L’Union Européenne

L’Union Européenne

L’élégance du discours du poète politique a sa propre logique qui n’est pas toujours lucide. L’Union Européenne est la conséquence d’une vieille ambition carolingienne de puissance succédant à l’Empire romain, soutenue par les intérêts de l’empire économique néo libéral, il ne faut donc pas s’étonner qu’elle soit devenue ce qu’elle est : un rouage des lobbies au service de la déréglementation et de la perte de souveraineté des nations qui la composent, D’où le vide de sens pour le pékin moyen de Lisbonne à Tallinn.
L’identité européenne est franque, un ensemble de tribus germaniques divisées, réunies d’une façon éphémère par Charlemagne, dont les fiefs se sont progressivement étendus au sud de l’Espagne, au Nord de la Grande Bretagne, à la Hongrie et à la Pologne des Chevaliers Teutoniques. Une fois, il y a trente ans, lors d’un séminaire organisé par Antoine Valabregue dans sa propriété du Lot, j’ai demandé à une jeune Allemande : “Mais qu’est-ce donc qu’être Allemand ?”, et elle m’a répondu : “Etre Allemand, c’est aimer son prince”. On en revient toujours à un ensemble de principautés carolingiennes et à leurs relations féodales.
A la fin du XVIII ème, l’Europe, à l’exclusion de l’Angleterre, était presque parvenue à la paix des princes, ce qui a fait rêver Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, à un équilibre et à une paix perpétuelle européenne, avant que la révolution française ne rebatte les cartes, et que son nationalisme bourgeois ne replonge l’Europe dans les tourmentes de deux guerres apocalyptiques au vingtième siècle.
Face à la barbarie sans limite qui a fait perdre à l’Europe sa position dominante au profit d’empires continentaux hors de son orbite, un sursaut de raison et de lucidité a accouché de l’union actuelle dans l’enthousiasme de l’espoir d’un nouveau rayonnement économique et culturel, et de l’émergence d’une entité européenne illusoire.
Ce dernier objectif est vain, quoique en pensent les intellectuels cosmopolites. Aussi, la fédération de ces nations est un échec sans lendemain, quel que soit leur nombre, avec ou sans le Royaume-Uni de Grande Bretagne, car on ne change pas des sentiments d’identité millénaire, on les conserve sinon on les détruit. Ce qui n’interdit pas de renforcer un sentiment de convivialité fondé sur cette même origine féodale, dans un respect mutuel au sein de ces populations cousines, à condition de leur garantir les souverainetés nationales auxquelles elles tiennent, et d’en finir avec des tracasseries de concurrence et de réglementation commune, inappropriées à leurs besoins et à leurs problèmes économiques, politiques, et sociaux, respectifs.

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Jean-Louis Tripon

Ingénieur géomètre INSA Strasbourg, Chercheur théoricien en sciences mentales, Créateur de la méthode DMS, Président fondateur de l'AFDMS. Directeur du social networking service Sic Itur

Cet article a 3 commentaires

  1. Emile Thyeff

    Ce sentiment féodal d’assujettissement a de surcroît toujours été savamment entretenu par les puissances européennes, qu’elles soient monarchiques ou républicaines grâce au colonialisme, désormais renommé aide coopérative interactive avec les pays émergents, ou par un autre terme pompeux dont les technocrates de la novlangue ont le secret.
    Les grosses principautés se sont toujours forgées sur l’exploitation et la mise en coupe réglée des plus petites et sur les conquêtes d’autres continents.

    Elles se sont aussi forgées sur l’exploitation à outrance de leurs propres peuples, phénomène qui repart de plus belle avec la déréglementation.
    Cela explique aussi le vide de sens pour le pékin moyen de Lisbonne ou de Tallinn comme dit si justement Jean Louis Tripon car le pékin moyen voit bien qu’il est le dindon de la farce européenne et il n’a plus envie de jouer. ( eh oui, depuis Dickens et Zola, il s’est un peu instruit … )

    Que les marchands néo libéraux ( pas si néo que ça car bien ancrés dans la doxa bourgeoise du 19ème siècle ), continuent d’exploiter le monde, voilà qui est somme toute normal car il en va de leur nature profonde. On ne demande pas à un âne qui brait de réciter subitement du Baudelaire ou du Spinoza.

    Et que des “intellectuels” se demandent encore pourquoi l’ Europe est en panne, pourquoi leur rêve est en panne, pour reprendre une expression de Monsieur Valabrègue, voilà qui est aussi parfaitement normal, car c’est dans leur nature de rêver, surtout s’ils sont nantis et force est de constater que dans nos sociétés européennes actuelles la plupart des ” intellectuels ” le sont. On pourra revenir sur ce paradoxe du rêve des “intellectuels” d’une éducation universelle et égale pour tous, et les moyens, en tant que nantis protégeant leur pré carré, qu’ils mettent en œuvre pour que ce rêve ne se réalise jamais.

    On ne demande pas à un âne nanti qui brait du Spinoza et qui rêve, d’aller vendre subitement des pommes de terre sur le marché en plein froid.

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  2. antoine valabregue

    Je dirais que l’Europe est une tentative de régulation de la diversité qui en ce sens ne peut qu’interroger les écologistes que nous sommes; l’identité se fait dans la différence acceptée et la force dans la paix. Je ne crois pas qu’on puisse dépasser cela, c’est pour cela que l’Europe Politique ne se fait pas.

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  3. Jean-Louis Tripon

    Je critique également l’idée forte chez Régis Debray qu’une transcendance soit nécessaire à la cohérence sociale, car pour moi un transcendant ne peut être que personnel, et que vouloir en faire un collectif, soutien d’une religion ou de quoi que ce soit, est une imposture et une perversion intellectuelle. L’Europe, en particulier, ne peut pas être chrétienne sans provoquer des clivages délétères, et me faire rejeter fermement, tout sentiment et toute idée d’appartenance européenne, et je ne suis sans doute pas le seul. Alors que la réalité des racines historiques franques, qui n’ont pas de caractère transcendantal, ne devrait gêner personne, sauf les saxons anglais qui oublient qu’ils ont une Queen franque.
    Je n’ignore pas que les agnostiques se désintéressent de la transcendance, au contraire de Régis Debray, quoique ses définitions conceptuelles me paraissent obscures, et il n’est pas le seul philosophe dans ce cas. Pour moi, il est clair que ce terme (transcendant) désigne le système métaphysique permanent qui régit et qui implique toutes choses inertes ou vivantes, inintelligible selon le principe de la non consistance des systèmes logiques de Gödel. Son inintelligibilité peut se comprendre du fait que le modèle de nos fonctions mentales soit une section de ce transcendant, et que la partie ne peut comprendre la totalité qui la contient. A coté de l’unicité de la réalité transcendantale, nous ne pouvons en avoir que des représentations personnelles, qui procèdent d’un acte de foi péremptoire distinct du phénomène de la croyance (qui s’accompagne d’un doute). Et c’est là, que si une croyance (comme croire en Dieu, ou en la science dominante) peut être collective, une transcendance ne peut pas l’être, car inintelligible.
    Cet argument résume toute mon opposition à la manière de penser et aux intentions floues de Régis Debray, et c’est pour moi non négociable, car je suis un être essentiellement fondé sur ma perception transcendantale.
    C’est un point beaucoup plus fondamental qu’on ne l’admet ordinairement, faute d’une conscience suffisante de ce problème, qui fait que les hommes ne peuvent pas s’accorder sur des croyances, mais uniquement sur des réalisations physiques, tangibles et concrètes, sur du faire et non du croire, ce dernier n’étant pas de nature à concerner la politique.

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