Relation à la mort

Relation à la mort

LA MORT
« La mort est le sacrement le plus solennel du monde », affirme Léon Tolstoï.
Le grand tour de force de l’ascèse mystique, c’est la métamorphose de la « reine des épouvantes » (Job, 18,14) en « un ange souriant portant la gerbe d’âmes » (Victor Hugo, Mors).
L’expérience courante et la raison naturelle sont parfaitement incapables de soupçonner la possibilité d’une pareille métamorphose. Cependant l’homme ordinaire, le non–mystique, peut trouver, dans l’émotion esthétique et dans l’intuition poétique, un moyen d’approche de la vérité mystique. C’est surtout devant le problème de la mort que la parenté entre poésie et mystique apparaît avec le plus de force.
Ce qui montre bien qu’un vrai poète est toujours un « voyant », et que la mort apparaît essentiellement à ses yeux avec sa majesté et sa grandeur d’accomplissement, c’est le cas de Rilke, poète du refus de la transcendance et pourtant, en même temps, poète de la mort comme suprême expression de la vie. Parce que Rilke est vraiment poète, « voyant », il est un pré-mystique, malgré son attitude négative en matière religieuse. Le monde où accède le poète, et où il réussit à nous introduire parfois, se trouve entre ciel et terre, nature et surnature. Son rôle est de nous entraîner jusqu’aux limites, et même au-delà des limites, de notre être. Par son génie même, il est d’emblée entre les deux mondes, et selon son tempérament ou son courage, il passe au-delà en essayant de nous entraîner à sa suite, devenant ainsi le guide, le « mage » (au sens hugolien), ou bien, s’il ne supporte pas les solitudes glacées, il redescend parmi nous pour devenir amuseur public ou ornement de salon en rabaissant son art au niveau d’un « joueur de quilles ». (C’était l’idée que se faisait Malherbe de la « fonction du poète ».)
Rilke, toute sa vie est resté le poète pur, en l’air, incapable de s’envoler définitivement, de faire sa « percée en Dieu », comme dit Maître Eckhart, et en même temps incapable de redescendre parmi les hommes et de prendre vraiment au sérieux les ombres de la caverne. C’est pour cela que la mort a chez lui cet aspect merveilleux de grandes choses mystérieuses qui nous élève et nous accomplit, mais demeure obscure et troublante. La mort de Rilke n’est pas encore la mort mystique, mais son cas montre clairement que pour celui qui a une vie profonde et le sens du mystère des choses, il n’est pas besoin d’une foi positive, ou d’une expérience transcendante, pour que la mort perde son aspect « primaire » d’échec brutal et absurde et revête une splendeur d’apothéose. Dans la troisième partie du Livre d’Heures, le Livre de la Pauvreté et de la Mort, au titre typiquement « weilien », il demande :
« Ô mon Dieu, donne à chacun sa propre mort, donne à chacun la mort née de sa propre vie où il connut l’amour et la misère. Car nous ne sommes que l’écorce, que la feuille, mais le fruit qui est au centre de tout c’est la grande mort que porte chacun en soi ».
Avec Baudelaire nous avons affaire à un poète religieux plutôt que croyant. (Sa conversion est postérieure aux Fleurs du mal). Lorsqu’il pense à la mort, elle lui apparaît le plus souvent sous son aspect de repos absolu, de néant auquel il aspire par lassitude. C’est le cas, par exemple, dans le Goût du néant. Chacune des trois strophes se termine par l’expression du désespoir ou l’aspiration à la nuit :
« Résigne toi, mon cœur ; dans ton sommeil de brute.
Le printemps adorable a perdu son odeur !
Avalanche, veux-tu m’emporter dans ta chute ? »
Cet aspect nihiliste de la mort se retrouve dans beaucoup d’autres poèmes des Fleurs du mal, comme par exemple La Fin de la journée, L’Examen de minuit, etc., mais des poésies comme Le Voyage, ou La Mort des Pauvres se transposent par l’effet de leur élan interne en effusions d’allure nettement mystique.
Ce « portique ouvert sur les cieux inconnus », Victor Hugo l’a franchi (poétiquement s’entend) et la mort trouve en lui son plus grand poète de langue française. Elle est, dans toute son œuvre une hantise constante et un espoir lumineux constamment réaffirmé. Dans Mors il nous montre, avec sa puissance hallucinatoire unique les deux aspects de la mort : le visible, le mystique.
Le premier est longuement décrit dans la première partie, dix-huit vers :
« Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ…
Tout était sous ses pieds deuil, épouvante et nuit. »
La seconde partie, dont la brièveté saisissante est encore mise en valeur par le contraste avec la première, balaye, d’un seul mouvement, la vision sinistre et la remplace par un tableau de lumière :
« Derrière elle, le front baigné de douce flamme,
Un Ange souriant portait la gerbe d’âmes. »
Avec ce poème nous sommes déjà au niveau mystique, mais il ne s’agit encore que d’une mystique vue ou entrevue. L’expérience de la mort comme libération transcendante ne peut pas trouver sa pleine expression dans l’élan du poète, aussi grand soit-il, mais seulement dans la « détente » de l’expérience mystique en poésie. Avec une Thérèse d’Avila ou un François d’Assise nous avons maintenant à faire au mystique qui utilise la poésie comme instrument le moins imparfait qui puisse faire entrevoir aux prisonniers de la caverne la joie de la délivrance.
Sainte Thérèse, avec sa passion dévorante, « hispanique », chante la douleur de ne pouvoir se fixer tout de suite et à jamais dans l’au-delà, dans la joie de l’union divine déjà expérimentée dans l’extase. On se sent, cette fois, devant quelque chose de vécu non rêvé :
« Achève donc enfin de me quitter,..
Ô mort ; viens donc ; je t’en supplie.
Je me meurs de ne point mourir ! »
Et avec François d’Assise la mort est enfin intégrée dans l’hymne à la joie et accueillie comme une sœur de lumière qui apporte la paix de l’accomplissement dans l’amour :
« Laudato si, mi Signore, per sora nostra Morte corporale !… »
Le plafond du poète et le plancher du mystique. Gaston Kempfner
Extrait de l’ouvrage « La philosophie mystique de Simone Weil », éditions La colombe, 1960, pp 176-177 et 186-193

