Paradoxe sémantique

Paradoxe sémantique

Du sens

Nous sommes des êtres de sens, des être sémantiques, tout en nous est sens, même nos perceptions physiques du milieu qui nous entoure, même les perceptions de notre corps et encore plus celles de notre esprit, sont du sens. Nous ne percevons que nous-mêmes, que nos représentations des choses externes et internes à ce que nous sommes, et tout ça constitue notre réalité mentale avec ses règles et ses contraintes. Ne nous leurrons pas, Il n’y a pas d’un coté une existence physique perçue telle qu’elle est, et de l’autre une illusion ou un songe mental, car tout ce que nous vivons est de nature mentale, même si l’hypothèse d’un monde physique obéissant à des lois physiques immuables est une hypothèse cohérente. Ni les couleurs, ni les saveurs, ni les sons que nous percevons, n’existent réellement dans la nature extra-individuelle chère à Albert Einstein, il résultent d’une création mentale propre à organiser et distinguer les choses qui sont utiles à notre survie. Car ce qui compte pour nos êtres ce n’est pas la connaissance inutile des choses, mais les savoir-faire qui nous permettent de survivre, et nous avons besoin de ces représentations qui loin d’être illusoires nous permettent de survivre.

Toutes ces représentations, tout ce sens qui n’appartiennent qu’à nous seuls sont des qualia, des expériences sensibles mentales intimes complexes, car nous sommes des être infiniment complexes. Nous-mêmes n’avons pas une bonne connaissance de tout ce que nous sommes. Et de plus, nous sommes des êtres faillibles, hésitant entre ignorance et croyances non avérées. A tout cela s’ajoute que nos qualia sont par nature ineffables, intransmissible et non comparables d’une personne à l’autre, ce qui fait de chacun de nous un être vivant singulier, solitaire, et abandonné sur notre île déserte quoique nous puissions croire, pour combler notre besoin affectif de partage. Et tout ceci, pose le cadre du problème de la communication, formellement impossible, entre tout ce que nous-sommes, à l’aide l’un langage de signes signifiants.

Du signe linguistique

Le signe est une microforme, une consistance qui lui permet d’exister d’une façon équivalente dans les substances physique et mentale. Si au plan physique son architecture est concrète, au plan mental elle est virtuelle. C’est cette architecture que les êtres vivants peuvent associer à du sens afin de tenter d’exprimer leur pensée et de la communiquer. Si tous les supports d’architecture sont potentiellement susceptibles de constituer des signes linguistiques communicables, et s’il existe une communication chimique chez certaines plantes et certaines espèces d’insectes sociaux, c’est le support sonore et infrasonore qui fut privilégié et développé par les animaux supérieurs, les mammifères terrestres et marins et les oiseaux, et en particulier chez les hominiens avec la parole articulée. Ce n’est que tardivement, il y a environ cinq mille ans que l’homo sapiens, notre espèce, a commencé à utiliser un support graphique, l’écriture, un code paralinguistique substitut et auxiliaire de la langue articulée, afin de pouvoir conserver des signes dans la durée et de constituer des bibliothèques pérennes de signes. Une multitude d’autres codes sémiotiques sont apparus : pavillons, morse, sémaphore, prosodiques, kinésiques, pratiques et programmatiques, comme le code de la route, tous dérivent plus ou moins de la langue articulée et en conservent au moins partiellement la structure et la syntaxe.

Nous associons volontairement, plus ou moins consciemment, des signes à notre champ sémantique. Cette opération automatique est injective univoque, non réciproque, c’est-à-dire que la relation du sens au signe est faible. C’est ainsi, qu’un signe préalablement associé nous suggère immédiatement du sens, même s’il est flou et paradoxal, alors que du sens peut ne nous évoquer aucun signe (Nous disons alors que nous avons le mot sur la langue !.. Et s’il nous revient ! Ah ! Mais oui, c’est bien sûr ! Suis-je bête !). Notre champ sémantique s’étend dans des espaces virtuels qualitatifs continus de sens, alors que les signes sont une multitude d’éléments discontinus. Ce sont deux formes essentiellement différentes, il ne peut donc pas y avoir de relation réduplicative du sens au signe.

Le signe linguistique ne porte en lui aucun sens intrinsèque, sauf par la suggestion d’une image s’il est pictographique ou idéogrammatique, comme le sont les écritures anciennes, telles que les hiéroglyphes ou la première écriture chinoise. C’est la relation d’indépendance du signifiant au sens, conventionnelle, même si cette relation floue peut être dans certains cas plus ou moins implicite. Plus qu’un désignatif de sens, le signe est un miroir du sens présent et constituant notre champ sémantique, son sens implicite serait donc en contradiction et une altération du sens qu’il réfléchit. Le signe ne peut réfléchir que ce qui est présent dans notre champ sémantique, et non ce qui y est absent, dans ce cas il y a psittacisme, c’est à dire du signe vide de sens pour notre personne, sans préjuger d’autrui. Il est une évidence que le sens réfléchi par le signe n’est pas immuable, mais évolue avec le champ sémantique qui ne cesse de s’enrichir de nos expériences successives.

