Mais le meilleur ce n’est pas le signe qui prête peu à confusion, mais le sens : le sème.
La pensée verbale est dans la confusion totale, l’imaginaire et les théories planantes hors sol, engluée dans la polysémie, le psittacisme et les contradictions d’une syntaxe archaïque inappropriée pour penser comme il faut. Nous somme ici dans un monde de flou paradoxal, mais qui possède néanmoins une réalité tangible que beaucoup d’hommes vivent.
La pensée infralingue et la pensée holistique communient toutes deux avec la réalité de notre champ sémantique, la chair de notre être. Elles échappent toutes deux à la confusion précédente, elles se distinguent par leur taille et leur potentiel. La première reste étroite, limitée à la perception d’un nombre de relations de sens qui reste relativement petit en comparaison de la seconde. La pensée holistique est globale, en contact avec une masse indénombrable de relations de sens, en fait avec tout notre champ sémantique. De fait, la première est incluse dans la seconde. Et alors, qu’est-ce que le sème ? Ben tout ça mon capitaine ! ce qui différencie nos sèmes c’est leur polarité centrale qu’implique à chaque instant notre concentration diffuse multipolaire vagabonde. Donc nous restons ici dans le monde très riche, mais flou du sens, flou de l’abondance des choses, de leur complexité, dans lequel persiste des kystes de flou paradoxal.
Ce que certains appellent l’intelligence artificielle (IA) d’une machine qui, aura beau permuter à toute vitesse des signes et gagner des parties de Go, ne pourra donc jamais penser comme nous, ni même penser tel que l’évoque le terme (le signe) que nous associons à ce sème personnel.

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Jean-Louis Tripon

Ingénieur géomètre INSA Strasbourg, Chercheur théoricien en sciences mentales, Créateur de la méthode DMS, Président fondateur de l'AFDMS. Directeur du social networking service Sic Itur

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