Passion pour la musique

Passion pour la musique

La passion pour la musique est une addiction propre à vous maintenir dans un état de débilité mentale..

David Millemann

DM. Je ne peux bien évidemment pas passer devant ce postulat sans réagir et apporter un avis et quelques contre-arguments. J’affirme plutôt l’exact inverse de ce qui est dit là d’ailleurs.

En premier point, pour disséquer la sentence, je ne considère pas la passion (du point de vue du musicien) comme une addiction mais plutôt comme la manifestation d’un vouloir fort; vouloir comprendre quelque chose, vouloir faire et être à travers (entre autre) un domaine en particulier (les passions de l’avoir sont déjà plus critiquables et la notion de “collection” pourrait déjà plus facilement être liée à une aliénation.). Mais il s’agit bien là d’une notion de progrès pérenne, d’expérimentation, d’une quête de l’apprentissage. Du point de vue du spectateur, c’est aussi la recherche d’un état de conscience modifié tout comme le développement d’une connexion intime conditionnée avec des “déclencheurs” sonores à ces états et une volonté de développer une conscience collective. Une madeleine sonore qui permet de convoquer de nombreux états émotionnels, états d’esprit, de mémoire etc. Et pour devancer l’argument que le DMS permets ceci, je réponds d’emblée que je ne vois aucune raison qui justifierait de ne pas multiplier les portes d’entrée à son univers mental propre ou si cet état est permanent et “omniscient”, qui justifierait de ne pas le connecter à tous les medium qu’il nous plairait de développer et partager.

Sur la débilité mentale, je ne vois pas ce qui pourrait la signer et qui serait particulièrement lié à la musique plus qu’à tous les phénomènes de foule.

Si on s’intéresse au point de vue du spectateur, le spectacle vivant est surtout un moment d’égrégore. C’est l’un des rares moments où une foule peut perdre son “je” au bénéfice d’un “nous”. Là où la chose devient très pertinente quand elle est liée à la musique c’est qu’en plus tout ceci se fait autour de quelque chose d’extrêmement abstrait (bien plus que du théâtre ou du cirque). La musique n’a aucun support, à part l’air et les esprits, elle est d’une nature extrêmement chaotique et selon les échelles à laquelle on l’analyse, elle peut même devenir d’une complexité totalement insondable. Elle amène aussi la possibilité d’accéder à toute une variété de transes autant du point de vue de la source que du récepteur, des transes très spécifiques dont je ne suis pas certain qu’elles puissent être atteinte par d’autres moyens (notamment les transes liées aux rythmes. Même si certaines tribus du nord l’atteignent par la respiration, ça reste une respiration rythmique basée sur des “chants” et donc de la musique)

N’oublions pas aussi que malgré tout, la musique peut souvent être un support de réflexion, si elle possède un message politique ou poétique.

Je pense que le problème fondamental ne réside pas du tout dans la passion pour la musique mais plutôt dans la manière dont l’industrie, la finance et la politique l’instrumentalise et la conditionne afin d’en faire un produit fade et aliénant comme ils le font avec tout ce qu’ils touchent.

Au passage, j’ajoute qu’il existe aussi de très nombreux courants musicaux (dont certains qui tendent vers l’ataraxie).

En résumé, je pense que pour des néophytes, la musique est un superbe moyen de commencer à s’intéresser à sa propre vie mentale et à déclencher des expériences mentales très facilement, de manière universelle et sans techniques. Que pour les personnes un peu érudites, elle est un outil qui permet beaucoup de jeux et d’expériences de cet ordre, que pour les “experts” elle devient assez vaste et exhaustive pour être un support à n’importe quoi et se lier à toute une partie de l’expérience de vie. Quelqu’un de vraiment passionné ou expert en musique, peu convoquer n’importe quelle musique dans son esprit (y compris celles qui “n’existent” pas) et se faisant créer un cadre permanent, maitrisé, à toute sa vie mentale. Quand je médite, j’écoute mes acouphènes, j’en crée de nouveaux et de la musique naît de ces fréquences, c’est en général le point de départ de mes états méditatifs.

En tant qu’art c’est aussi un terrain de recherche qui comme tous les terrains de recherche finit par aboutir, si on a un esprit d’analogie à n’importe quel sujet (particulièrement les sciences sociales, la philosophie et le mysticisme).