Nos signes sont trop peu nombreux relativement aux indénombrables contenus de notre champ sémantique, pour pouvoir être associés à notre événementiel. Aussi, nous les associons aux sens généraux de nos catégories de sens, telles qu’elles résultent de la distinction de notre fonction analytique. Un événement ou un contenu particulier devra donc être exprimé par un groupe de signes, une proposition complexe. Par ailleurs à coté de cette association volontaire, il existe un système de codification interne formel qui préside à l’architecture et au rangement de notre champ sémantique au sein de notre mémoire.

Il nous faut bien comprendre que les signes que nous utilisons pour nous exprimer sont associés à notre propre sens, présent dans notre champ sémantique, que ce champ est unique au monde du fait de notre altérité, et que nous ignorons tout du sens auquel les autres associent les même signes, dont nous ne pouvons formellement pas avoir accès car ce sont des qualia personnels intimes.

Indicible sens qualique personnel

Il faut rappeler que la sémantique comme la linguistique ne sont pas prescriptives mais descriptives. La prescription correspond à la norme, c’est-à-dire ce qui serait jugé correct par les sémanticiens et les linguistes. À l’inverse, ces sciences se contentent de décrire la langue et le sens tels qu’ils sont et non pas tels qu’ils devraient être. Or personne ne peut imposer un sens conventionnel normatif donc prescriptif, éventuellement le sien, le seul qu’il puisse connaitre, aux autres. Le croire, croire donc à l’existence d’un signifié extra-personnel (ou collectif), c’est croire au monde magique de père UBU, où le roi UBU impose son sens au autres par un moyen fantastique, hors des lois et des principes qui régissent la conscience et le sens des êtres vivants. Notre sens linguistique est un quale, un quale sémique, une espèce particulière de quale subjectif, explicatif des mondes physique et mentaux qui nous entourent et que nous sommes. Or comme tout quale, il est ineffable, incommunicable, et non codable par notre cerveau ou une machine, donc indicible, et formellement indescriptible par un langage linéaire de signes articulés.

La parole et l’écriture sont dictés par l’acte de penser qui désire s’exprimer. De fait la parole et l’écriture sont concomitantes, c’est-à-dire en présence, de la pensée que nous désirons traduire. Il en résulte un amalgame entre le résultat des actes de parler ou d’écrire, et la pensée. Cet amalgame est confusionnel, car il a tendance à faire éprouver et croire au locuteur qu’il exprime non seulement correctement, mais aussi la totalité de sa pensée, ce qui non seulement est impossible, mais aussi en général très inférieur de ce qu’il aurait lieu de faire pour se faire bien comprendre. Il en résulte des quiproquos et aussi des réactions des interlocuteurs du genre de : “Mais qu’est-ce que tu racontes, j’y comprends rien, exprime toi mieux”, qui sont parfaitement justifiés du fait des lacunes ordinaires du dire des personnes relativement à ce qu’elles pensent, bien au delà du problème de la traduction ou description de notre sens qualique par un langage linéaire articulé.

Communication imaginaire

Nous imaginons tout ce qui nous entoure, et le sens de l’autre n’y échappe pas. Etant incapables de percevoir le sens de l’autre tel qu’il existe dans son esprit, nous imaginons la réalité du sens de l’autre, en fonction de notre propre sens. C’est l’essentiel du paradoxe sémantique, il nous est formellement impossible de communiquer notre propre sens à l’autre, et nous sommes contraints d’imaginer son propre sens.

Evidemment, nous ne pouvons imaginer le sens de l’autre qu’à partir de notre propre sens, à partir de ce que nous percevons vrai ou faux de nous-mêmes. Donc nous percevrons le sens de l’autre qu’au travers des qualités et des antinomies de nos propres sens. Et donc, nous ne cessons de vivre avec les autres dans le bocal de nos palettes qualitatives, dans un monde imaginaire que nous transportons avec nous-mêmes, bien éloigné de la réalité résultante de l’altérité de chacun.

Enfin et de plus, cet imaginaire qui nous est imposé par la force des choses, et qui est soutenu par notre empathie et notre interprétation émotionnelle des mimiques et du ton de l’autre, nous avons tendance à le confondre, si nous n’y prêtons suffisamment garde, avec la réalité ignorée du sens de l’autre, qui nous demeure inaccessible, une relation qui nous est donc pratiquement invérifiable.

