Nos qualia – Jean-Louis Tripon

Nos qualia – Jean-Louis Tripon

Nos qualia sont des phénomènes objectifs, dont nous ne pouvons pas nier la réalité mentale, que ce soit notre conscience révélatrice de contenus, notre capacité de juger, de vouloir, de prendre des décisions, d’éprouver des émotions (si nous ne sommes pas ataraxiques), de diriger notre corps, de nous souvenir, d’abstraire, et de trouver des solutions, d’aspirer à progresser, de valider nos apprentissages, et d’avoir confiance en soi malgré notre ignorance. Tous nos pouvoirs opératifs et leurs produits sont mentaux et sont des qualia. Nous pouvons les étudier et analyser leurs caractéristiques afin de mieux les exploiter. Mais ce ne sont pas des phénomènes mesurables, ni communicables, ni comparables, donc la science ne les reconnait pas. La science matérialiste ne reconnaît que l’existence de ce qu’elle peut physiquement mesurer. Ce n’est pas un biais mais une réduction de son champ d’étude aux méthodes d’expérimentation et de mesure qu’elle possède. Nier par contre qu’il ne puisse pas en exister d’autres est de la malhonnêteté intellectuelle, une pétition scientiste qui fait du tort à la science et ridiculise sa prétention à étudier la nature des choses. L’étude de notre entité sémantique, quelle que soit le nom qu’on lui donne, ne peut se faire qu’à partir des données de nos qualia, c’est à dire de nos expériences intimes non physiques. Faute de cette expérience nous ne disposons que de notre imaginaire pour construire des théories qui ne peuvent qu’être fausses. Cette pensée peut être aussi complexe que possible elle n’en reste pas moins illusoire, et votre courbe en cloche qui met au sommet des techniques de raisonnement et non des perceptions mentales objectives s’effondre faute de données valides. Par contre les règles formelles qui président nos formes de raisonnement sont des données objectives valides pour l’étude de notre pouvoir analytique.La connaissance de notre esprit en est restée au temps antiques des idées platoniciennes, de l’imaginaire et des données imaginaires, au niveau des fantasmes religieux, dans la démarche scientifique, comme dans la mystique. Ce qui caractérise le mystique ce n’est pas l’émotionnel, pas plus que le rationalisme ne caractérise le scientifique, car les deux élaborent leurs conceptions avec les mêmes outils, tous les hommes possèdent les mêmes outils et s’en servent pour être efficaces. Ce ne sont que deux formes de dogmatisme, un physicien est un mystique de la matière, et plus encore dans le domaine de la physique quantique, un mystique est plus tenté de croire au don de la grâce divine, mais le physicien croit tout autant à la magie de son intuition créatrice. Quels que soit les mots que nous pouvons attribuer à nos concepts représentatifs des choses, si ces concepts ne sont fondé que sur de l’imaginaire, les concepts sont faux, et les mots, ou plutôt les signes, une réalité physique vide de sens. 

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Jean-Louis Tripon

Ingénieur géomètre INSA Strasbourg, Chercheur théoricien en sciences mentales, Créateur de la méthode DMS, Président fondateur de l'AFDMS. Directeur du social networking service Sic Itur

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