Jean-Louis Tripon

JLT : Il y a des aveugles, et moi je suis amusique. Je perçois les sons mais tout rythme musical me perturbe jusqu’à la nausée, même des choses assez douces et d’un faible niveau sonore. Certains accords m’affectent plus sans doute que d’autres, la puissance du son aussi, mais je remarque qu’au même niveau de décibels, je supporte mieux un bruit quelconque qu’un rythme, que le bruit des vagues de l’océan me perturbe beaucoup, je ne pourrais pas vivre près d’une plage.
Des cinq arts classiques, la musique est le seul qui, par le son et le rythme, peut être agressif pour notre cerveau, les ultrasons et les infrasons peuvent affecter les neurotransmetteurs et provoquer des troubles du sommeil. Les autres arts sont muets, les trois premiers : l’architecture, la sculpture et la peinture sont des arts visuels, et le cinquième : la poésie, qui comprend la littérature, est un art conceptuel. Je suis un hyper visuel et un hyper sensible, j’entends une fourmi marcher sur le sol à dix mètres, et les sources murmurer dans le sol, toute la surface de ma peau me démange en permanence. Evidemment, avec mon handicap, la musique est pour moi un monstre de tortures que j’évite.
Il faut distinguer chanson et musique. Vous David, vous êtes un compositeur de musique, vous produisez des choses assez sophistiquées qui s’adressent à une certaine élite de connaisseurs, alors que la chanson est destinée à un public populaire plus large, en général plus jeune et moins mature. La chanson est un mixte de musique et de poésie. J’adore la poésie et en particulier celles de Jacques Brel, des Beatles et de Bob Dylan. Brel méritait un Prix Nobel de littérature, et justice a été rendue en 2016 par le Prix Nobel de Bob Dylan.
Vous faites référence à des chants sacrés, à des rythmes qui peuvent vous emporter dans des transes hypnotiques, des états de conscience modifiés. Vous dites avec juste raison que ces musiques sont spirituelles, mystiques, qu’elles constituent des trésors de l’humanité. Une de mes amie Jacotte Chollet réalise de la musique multidimensionnelle thérapeutique.
Mais il faut aussi considérer la musique comme un phénomène social agissant sur les émotions des masses, directement sur les cerveaux, ce que les autres arts cités ne font pas, que c’est donc un psychotrope puissant, et que tout psychotrope peut mener par l’accoutumance à une addiction, avec des conséquences qui au delà du nuisible peuvent se révéler indirectement létales. Vous connaissez, mieux que moi, tous les grands musiciens qui sont mort d’une overdose de drogues ou de médicaments, sans qu’il me soit nécessaire de le rappeler. Personnellement, j’ai connu une femme qui se réfugiait des heures durant dans l’état soporifique procuré par la musique, pour échapper à la réalité du monde et à ses souffrances psychiques. Et aussi une jeune fille qui s’abrutissait d’ecstasy dans des raves parties hard techno à la limite de la douleur auditive, avec les fourgonnettes du Samu qui attendent les jeunes en overdose des drogues frelatées, dont il se gavent dans ces événements recherchés, à la sortie. Ce sont des choses qui ne peuvent pas survenir avec un art comme la peinture. Vous dites que la musique est propre à déclencher des expériences mentales très facilement, tout autant que les drogues auxquelles la musique forte est souvent de nos jours associée. Tout ce qui est facile est dangereux, et n’est pas comparable à ce que les véritables maîtres de leur mental peuvent atteindre.

Le groupe Rosenkreuz

Le nom du groupe Rosenkreuz a attiré mon regard. C’est déjà une appropriation abusive d’un nom d’un personnage légendaire d’un très haut niveau de réalisation spirituelle et un symbole respecté par des ordres initiatiques et maçonniques : La Rose + Croix. C’est donc un plagiat infâme, qu’ils associent dans leur slogan à la pornographie et à la drogue. C’est à vomir ! Comment ce groupe se présente-il ? Du noir satanique, des bottes, tes tatouages, des armes, des bagues à tête de mort, une cravache. Une image de cruauté, de violence et de haine. Quelle est l’ambition de cette petite bande que tu connais peut-être ? Ramasser du fric en déclenchant de l’hystérie par l’exploitation des faiblesses émotionnelles les plus laides de l’humanité ! Quel exemple donnent-ils aux jeunes ? De l’égotisme sordide et de la révolte névrotique. Et quand un truc comme ça arrive sur la Grand Place d’un village comme le mien, tout le monde en ramasse dans un rayon de cinq cent mètres, qu’on le veuille ou non, car la musique n’est pas un art de l’intime, mais un art aliénant qui s’impose dans de vastes espaces. Ces types doivent sans doute produire du pire du pire à déchirer les oreilles. Ces gamins se détruisent, et ils trouvent malin de détruire les autres. Ils témoignent d’un phénomène social qui s’est emparé de la musique au cours du siècle dernier : Une explosion de violence pathologique qui rejoint la barbarie de notre temps, à l’opposé de toute sagesse, de toute éthique et de toute raison. Ce qui justifie cette phrase d’en-tête : “La passion pour la musique est une addiction propre à vous maintenir dans un état de débilité mentale”.