Stress sémantique

La difficulté que nous éprouvons à communiquer notre sens à l’autre et dans une moindre mesure, les incohérences apparentes du sens de l’autre, l’impossibilité à lui faire entendre raison, et tous les quiproquos qui en résultent, peuvent nous créer et lui créer un stress particulier que nous nommons le stress sémantique.

Rappelons cette phrase d’Alfred Korzybski dans L’introduction (B. 2.) de son ouvrage majeur, Science and Sanity :

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Citation

The present day theories of meaning are extremely confused and difficult, ultimately hopeless, and probably harmful to the sanity of the human race.


Que nous traduisons par :

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Citation

Les théories actuelles des significations sont extrêmement confuses et difficiles, ultimement sans espoir de solution, et probablement nuisibles à la santé de l’espèce humaine.

Si nous avons élaboré l’ébauche d’une théorie sémantique entièrement nouvelle, rejetant la théorie et les concepts de Ferdinand de Saussure, afin de tenir compte et de respecter la nature du sens dans notre esprit et dans notre mémoire, et si nous pouvons proposer quelques améliorations dans nos cours, il n’en reste pas moins que l’incommunicabilité formelle de notre propre sens à l’autre, et l’imperception constatée de son propre sens, n’en demeurent pas moins des obstacles infranchissables.

Cependant, après avoir compris la vraie nature du sens et les contraintes naturelles posés par la communication, accepté et assumé l’impossible et ses conséquences, sans chercher davantage à le vaincre, nous pouvons nous débarrasser de ce stress sémantique tout en améliorant notre capacité à communiquer.

Au delà de l’impossibilité de transmettre directement notre pensée, nous ne partageons pas les mêmes sens, l’inverse supposerait que nous ayons tous le même niveau de culture et d’évolution mentale, la même expérience du monde, de nous-mêmes et du sens, un déni de réalité. La sémantique ne devrait donc pas s’attacher à l’étude du sens des termes, mais à celle des propriétés du sens, et puisque le sens précède le langage, la linguistique devrait rattacher le langage au sens et non le sens au langage.

Mon sens personnel

Mon sens personnel est le seul que je puisse connaître, car malgré une empathie qui m’aide à comprendre l’autre, je ne peux pas pénétrer réellement la pensée de l’autre, n’en déplaise aux prétendus médiums, clairvoyants, magnétiseurs et imposteurs à tendances sectaires. La transmission de pensée à pensée nous est formellement impossible, ceci afin de protéger notre souveraineté sur notre mental. des velléités avides de pouvoir et de domination des plus mentalement forts sur les plus faibles. Pensez bien que si c’était possible, voilà déjà longtemps que vous seriez tous mes esclaves. Donc, c’est une très bonne loi mentale de conservation et de protection des êtres singuliers.

Pour devenir des êtres harmoniques il nous faut réduire les dissonances normatives et cognitives éparses de notre champ sémantique. Donc, si en une première période de notre vie nous avons engrangé de nombreuses informations qui ont fait sens en nous dans l’espoir de combler notre ignorance du monde et de nous-mêmes, nous devons dans une seconde période nous libérer de tout un fatras inutile et dissonant pour nous contenter de la valeur de nos savoir-faire.

Le sens des autres

Le sens des autres, je l’ignore, mais je l’imagine. Le sens des autres c’est donc ce que j’imagine être des autres.

Une information, ce n’est pas encore du sens. Par exemple : “Le petit chat est mort” est une information, une proposition qui ne devient du sens que quand elle s’intègre dans le contexte de notre mental par : “Je pense, je sais, j’analyse, je ressens, je juge, je regrette, etc., dans ma veille ou dans mon rêve, etc., que le petit chat est mort”. Aristote comme Wittgenstein et la plupart des logiciens font abstraction de ce contexte mental. Wittgenstein va jusqu’à nier expressément ce contexte, tant il aspire à la représentation par la logique d’un monde extra personnel, une représentation qui se suffirait à elle-même et n’aurait pas besoin de lui pour l’exprimer : « la logique n’est pas une théorie mais une image réfléchie du monde » (Wittgenstein Tractacus 6.13), il se considère comme un fait (W.T.1.1). C’est une erreur fondamentale, car sans la conscience de nos êtres, il n’y a rien qui puisse révéler l’existence de ce monde.

Nous devons nous protéger des dissonances normatives et cognitives des autres, donc loger ce que nous apercevons, même inexact, de leurs sens, dans un espace virtuel particulier étanche de notre champ sémantique. Si nous pouvons réguler notre propre sens pour devenir harmoniques, nous ne pouvons pas réguler le sens du monde.

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Jean-Louis Tripon

Chercheur théoricien mentaliste, ingénieur géomètre INSA, expert en sémantique holistique, expert en sciences mentales, Harmonique de Pleine Conscience Holistique Ataraxique (HPCHA), dualiste de substance, métaphysicien athée, créateur de la méthode DMS, président fondateur de l'AFDMS.

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