Pour moi notre mort est un événement ordinaire gouverné par les mêmes lois qui régissent tout ce qui existe et ce qui vit. Vouloir en faire un événement mystique, c’est en espérer un salut spirituel, qui montre notre faiblesse. Quant au sacrement dont parle Léon Tolstoï, cela ne révèle que son aliénation religieuse. Et la poésie dont vous parlez ici, n’est qu’un fatras de sottises imaginaires d’esprits tourmentés par leur émotions, raison pour lesquelles je n’aime pas ce texte, qui me parait particulièrement débile, et excuser bien des faiblesse les plus communes des esprits humains.
Il est vrai que nous ignorons pratiquement tout de ce qui peut nous arriver après la destruction de notre corps biologique, ce qui ne change pas grand-chose puisque nous ignorons aussi presque tout de tout le reste. Nous avons la faiblesse de vouloir combler nos ignorances par des croyances que nous nommons : nos connaissances. Ceci est vrai pour tout, même si certaines de nos croyances sont plus exotiques que d’autres, mais la réalité des choses pourrait nous surprendre si nous pouvions la percevoir et non l’imaginer. Etre fort, c’est n’avoir aucune connaissance, mais des savoir-faire. Et être harmonique, c’est n’avoir aucune dissonance cognitive, pour n’avoir aucune connaissance imaginaire illusoire. Ce problème et cette difficulté de l’acceptation de notre ignorance formelle, est un point fondamental en philosophie, et un seuil à partir duquel peut commencer notre démarche spirituelle évolutionnaire au-delà de la néoténie de l’espèce humaine.

Ennéa Almeshin

Ennéa Almeshin est l'avatar féminin de Jean-Louis Tripon. Elle est Pei Jing, Première ministre de la RP de Chine dans le roman ATARAX. Elle prétend venir de la troisième planète invisible de l'étoile Aldébaran dans le Taurus, et que Jean-Louis Tripon est son avatar Frawen favori.

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