DM : Si on se place du côté du récepteur, dans le sujet musical, les aspects psychoacoustiques sont prépondérants sur le phénomène physique. Le phénomène de gêne, de malaise est beaucoup généré selon l’auditeur, par lui et la manière dont son conscient cherche quelque chose dans le son, ou la manière dont son inconscient résonne avec ce qu’il entend. Si certains accords mettent mal à l’aise, ou que le rythme génère des gênes, je pense que c’est un rapport étrange à l’abstrait (il n’y a rien d’étonnant à ce que dans ce cas ci, ce rapport soit assez spécial pour un ataraxique qui travaille à maîtriser ses fonctions mentales.) Ce qui est certain, c’est que la musique est par essence abstraite et extrêmement complexe et chaotique. Il est fort possible qu’à un certain degré de conscience, l’attention se focalise sur des micros phénomènes (ou des phénomènes qui se déroulent à des échelles ordinairement peu considérées, tels les battements mathématiques des différentes phases des sons superposés ou les tensions qui naissent des décalages de tempérament). Ce qui est génial avec tout ceci, c’est qu’il ya de très nombreux niveaux de lecture (d’écoute devrais-je dire) et moyen de trouver tout ce qu’on cherche (si l’on sait naviguer et qu’on en a le vouloir).

J’écoute de toute les musiques, depuis la plus savante et étrange, jusqu’à la plus populaire et même, par le passé, j’ai pu travailler pour l’industrie et voir à quel point il n’y a parfois aucun autre propos que celui d’occuper le cerveau des gens entre deux pages de pub. Ce que je veux dire par là, c’est que la musique a souvent une fonction (parfois cachée) et que lorsque l’art produit quelque chose de néfaste, il est fort possible qu’il y’ait plus à critiquer du côté de l’esthésique que de la poïétique.

Une chose très importante dans les musiques (actuelles amplifiées) du XXème et XXIème est la dimension politique ou philosophique. Comme dit plus haut, parfois la musique n’est qu’un prétexte à véhiculer une poésie ou un opinion, mais parfois, ça va plus loin.
Sur le “club des 27”, il est certain que mourir si jeune n’est pas enviable, néanmoins, ces personnes sont allé au bout d’une philosophie. Ils ont poussé la notion de liberté à son paroxysme, y compris jusqu’à prôner la liberté de se détruire. Par certains aspects, pouvoir choisir de se détruire reste un des sommet de la liberté. Dans le même genre d’ordre d’idée libertaire, l’amour libre, la drogue font partie de la chose. Les artistes sont un peu la boussole de la société, selon les thèmes qu’elle impose, les artistes s’en emparent et déclinent la chose de toutes les manières et avec mille variantes. Ainsi, au milieu du XXème, la société poussait le libéralisme et son cheval de Troie était la liberté, ce n’est pas étonnant que des artistes aient poussé ça au bout. Le consumérisme à suivi et maintenant, on voit dans le mainstream (hip hop américain notamment) un sacré délire consumériste. Le jeu est souvent ambigüe entre la critique et l’abus de certain concepts mais ceci dit, il ne s’agit que de poïétique et ce qui compte c’est le chemin esthésique que le propos va faire et quoi qu’on en pense, ce chemin est toujours positif, il invite à penser et c’est une bonne chose.

Sur Rosenkreuz, comme sur d’autres groupes parfois bien pire encore, il faut garder à l’esprit qu’il existe une certaine vision de la critique par l’irrévérence. Selon ce principe, un artiste doit être applaudit pour des actes qui seraient répréhensibles autrement. L’artiste porte aussi parfois une fonction, un peu comme le bouffon, le transgressif, c’est vieux comme le monde. Selon nos convictions, il est certain qu’on peut trouver que ça va trop loin, mais c’est une partie de l’écosystème humain qu’on ne peut pas négliger. Je n’aime pas les arthropodes mais je sais pourquoi ils sont là et en quoi, malgré tout ce qu’ils m’inspirent de négatif, ils sont indispensables à ma propre survie. Je conçois certain courants artistiques comme tels, ils sont une catharsis sociétale et on a besoin de ceci aussi.

Sur la drogue et les addictions, je crois que l’addiction à la musique est très légère et qu’on s’en passe facilement. Et même, la plupart des musicologues que je connais ou du moins les personnes ayant une maîtrise de leur écoute en viennent à n’écouter que très peu de musique très choisie et tendent à beaucoup apprécier le silence. Pour ma part, j’en écoute pas mal, mais j’ai développé une telle résistance à sa diversité qu’il me faut maintenant des sentiments très forts pour me faire de l’effet.

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Ennéa Almeshin

Ennéa Almeshin est l'avatar féminin de Jean-Louis Tripon. Elle est Pei Jing, Première ministre de la RP de Chine dans le roman ATARAX. Elle prétend venir de la troisième planète invisible de l'étoile Aldébaran dans le Taurus, et que Jean-Louis Tripon est son avatar Frawen favori.

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