Suis-je mon cerveau ?
Markus Gabriel

Suis-je mon cerveau ?

SUIS-JE MON CERVEAU ?
LA PHILOSOPHIE FACE AUX NEUROSCIENCES

Par Markus Gabriel – Professeur de philosophie à l’Université de Bonn 
Animée par Emmanuel Faye – Enseignant-chercheur à l’Université de Rouen Normandie Laboratoire ERIAC
Mardi 7 novembre à 17h30, UFR Sciences et Techniques – Place Émile Blondel Amphi Rosalind

Notre conscience est-elle réductible à notre cerveau ? Notre moi n’est-il déterminé que par la biochimie ? Les neurosciences ne remettent-elles pas en cause l’idée que nous serions libres ?

Markus Gabriel, auteur de Pourquoi je ne suis pas mon cerveau (Lattès, 2017), entend montrer avec verve et clarté les ressources de la philosophie face à ce qu’il nomme avec humour le « neurocentrisme », doctrine selon laquelle le moi serait identique au cerveau.

Il présentera notamment sa critique du transhumanisme.

Entretien avec Markus Gabriel :

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis titulaire de la chaire d’épistémologie, de philosophie moderne et contemporaine de l’Université de Bonn.
Je suis également directeur du Centre international de philosophie et je suis intervenant dans de nombreuses universités (dont Paris 1, Berkeley, PUC-Rio de Janeiro, Lisbonne et ailleurs).

Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur cette thématique de recherche ?

En fait, je me suis intéressé à ce sujet lors d’un séjour à Berkeley en 2013. J’ai vécu à San Francisco dans un atelier d’artiste. Tout le monde à Berkeley et dans le monde artistique était attiré par la neuroscience et la philosophie de l’esprit et ils m’ont fait prendre conscience du fait qu’il y a quelque chose de fondamentalement faux dans la vision du monde selon les californiens.

Pouvez-vous expliquer le terme “neurocentrisme” ?

Le “neurocentrisme” est une double idéologie. D’une part, cela consiste à identifier qui nous sommes en tant que personnes et ce que nous faisons avec les structures et les événements dans notre cerveau. D’autre part, il projette notre connaissance du cerveau dans le passé afin d’expliquer toute l’histoire humaine comme une histoire biologique et naturelle en termes de théorie de l’évolution et de psychologie évolutionniste. Il élimine ainsi la réalité de l’action humaine et son indépendance en la réduisant aux événements naturels.

Selon vous, sommes-nous toujours conscients de nos actes ?

Non, pas du tout ! Toutes les actions ne sont pas conscientes. Cependant, il existe une classe privilégiée d’actions libres et conscientes. Nous les attribuons à nous-mêmes. C’est pourquoi nous jouons constamment le jeu de donner et de demander des raisons dans la société. Nous justifions ce que nous faisons et nous améliorons nos actions en établissant des normes, des institutions, une éthique… Nous avons découvert qu’il y a des actions inconscientes et que la vie humaine a un aspect purement biologique. Pourtant, cela ne signifie pas que nous ne sommes pas libres et rationnels.

Vous donnez une conférence à destination du grand public dans le cadre de l’UTLC. Comment percevez-vous cela ?

Il est absolument important pour la philosophie actuelle comme passée de s’engager avec la sphère publique. Tout grand philosophe a fait cela, de Platon et d’Aristote à Kant, Sartre, Foucault et au-delà. La philosophie a deux emplois: en tant que discipline académique, elle étudie les arguments, les pensées, les théories à la lumière de leur structure logique. Pourtant, son but est de contribuer à l’idée moderne des Lumières qui a ses prédécesseurs dans la pensée grecque antique. La philosophie joue un rôle fondamental dans notre compréhension de soi en tant qu’êtres libres. Elle étudie les deux notions de valeur centrale de la modernité: liberté et égalité

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Thibaut A. GBAGUIDI

Nationalité : Béninoise Né le 08 Juillet 1995 Professeur Certifié de Philosophie, Expert mentaliste, Président de DMS-BENIN, Écrivain.

Cet article a 3 commentaires

  1. Jean-Marie Quairel

    Je ne suis pas convaincu par les 100 premières pages de ” Pourquoi la pensée humaine est inégalable” ….Est ce la traduction qui n’est pas bonne ? Excusez moi mais , pour le moment je n’ai pas saisi l’intention de Markus Gabriel : de nombreux passages sont confus et je ne vois pas comment traduire concrètement son approche …..Je ne perçois l’axe de sa pensée et sa forme manque de simplicité …Pour l’instant c’est, pour moi , de la “masturbation intellectuelle” …Mais je dois me tromper et je vais poursuivre ma lecture .

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    1. Jean-Louis Tripon

      Tu as sans doute raison ! Je n’ai pas lu moi-même les livres de Markus Gabriel, mais seulement des commentaires. La traduction de l’allemand est très mauvaise. C’est une approche philosophique et non le résultat d’une démarche évolutionnaire ayant développé les percepts de notre réalité mentale. Ses explications sont souvent confuses, sans sélection des plus convaincantes et des moins réfutables. Par contre son slogan “Je ne suis pas mon cerveau” est très percutant et je l’estime très bon, et fédérateur, car c’est la première étape d’une libération spirituelle. Quant-à son intention, elle rejoint celle d’un auteur scientifique Canadien : Mario Beauregard, dont Mediapart publie ce matin 20 août un article de lecture (qui m’a été signalée par Antoine) : renverser la culture matérialiste actuelle dominant les neurosciences, dénoncer ce scientisme qui entrave les esprits, et qui s’allie à la cause du néolibéralisme conduisant notre espèce à sa perte. Voir cet article et mon commentaire dans la catégorie Sciences : https://developpement-mental-semantique.com/quelle-est-la-nature-de-notre-conscience/

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